Tome ii
qiri soutenaîeïit alors, contre les terroristes, une véritable lutte; il souffrait en pensant qu'une épouse adorée , une femme délicate et faible était exposée aux maux d'une longue et odieuse prison , et cela a cause de lui peut-être. Ne pouvant assurer leur correspondance, j'étais privé du plus sûr moyen d'entretenir le courage de Roland.
J'avais très exactement des nouvelles de madame Roland, je savais jusqu'au moindre détail tout ce qui se préparait contre elle. Le désir de la sauver , et d'être , dans ce but , instruit de tout, me donnait quelquefois le langage, le regard superbe et la démarche brusque d'un terroriste. Couthon lui-même m'en félicita. J'appris qu'elle devait être transférée de l'Abbarye à Sainte-Pélagie.... J'aurais fait de vains efforts pour l'empêcher d'être condamnée à vivre au milieu de femmes , la honte de leur sexe ; on Iqi faisait quitter l'Abbaye pour une excellente raison de ce temps-là ! il fallait absolunient de la place pour d'autres prisonniers! Trop ieuireux qu^ou n'e&t pas eu recours am tribunal révolutionnaire.
Passantun jour près de l'Abbaye , je rencontre Grandpré ; il ni'aborde avec un air contraint.
d'un prêtre eégicide. 83
k< Savez- vous , me dit-il , que madame Roland i) est libre?- — Libre I — Sans doute, depuis » une heure. — Vous voulez dire qu'elle est » sortie d'ici» — Elle est montée seule en fiacre > M aprbs avoir généreusemnt récompensé le con- » cierge , et laissé des secours pour les pauvres^ » — Seule? — Seule -, et elle s'est fait conduire » à son logement de la rue de la Harpe. » Je né savais que m'imaginer et que croire. J'abandonnai le chemin que je suivais, et me dirigeai vers la demeure de madame Roland.
Je vis venir à moi Hérault de Séchelles. Je pris un air de circonstance : « Vous ave»
» donc, lui dis -je, lâché madame Roland?
» — Oui , me répondit-il avec un sourire » hypocrite. » Je pâlis, et je crus un moment qu'à l'abri de cette horrible ruse, on l'avait conduite, sans jugement, à l'échafaud. Je chancelais ; Hérault de Séchelles me rassura en m'apprenant que le comité , ennuyé de chercher inutilement l'ex - ministre , avait employé une ruse de circonstance pour le découvrir. Entre ces deux prisons , on avait laissé k madame Roland un instant de liberté, on la suivait, et l'on espérait qu'elle courrait d'abord à Tasyle de son époux. Elle trompa facile-
^^Tf-
84 MÉIMOIRES
meqt cet espoir inhumain, et fut conduite dans la nouvelle demeure que le crime lui avait choisie.
Parmi les employés de Sainte-Pélagie, je con-r naissais madame Bouchaud , femme honnête et compatissante; je Fautorisai à offrir d'elle-même à madame Roland de venir partager son modeste appartement, plus commode que les cellules distribuées dans les corridors des prisonniers ; ellçy consentit avec plaisir ; et là , je pus voir quelquefois la courageuse captive , pour le sort de laquelle je commençais à concevoir de sérieuses inquiétudes. S'oubliant elle-même, cette femme, qui , aux grâces , à l'esprit d'une Athénienne , joignait le courage et le patriotisme d'une Spar* tiate , ne m'interrogea d'abord que sur l'état de la Convention^ et le sort de ceux qui voulaient réellement le bien de la patrie. Elle suivait avec la plus grande anxiété l'accusation portée parles terroristes contre les vingt-deux députés , et la pensée que leur défaite entraînerait sa propre ruine , n'entrait pour rien dans son ame généreuse et désintéressée. Sans lui cacher toute l'étendue des forces de ses ennemis et de ceux de la patrie, je dissimulais , autant que possible , leurs triomphes , qui , de jour en jour , me sem-
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blaient plus décisife. Elle espérait que daos l'affeire des Girondins on invoquerait son témoirage y et elle se promettait alors de rendre à leurs vertus un hommage éclatant. C'eût été dicter elle-même sa condamnation.
L'instant en approchait. Je n'allais plus à S*^ Pélagie ^ je ne le pouvais plus. Madame Bouchaud avait reçu l'ordre de refuser un appartement à madame Roland^ qui avait étéreléguée dans les corridors, ainsi que les autres prisonniers. Le tribunal révolutionnaire entassait alors victimes siu* victimes, et on eût dit que la guil» lotine 4l\ait quelquefois plus vite que les égorgeurs de septembre. Il n'avait point encore été question de madame Roland.
