‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 18 sur 74 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

J^jnfux ÇonkUeg.-r- 14| létc de Sas]it4ytt.— Canùne-Dffiiiotilmi .et Ro|>espSene. — Brûler n'ert pas répondre ! — Accusation df Camille, Lacroix, Philippeaux et Danton. -^-Leur arrestation.^: Hadame DésBioalins.

Les^ dieux orU soifK* • Telle avait été la der^ niere phrase du J^ieua: Cordelier, et j'étais oQDvaincti que l'on en pouvait dire autant de nos dieux dé la terreup ; ils avaient soif maintenant 4ti sang de leurs plus anciens amis , des pai'tlsans les plus dévoués de cette république , dont ils osiaient encore se dire les fondateurs et les pères. Personne ne lui avait feit d'aussi grands sacrifices que Camille-Desmoulins. Si quelque chose peut excuser la pqvt qu'il prit à

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ses crimes^ c'est que, plus qu'aucun autre ^ il chérit, il voulut une république; la liberté était vraiment son idole. Toutes ses pensées, toute son anie, étaient absorbiez dan» \% seul désir de voir les Français, libres et é{yaux , porter la gloire de leur patrie aussi loin qu'Athènes et Rome avaient étendu leur renommée. Camille avait vraiment des vertus républicaines , et personne n'apporta autant de preuves de celles qui est la première de toutes, une ambition désintéressée. À son nom je puis joindre aussi^ celui de Philippeaux : ils couraient, au monient doii^ j? parler ^^^ mêmes dangers; ils les avaient égalefiaest mé^ rites. '

Fabre-d'Églantine venait d'être arrêté ; cette circonstance me semblait le prélude certain des jpi^nx qnc^ j^ redoutais. Je courus dbez Camille , jç. le suppliai par l'intéiét que nous lui por^ t^p^ tfH^^ da Si'eat^ir là, d^ ne point irriter dâv^Ati^ 1^ ennemis que s» satire vraie et IQRrdgi^ Iqi avaient 4éja ficiits» {^ tribun ^t ei^çj^nté M V^ffet qu il avàît produit j il reçfit ipe^ QQP^ik comme des éloges-, mes craintes fe flaiit^ij^t;^ mstî» Use; croyadt assea^ fort pour pou» YQir. Jl^ bs«Y^, et iL sa ibt^ie aussi. Deux dé ^^^âMl^iStd^coUége vinrent le voit! le même jour%

l^ttr i^ike siJva^t h» . mèraet motifii que la mienne , et îbi ne fiurent pa» moins éloqnetiu a supi^ier CatniUe de mettre plus de modération daus ses écrits. Attaqué ainsi par unefori^ vé« ritable, i) ne répondit plus par des plaisanteries, m^îa par-ilc^ ratsontw Je savais bien nioi*méme ^l'i) n'eii pofuvaiti manquer peui^ justifia? une cOA^uiti) xkp^ €)t réparatrice dea plua grands Wrt* ^ h a^àmjf^ /lui dUai3-j^ > «lajîsâvec plus f d^ i»od4?«lion tu fiwrat» un bien Téritahië > et » enteliyrMl> tu te perdras toirrmôaie /ta n#, ft s£|iiyerai& rien* M Sea deux anii$ étaient de 91^ *vi* ; M — Youst^n^es doiie /dit-il , qn'^a a useront «l'^tjtaquer ^ me déclacer tn^tre^ moi ii Qt mAu Vi^w^ Ç0t^0r, ei <^le |NMr avoii»

