SCÈNE n ET DERNIÈRE
Polichinelle; un Inconnu, avec une langue de feu , les pieds et les mains fourchus).
l’inconnu
(saluant).
Bonjour , monsieur Polichinelle !
(gaiement).
J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur...
l’inconnu.
Est-ce que vous ne me reconnaissez pas, monsieur Polichinelle?
Ça me serait un peu difficile , monsieur, puisque je n’ai jamais eu l’honneur de vous voir.
l’inconnu.
Je suis le Diable , monsieur.
Enchanté de faire votre connaissance , monsieur, ... qu’y a-t-il pour votre service?
LE DIABLE
Monsieur, vous avez tué beaucoup de monde.
Si je les avais tous tués, ce serait la fin du monde , monsieur.
LE DIABLE
N’avez -vous rien à vous reprocher, monsieur Polichinelle?
Rien , monsieur le Diable , pas la plus petite chose, je vous assure.
LE DIABLE
On dit pourtant que vous avez tué le cabaretier d’en face...
Bast, monsieur, une plaisanterie..', mauvaise, je l’avoue, mais qui enfin, après tout, ne vaut pas la peine de fairfe du chagrin à unhonnêtehommepouruuemisèrecomme celle-là.
LE DIABLE
Vous avez battu sa femme...
Une femme battue, monsieur le Diable, vous le savez , il y a toujours plus de' bruit que de mal.
LE DIABLE
Oui , mais vous avez tué ùh commissaire avec votre bâton.
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— 2o — POLICHINELLE.
Je VOUS livre le bàtou , monsieur.
LE DIABLE
De plus vous avez encore étranglé le bourreau.
Ab ! ça c’était son état.
LE DIABLE
Son état était d’étrangler les autres, et non d’être étranglé, monsieur Polichinelle.
Ça s’appelle jouer sur les mots, monsieur le Diable ; et pourvu qu’il y eût quelqu’un d’élrauglé, c’était tout ce que voulait la police.
LE DIABLE
Enfin , monsieur Polichinelle , vous ne pouvez pas vous le dissimuler, vous êtes un assassin.
C’est vrai , monsieur le Diable.
LE DIABLE
Vous êtes un voleur, un menteur, un gourmand , un débauché , un ivrogne , un tapageur, un émeu lier',
POLICHIN^LE (en soupirant).
C’est vrai, monsieur le Diable; que voulez-vous? L’homme n’est pas parfait. Polichinelle non plus.
LE DIABLE
Faites vos adieux à ce monde, monsieur Polichinelle, je viens pour vous emporter.
Votre courtoisie me plaît infiniment, monsieur le Diable, mais je me trouve bien où je suis, et j’y reste.
LE DIABLE
Désolé de vous contrarier, mais je suis chargé de vous conduire en enfer.
Bernique! il y fait trop chaud.
]^E DIABLE
Vous y serez en ma compagnie, et en celle d’autres diables de ma famille , tous charmés ainsi que moi de faire votre connaissance.
Ah çà, voulez-vous bien me laisser tranquille, et ne pas me cauchemarder plus longtemps? Tenez, voilà pour vous (u lur
donne un coup de bâton sur la tête , le diable ne remue
pas) , voilà pour votre père , voilà pour votre mère , voilà pour vos frères , voilà pour vos sœurs , voilà pour vos oncles , voilà pour vos tantes , voilà pour vos cousins , voilà pour vos cousines , voilà pour toute votre famille.
(Le diable reçoit tous les coups de bâton sans
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sourciller, puis il profite d’uu moment où Polichinelle reprend haleine, pour se jeter sur lui, lui arracher son bâton, et de sa main de feu saisissant celle de Polichinelle , il l’entraîne au fin fond des enfers.)