C'était l'époque où une autre victime, non moins intéressante par ses vertus, et qui l'était bien plus par son rang et son élévation , venait apporter avec courage sa tête aux bourreaux de Louis XVI. H n'y avait pas eu besoin de tant d'appareil ! l'afBreux tribunal seul avait été appelé à prononcer sur le sort de la fille , de l'épouse , de la mère , de la sœur des rois. Ce crime-là était décidé depuis long-temps , et perspnne ne pouvait songer à s'y opposer avec succès. I^arie-Antoinette.mourut! Je m'y atten*^
dais j et ^ comme moi , tous les bons esprits eii avaient plus d'une fois gémi à l'avance. Pendant quelques jours cependant^ je ne me sentis pas la forcé de dissimuler entièrement aux yeux des Jacobins^ la douleur que je ressentais de ce crime abominable. Je n'avais pu les entendre s'en féliciter en ma présence.
Cependant la mar«he des événements m'ef^* frayait: les Girondins étaient condamnés , rien n'arrêtait plus lès satellites de Robespierre ; jç redevins exact à consulter les membres des comités^ les registres du tribunal. J'y trouvai bientôt le nom de madame Roland ; j^ignorais encore quel jour elle devait être citée, mais je ne perdis pas un instant et je courus à Sainte^ Pélagie.
Là crainte de me rendre suspect ne m'arrêta pas, et si je ne le devins point alors, sans doute Dieu avait accepté mon sacrifice , et vou» lait que j'en recueillisse les fruits en faisant quelque bien. Je me rends chez madame Boucha ud, et usant de ma qualité de conventionnel^ ne craignant point que l'Assemblée , instruite de ma conduite , m^en demandât compte , je fais venir madame Roland, et lui apprehds la funeste nouvelle. Elle l'entendit avec calme 3^
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9BDS surprise , me remercia et me demanda des nouvelles de son époux : « Ce n'est plus de lui » qu'il s'agit en ce moment, madame^ m'écriain je ; il est toujours en sûreté , mais votre vie » est menacée* Il reste un moyen de fuir. — Le-^ » qud , demanda-t-elle avec vivacité? — Écqui» Il tez ; il' est concearté depuis plusieurs jour^» n Des maçons sont occupés en ce moment i i^ réparer une des parties de cette prison, l'entre* 1» preneur de ces travaux m'est connu, m'est » dévoué; vous pourrez sortir sous l'habit d'un » de ses ouvriers. — Mon mari est-fil en su- » teté?— Demain vous le verrez. — Ma fille? » — La personne à qui l'a confiée Bosc en a le » plus grand soin } plus tard je la réunirai è^ » vous. »
En m'adressant ses dernières questions , ma^ dame Roland semblait animée d'une force surnaturelle , on eût dit que son ame inspfrée avait déjà abandonné la terre; ses yeux s'élevaient vers le ciel avec enthousiasme; il y avait quelque chose de céleste dans cette tète si belle, si coura* geuse, et où le malheur dessinait déjà de ces rides fatales qui précèdent les années. Elle semblait avoir oublié entièrement ma proposition. « Vous w ne me répondez pas , lui dis- je ? • — Ecoutea :
n depuis que je ne vous ai vu, j'ai beaucoup « souffert, et dès lors j'avais perdu toute espé« 1) rance. J'étais décidée à mourir comme Caton . . . » Rassurez-vous, vous voyez que je n'en ai rien » fait. Caton pouvait mourir avec gloire ; il » n'avait aucun danger à craindre , et le vain- II queur de la liberté romaine l'eût comblé » d'honneurs. Il refusa, il expira avec la liv barté... Grand homme !.... J'ose prétendre, >) sinon aux yeux du monde , au moins aux yeux \) de ma conscience , à n^être pas moins coura- » geuse; mais à ma place, en présence d'un » tribunal de sang et de leur guillotine, il y » aurait de la lâcheté à chercher une mort obs» » cure , ce serait reculer devant le danger , et » je me suis décidée à vivre pour faire entendre )) une fois laiyérité à mes juges, pour donner » une grande leçon à mes bourreaux. Voyez, » mon anji , si je puis songer à vous suivre, et » pardonnez-moi le mouvement qui a pu trahir » en moi la faiblesse d'une femme. C'était le )) dernier cri d'une épouse et d'une mère. »