)^ demandié un GtiHnHé de cdém^nce et dejuà^ % tÂce \ pciùr avoir vnidu aobeveie et consolidiw >? TcQUvre (|q notre révolution? J'ai ton^e la % France pour m^ ; jdeaeBOde ne peut su^e à H( la vente de inea numà?oa ; jesub lu , ça^ndu a. partoiut* ^-^ Tu eevln auaal de Banrëre^ qui se H reconnaît} de Saiqtf4ust y qui a pronùa dé ta « Cadre portier td tète coincné un aaînt Denis. -^ A Ge»t vrai ^ ?ép«îdit - il ,' je me le rappelle 5 ^ ct'est une bien^ manv^ûse réponsd , et ma plai» » saiktei^e valait beancotip mieux* n Et alwa

se tournant Ters ses daix amis i ce Aves^TOos la » ma lettre à Wilscm z^-^Dans la dmiarche et te » mainiien de Samt^usi, on voà qu^U regarde » sa iAe comme lapierre angulaù*e de la répum » blfifue, et quil la porte sur ses épaules apôc » respect comme un Sainé-Sacrement. Qu'en ». dites-vous? n'est-ce pas bien Thommé? Et ^ croyez-vous que pour une aussi bonne plai<- » santerie il mé ferait mourir ! Je ne 1 ui demande )i qu'une grâce ^ c'est d'attendre pour cela qu'il Vf y ait fait une réponse qui la vaille. »

Madame Desmoulins nous avait invités à par^ tager son d^eàuer de famille; nous avion»

aoœpté y «t la conversation continua en atten» dant. Camille alors s'échaufiant par degrés, nous développa le bel avenir qu'il préparait i sa pa^* trie. <c Croye2-moî, nous disait-il, je suis M l'homme de la révolution. Quand il l'a fallu ^ n je me suis &it brigand pour l^établir. A cette » époque^là les modérés avaient le pouvoir , on I» voulait itt'inqutéter comme vous le faites aun jourd'hni ; mais la nation marchait avec moi , >• et j'étais tranquille. Je suis sûr encore, avec « mon Vieux CordeUery de la conduire sur N( mes pas , de répondre à ses vœux , à ses be« I» soins : Fopinion publique sera encore ma force»

d'tTN PRtTR^ RÉGICIDE « 1 07

« — Si die laisse à tes eDnemis le temps d^ » frapper. — J'ai des appuis plus voisins. N'a*» >» vez-vous pas enteodu la voix éloquente dp w Philipj^aqx. Danton dort; c'est le sqmmeU » du lion^ mais il se réveillera pour défendre» » ma cause. Robespierre perd de son crédit; s'il » est assez fort pour me nuire encore^ c'est que M je l'ai ménagé jusqu'ici; mais je soufQçrai » aussi contre Àe dictateur : je montrerai l'or^ » gueil intraitable da citoyen ; il m'çstcQnnu » depuis Ipng-temps. Je renverserai son éçha* » faudage de gloire , je le forcerai à songer un » peu nooins à la postérité , et à acheyei* ï)ien, j» vite le bonheur de cei^ q^i qnt fait la répu^. M blique pour en jouir. Et croyez- vpns que » l'Asserpblée ne sera pas de mon avis ? Ro« » bespierrje s'est fait aux Jacobins une puis* » sance inattaquam.e « mais la Convention ne » sera-t-elle |>as plus fortq que cette société » terroriste* Crois* tu donc, citoyen .collègue, » qu'elle ne nous entendra pas ? Toi, qui as » voté avec Robespierre , dans presque toutes » les circonstances , qui as si souvent proscrit Ijb )» modérantisme , ne seras-tu pas pour moi » quand je proscrirai l'ej^agération ? Je parlerai » à l'Assembla : monjourpaljpféparc les ps>^

