SCÈNE I
La toile se lève; on voit une prison et Polichinelle en prison. Le bourreau, avec la mine rébarbative, arrive ; il porte une potence garnie d’une corde ù nœuds, qu’il plante sur la scène, puis il va ouvrir la porte de la prison de Polichinelle.
LE Bourreau, Polichinelle.
LE BOURREAU
Bonjour, monsieur Polichinelle, comment vous portez-vous ?
(tremblant).
Bien, monsieur, et vous-même?
LE BOURREAU
Eh!... ça ne va pas mal, monsieur Polichinelle; l’appétit est bon.
Madame votre épouse se porle-t-elle bien ?
LE BOURREAU
Très-bien.
Et vos enfants ?
LE BOURREAU
Parfaitement, à l’exception de mon dernier qui fait les dents , de mon aîné qui a la coqueluche , de mon second qui s’est cassé hier la jamhe , et de mon troisième qui se meurt d’une indigestion de galette.
Et les autres?
LE BOURREAU
Je n’en ai pas d’autres.
Tout cela me fait bien plaisir et redouble l’estime que je vous porte.
LE BOURREAU
Moi aussi je vous estime certes beaucoup, mais faites-moi donc le plaisir d’avancer un peu, monsieur Polichinelle ; nous avons une petite affaire à terminer ensemble.
Je n’aime pas les affaires, parlez-en à mon épouse.
LE BOURREAU
Celle-ci vous concerne un peu particulièrement, venez donc prendre l’air.
J’ai peur des rhumes.
LE BOURREAU
Celui-ci ne vous enrhumera pas... approchez donc.
(Voyant que Polichinelle ne vient pas, le bourreau va le chercher dans sa prison et le force à
venir sur le devant de la scène.)
by GoogU
(affectant une gaieté bien éloignée de son cœur).
Rouie... qui... qui... ic.
LE BOURREAU
 nous deux, maintenant; mon cher monsieur Polichinelle, vous allez me faire Pamitié de passer votre tête dans ce nœud !... Quel beau nœud I Est-il fait assez proprement.
Et après?...
LE BOURREAU
Après, je le serrerai très-proprement encore.
Et après?...
LE BOURREAU
Et après?... Dame ! vous serez étranglé , -mon cher monsieur Polichinelle.
Et très-proprement aussi, je le suppose?
LE BOURREAU
De cela j e m’en flatte ; ... allons , mon sieu r Polichinelle, faites les choses de bonne grâce , et mettez votre tête là !
Voyons , ne me cauchemardez pas davantage, mon bon ami; quand je vous dis que je ne vous comprends pas!
• LE BOURREAU (ouvrant le nœud) .
Passez votre tête là , monsieur Polichinelle !
(mettant la tête à droite du nœud).
Là?
LE BOURREAU
(montrant toujours l’ouverture).
Non , là !
(mettant la tête à gauche du nœud.) Alors là ?
LE BOURREAU
Eh uon! c’est pourtant bien facile ce que je vous dis, monsieur Polichinelle.
Pas si facile, puisque je ne comprends pas ; si c’est si facile, faites-le vous-même !
LE BOURREAU (avec candeur et bonhomie) .
Je ne demande pas mieux : tenez , vous voyez bien cette boucle faite avec la corde? On met, comme cela, la tête dedans.
(U passe la tète dans la boucle.)
POLICHINELLE (serrant le nœud).
Et on serre le nœud , je comprends parfaitement maintenant, et puis vous
êtes étranglé ; bonsoir la compagnie.
Rouie... qui... qui... ic... Rouie... qui...
Rui... ic
(Il saute, il danse sur le corps du bourreau étranglé).