Le ton, l'attitude de madame Roland en me tenant ce langage , n'étaient que nobles et n'avaient rien d'exalté. Sans répondre, je tombai à ses genoux, j'élevai vevs elle des "mains sup-»
d'un prêtke régicide. 89
pliantes; elle lut ma pensée dans mes regards , et, m'empêchant de prendre la parole : « Epar- » gnez-moi; dit-elle, vous m'attendririez ina» » tilement ; j'aime mon époux , j'aime ma fille, » vous le savez , mais je ne fuirai pas. » Puis , serrant mes mains entre les siennes : a Mon ami , » me dit-elle, voyez-les bientôt; donnez-leur » la force de supporter ma mort; consolez-les, » Eudora surtout, son âge la condamne à me » survivre long-^ temps , et elle m'aimait tant , » elle regrettera bien sa mère. Voyez Bosc, » Champagneux , et , si vous le pouvez , portez » à Brissot , à Boyer Fonfrëde , le témoignage » de mon admiration pour leur vertu. Ce sont » les Gâtons de notre âge, et ils m'ont tracé » mon devoir. »
Elle me quitta à ces mots, et disparut. Je restai absorbé dans une foule de sentiments divers , que l'admiration dominait. Madame Bouchaud , qui s'éloignait toujours pendant nos entretiens , rentra , et j'oubliai un instant de jouer auprès d'elle mon rôle de terroriste. Elle crut que madame Roland m'avait attendri , et elle conçut un rayon d'espérance.
Le lendemain était le jour du supplice des Girondins, ce fat celu^ Qii madame Roland fu^
transférée à la Conciergerie. Un instant ellejii entendre la vérité à nos juges , et ette donna une grande leçon à nos bourreaux.
Vêtue dç blano y et plus pâle encore sous ses longs cheveux noirs, elle mouriYt avec un courage digne du héros ancien dont elle m'avait rappelé la mort inoins Sublime que la sienne* pie tomba sous la hache révolutionnaire , cette tête si belle qu'elle avait touché des satellites de Robespierre ! Elle fut condamnée à un éternel silence^ cette voix si éloquente , et qui ne défen<« dit jamais que la justice ! Il se reposa ^ans 1q péant , ce cœur qui n'avait cessé de battre pquR )a liberté, pour le bien de la patrie, qui n'avait été animé que des sentiments les plus généreux ^ les plus chastes et les plus tendres t
Le souvenir de madame Roland fut toujours pour moi une douleur non sans quelques chart^ mes : il s'y mêle tant de courage , tant de bonté , tant d'héroïsme! Je verse sur elle autant de larmes d'admiration et d^attendrisseinent que de regret.
Roland ne put survivre à cet ange qu'il avait perdu, et à la nouvelle du supplice de sa femme, il se donna la mort.
J'aurais bien voulu suivre et protéger dans la
d'un prêtre régicide. 91
vie^ la fille de mon héroïque amie, mais sentant plus que jamais la nécessité de pénétrer les secrets des terroristes , je devais passer à tous les yeux pour leur ami, afin de ne laisser périr rien de ce que je pourrais sauver. Le jour même du supplice de madame Roland , j'eus la force fie m'entretenir avec Fouquier-Tinville.
9!l MÉMOUUES
CaHAPITRE LXIV.
fitilly. — n m'écrit. — Sa lettre. ~ H ett arrêté à Mdun. Laplace. *— Amar. — Mort de BaiUy. — Sa TeuTe.
Bailly fiit un sage au milieu de la révolution la plus orageuse. Placé dans un poste éminent^ et dont l'importance était au-<lessus de ses forces, il devait succomber. Le plus honnête homme peut-être de la révolution, il n'eut pas Faudace que demandaient ses commencements ; il ne sut ni la seconder avec assez d'activité pour être un de ses en£sint<( heureux, ni la comprimer à temps , si telle était son intention* Au moment où il tenta de s'y opposer , on ne
d'un PRÊtRE RÉGICIDE. ^3
pouvait plus que céder avec adresse au tor^ rent qui emportait tout, et par sa conduite*, il détruisit sa popularité ; son nom devint odieux aux pajtisans de la révolte , et peut-être ne se perdit-il pas seul. Ses efforts tardifs et inopportuns eurent des suites funestes que l'on n'a pas calculées.