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Il prits 9 mais on me verra bientôt juMjae dan* » le champ de nos discussions ; tu as une n bonne voix et tu as le bonheur de te feire 3» entendre, toi, tu lenr liras mon discours, nous » partagerons le triomphe; car, sois en bien n sur noua triompherons. »

ie n'étais pas entièrement convaincu et je ^nseiihis encore à Camille de suivre TexTemplo de Flaminius Cunctator ; mais %a femme , ^ui d^ibords'était montrée Ibrtsensible à nos inquié^i tildes et à nos craintes , partageait maintenant tout sén enthousiasme, et remarquant aussi que <^ entretien , cette discussion ^tiguaîent 30Q mari, elle se trouva tou^-à«4ait de son avi», et parla plus haut que lui pour le défendis : « Lais« n se^le faire ^ nous criait-elle, il doit sauvef » son pays , laissez^le remplir sa mission » ; puis elle se mît k nous distribuer un choco« )at exquis avec une grâce tout adiénienne s « Edamus et bibamm , ajouta Camille, craâ D enim moriemur* m EtaifHce une simple ci]ta« tion d^à-propos? Pensait-il en effet comme nous^ et n'àvaitril soutenu sa thèse qu'à cause de sa femme? Je l'observai lorsqu'il eut pro^ nonce ces paroles de mort , et un air de gravité {$e mêlait en efifet i k vivacité, à la causticité

d'un PltftTJ^ AÉGICIDE« ICQ

habitudle de son YÎsâge. Si réeUeitleut il avait eu le courage de s'imposer ce noble devoir , de le continuel à côté de.sa femme et son eniisint sur ses ^Qôui, ayec la pensée <{u'il s'exposaîl; à une mort prochaine^ Camille était un grand bomme.

Il diJLt s'apercevoir bientôt lui-même combien leé appuis sur lesquels il avait compté étaient faiibles^ Danton fie réveilla bied dè$ le lendemain de l'arrestation de Fabre $ le taureau avait octane pris le bourdonnement de l'ennemi <|uî le ttem naçait lui-nième. Sa voix tonnante demanda que Fabre fat entendu à la barre de l'assemblée ^ mais Yadîer répondit que j pour un salarié de Pitt^ la barre c'était l'éohafaud ; et k majorité fut à^ son avis. Camille me dut pas douter alors qu'il ne se fut trop hâté; il avait compté stir une force qui n'avait pas assez grandi 5 la terrent n'avait pas encore fatigué la majorité^ o4 plutôt Camille s'était trompé en attaquant les sat^IUte^^ c'était le chef qu'il fallait abattre. Un grand nombre aurait voté sa mort avec plaisir ^ qui ii'osfdent s'éloigner de, lui ou s^ver un seul dç ceux qu'il avait désignés^ tant que son œil si» nistre errait encore sur l'assemblée, tant que sa voix per6de avait la tribune des Jacobins pour se

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faire entendre ^ pour rallier à ceux du dedatiâ ^ ses complices du dehors^

Cest là que d'abord ftireut dénoncés publique* ment DesmouUns et Philippeaux. Robespierre exprima son repentir d'avoir précédemment défendu l'auteur du Vieux Cordeliery et sa voix perfide rapprit une ancienne amitié qui l'avait aveuglé qndque temps y au moment où il demandait que l'on brûlât en pleine assemblée les écrits de cet ami dont il voulait assurer la perte é « Brûler n'est pas répondre! >» réplique avec impétuosité CamiUe, et Robespierre se débat pendant quelque temps en vain contre cette phrase qui y par sa concision ^ son énergie « s'est gravée dans la mémoire même de ses plus fidèles amis /qui se voient obligés de convenir, et qui répètent que brûler n'est pas répondre. Cétait Farrêt de mort de Camille, et le rapport de Saint<^ust prouva bientôt que le tyran avait cherché un argument plus sûr et plus irrécusable dans la guillotine*

Comme s'il eût bien prévu quels seraient ceux qui pourraient prendre avec quelque autorité la défense du républicain , Robespierre les avait com» pris dans le mènie décret d'accusation , c'étaient Lacroix, Pbilippeaux et Danton.Une muette hor-

' D^UN PRÈTRB RÉGICIDE. Ilf

teat T^ond d'abord au rapport de Saint-Just.