L'amitié de Bailly m'avait été d'un grand secours , elle m'était précieuse à plus d'un titre^ et je crois d'ailleurs que personne ne peut m'accuser d'avoir trahi mes amis dans l'infortune , ou de les avoir abandonnésà cause de leurs dis« grâces. Lorsqu'il eût quitté les fonctions de maire de Paris , Bailly se retira dans une cam-f pagne auprès de Nantes , et là il vivait ignoré et dans une retraite profonde. Nous entrete»
nions ensemble une correspondance aussi suivie que nous le permettaient les circonstances^ et c'est ici le lieu de faire connaître une de se» lettres. Dans sa solitude, le sage oubliait les événements, et dictée par un même esprit, sa correspondance entière peut être appréciée d'après ce seul fi^gment.
« Mon ami , on s'occupe donc encore beau* » coup de moi à Paris , puisque d'après vos » conseils , Laplace m'engage à ne pas quitter
94 MÉM0IBE3
n ma retraite. J'ai dQn<^ commis de bien grandes » iautes ? Pourquoi avaient-ils été chercher n leur maire à l'Académie des sciences ?
» Vous qui me connaissez y vous savez si » j'ambitionnais tant d'honneurs et un si beau ft rôle. Ce dont j'étais ûer y c'était de leur » estime et de leurs suffrages si glorieux ; mais » ne trouvent'-ils donc pas dans la pureté de M mes intent ions^dans mes consciencieux efforts n pour le bien public un motif d'excuser des }> erreurs? J'ai eu de grands torts , car j'ai lait » verser le sang , et peut-être , conune ils le » disent , Finnocent a péri avec le coupable ^ » Mais moi qui ne suis point un Marat ou un » Robespierre 9 je me repens quelquefois^ dans » mes moments d'én^gie^ de n'en avoir pas » versé davantage.
» Où allez-vous avec votre bouleversement » complet , votre république ? Ou prétend vous » conduire la Convention ? je vois malheu^^ » reusement la jeunesse aveugle et exaltée se » mettre à la merci de la fourbe et de l'astuce. » Ah ! mon ami, que de courage il vous faudra! » Si j'en crois ma prévoyance, vous n'êtes en- » core qu'à l'âge d'argent de votre nouvel état I) de choses. Et moi aussi je serais républicain
d'un prAtee régicide. 9S
H dans Famé I et moi aussi je voudrais voir la » France gouvernée par des lois sages, égaW » pour tous , dictées par un sénat vertueux ^^ » exécutées par un pouvoir spécial et borné ! w J'aimerais à voir les chefs de l'état redescendre » dans la classe des citoyens , et trembler à » chaque instant devant cet examen , oejuge*» n mentque les rois d'Egypte n'avaient à craindre » qu'après leur mort ! croyez-vous donc que je » n'aime pas assez mon Aristide et mon Phocion » pour leur envier jusqu'à leurs nobles disgrâ- » ces , jusqu'à la mort du dernier des Âthé- » siens! Mais est-ce là que vous pourrez arriver » avec des crimes ; est-ce une semblable répu» 9» blique que vous pourrez cimenter avec le sang » des justes! Le peuple levé en masse n'a ja- ]» mais chassé que des tyrans souillés de crimes. » Le sang de Lucrëcâ et de Virginie , les sup« » plioes d'Hermodius y furent vengés , mais le I» sang versé parmi vous, il l'a été par vous. » Rappelez donc en votre mémoire les préceptes n de. l'évangile , et voyez votre avenir,
» Mes craintes vous surprendront beaucoup I) saAs doute, moi qui malgré tout(3s cessinistres I» {NrédictioQS viens Vjous solliciter encore de me M dire $i je ne puis pas sans danger me rappro-
» cher des lieux qui doivent les voir s'accom«* » plir, si elles le sont jamais. Oui , mon ami, » j'éprouve le désir de venir habiter près de la » capitale. Je me fais vieux et n'ai point la vertu w nécessaire pour être tout-à-fait ermite. J'ai » besoin de mes anciennes habitudes , de mes )) amisi Et puis , vous m'avez arraché à mes » livres pour me fourrer dans votre politique , M vous m'avez fait contribuer à mettre l'Europe » en feu, il faut bien qu'au moins je voie ce qui » en arrive.