Legendre moi^e à la tribune > pour se plaindre de rarrestation y mais avec u»e timidité qui ne lui était pas habituelle. « Nous allons donc tous » être égorgés successivement ^ m'écrîai-je! » Mes voisins partagaient tous iHon indignation , Legendre continue et parle en Esnreur de Dmton. Fayau lui répond ; Saint- Just veut s'élancer à la tribune , Robespierre l'arrête et prend ht pm*ole^ comme accusateur de ses anciens amis^ ou plutôt comme un triumvir ordonnant leur supplice^ Sa voix rappelle sans pudeur tous ceux dont il a partagé l'amitié ^ et qu'il a immolés > parce qu'il les a trouvés traîti*es à la patrie. Il semble menacer chacun de nous d'ajouter son nom à cette liste fatale : « On craint que des » individus ne soient victimes , s'écrie-t-il , on n se défie donc de la justice ? Quiconque trem][>le » dans ce moment^ est coupable. Les complices » sei^ls peuvent plaider la cause des traîtres, i» Ji^endre reparait bientôt à la tribune^ pour rétracter ce qu'il avait dit en faveur de nos malheureux coUëgues. Je me levai ; j'allais répliquer, ^ ' je m'ap«pçus , à la morne stupeur qui m'environnait , que Robespieri*e était encore asoez fort pour tourner toutes mes paroles colitre ceux que

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je Tôukis défbidre et contre moi-^mèhie.il n'était plus temps (Tailleurs 9 et, avacit d'avoir été rradu , le décret était déjà exécuté \ les députés avaient été arrêtés avant la séance j fc'était leur décret d'accusation^ et non d'arrestation, qui venait d'être addj^ité.

Je me rendis le lendemain chee Camille ; je trouvai sa femme dans les larmes^ U avait été emtnèné de son domicile danà k nuit. Je ch^r» dbàis à consoler madame Desmoulins : k C'est m ilintile, me dit<^elle, je pleure comme une N femme , parce que Camille souffre , parce que » sans doute ils le laissent manquer de tout, » parce qu'il ne nous voit pas;..* mais j'aurai » du courage comme un homme ; mais je le sau« » verai... Que feut-il faire? Lequel de ses juges N faut-il que je supplie? lequel Êiut-*il que j'at- )i taque ouvertement? Voulez^ vous me ooni* D dtiire che% Philippeaux? — Il est ^lenient » arrêté , sans doute. -^^ La patrie n'a donc plus » de défenseurs?. «4 Je vais chez Danton. *-^ Le 91 même décret le réunit à votre époux. — » Pourquoi donc m'ont-ils laissée libre y moi F » Croientnils que , parce que Je ne suis qu'une

)) femme , je n'oserdî élever la voix ? Ont-*

D ils compté sur mon silence?..... J'irai aux

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»> Jacobins ; j'irai chez Robespierre ! ^ Et tout en etprimant cette naïve colère , elle fondait en larmes. Je me joignis à sa mère , pour la consoler, la calmer* Je lui objectai qu'elle ne ferait que rendre la perte de son époux inévitable.

« Eh bien! s'écriait-elle en sanglottant, nous » sauverons la république. » Toutes mes instances furent à peine assez fortes pour lui per» suader d'attendre les événements. « Content de » ce premier triomphe, lui dis-je., Robespierre » n'achèvera peut-être pas sa victoire; peut-être » nous fburnira-t-il lui-même l'occasion de le » prévenir. » Sa douleur, l'épuisement de ses forces , me servirent mieux que tous mes arguments. Je lui parlai de la défense de son époux et de ses amis. Sans doute leurs voix si puissantes ne seraient pas sans effets lorsque le tribunal les entendrait réunies. La Convention elle-même pouvait demander d'ici là , que le décret de leur accusation fut rapporté , et Robespierre y^ souscrirait peut-être. Il se rappellerait et l'ancienne amitié de Camille, et leurs longs efforts pour faire triompher la même cause.

En ce moment entra un employé de la prison du Luxembourg. C'était là qu'avait été transféré * Camille. Il écrivait à sa femme, cherchait à la

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