» L'asile que je vous proposais vous a paru » trop rapproché ; eh bien ! capitulons : je n'iîjx » rai pas plus près que Melnn. Laplace a aux » environs une maison charmante , je suis sur » qu'il m'y accordera volontiers un abri in^ )) connu , voyez-le , entendez-vous avec lui. » Ici l'incertitude , l'inquiétude , l'absence d'a- )» mitié et de relations rendent ma vie triste et » insupportable , tout cela nuit même à mes » travaux qui , entrepris et continués sans con- » seils j sans critiques , sans discussions > sans » causeries, me semblent monotones et fas»
» tidieux ; ils perdent presque tdut leur in«- » térét. Bailly , me disait ^ lorsque je n'avais » que quinze ans , ce bon Lacaille dont je me
d'un raÊTRE âéGi^IOE. Q-J
n reprocherai toujours rk n'uvoir paé m foire » l'éloge ïnieùx que tout autre , tu es trop j^ièi » siblp pour être jamais uo grand pSefirsomàage^ » €t pas assez pour devehir un gnaod savaât.
» J'ai vérifié une partie de la prédiction ^ et je n éèns que rîeii ne pourrait me força: à dénkentir » Ta^ttéi -
» Entendons-^nous donc. Là^ce me don<y> liera à Meluh un logement ^ nous causerons n ensemble de Sàtuttie > de Jupiter et de M^rs , M et vous viendrez nous conter de temps en » temp^ ce que font fes astres républicains.
Je répondais à Baîlly qu'il fallait autant que jamais prendre garde aux comètes de notice ho^rizon conventionnel ; il était bien difBcile de prévoir l'époque de leurs apparitions , mais il fallait toujours les craindre avec certitude pour un momentou pour l'autre, etleurs effets étaient plus sûrement désastreux que ceux des étoiles a longue et lumineuse chevelure. Je treinblais à chaque instant de voir de liouvéad Un dé ces à^tresi fuUfôtes ensang^aiitef uue sinistré pàraip bole; aussi je nVncôurageài point le prudent astronome à se confier à la foi dés heureuses étoiles. Sans qu'il fût ^éëUèlnéUt coupàblè d'kii^-
ToMK a. " 7
9^ MiuoiKE»
cun acte hostile envers la réyolmifm, le nom de Bailly se trouvait associé aux actessr les pins impoi^ pulaires. Il était prononcé chaque jour à côté de cehii de La£ayette , dans toutes les prétendues conspirations pour le salut du ci^Klevant roi ^ pour le massacre des patriotes. Je lui conseillai donc de rester le plus ignoré^ le plus oublié qu'il lui serait possible.
Je ne sais si les conseils de Lajplace furent contraires aux miens ^ si , de lui-même , ^iUy regarda nos craintes comme chimériques^ ou crut pouvoir les mépriser en prenant des pré« cautions^ mais il n'écouta pas mon avis et quitta se retraite sans m'en prévenir. Voici la première nouvelle que j'en reçus »
Àdtdan , it.
CiTOTfeN,
\i A peine ^ était-il amvé ce matin dans no^re » ville y que le citoyen Bailly a été reconnu par :> un des soldats que ]b, république y a envoyés M récemment i; Il l'a nomn^ : ses camarades n l'ont arrêté avec violence ; conduit à la muh mcipalité^ ses papiers^ ont été trouvés en
d'un PRÊTRIS RÉGICIDE. QQ
D règle 5 mais ses persécuteurs n'ont pas per» » mis <]u'il fut relAcbé , et nous avons obtenu n à grand'peine que Tancien maire de Paris put » rester en prison chez moi. Il te prie, citoyen , M de t'employer pour lui , si tu crois pouvoir n lui être utile.... Salut et fraternité,
» Tarbé, maire de Melun. »
Le malheureux Bailly était perdu ! Toas me«i efforts pour lui laisser le temp^, et pour obtenir qu'on lui facilitât les moyens de fuir furent complètement inutiles ; ramené à Paris , il y attendit, dans une prison, où on semblait l'oublier, que l'on offrît son sang aux dieux de la tireur.
Cest à cette arrestation que se termine la vie politique de Bailly ; j'ai du m'y arrêter, à cause des relations d'amitié que j'avais eues avec ce sage , dont le plus grand tort fut d'être resté homme de bien, et paisible au milieu de l'agita» tation générale.II fut dévoué aux intérêts de la révolution, il la commença, et sa popularité finit pourtant par se changer en haine générale^ Ses amis ne l'oublièrent point dans sa longue captivité, mais il n'avait plus de parti; tous étaient mécontents de sa gestion. Je m'en-
lOO HÉMOIIIES
iretins plusieurs fois avec Durand Maillaile de^ jnojet^ que Ton jiburrait employer pour obtenir qu'il fut rendu a la liberté^ ou^ au moins ^ qu'on se bornât à le faire sortit de France. « Le sauver, M mei^pondait-il un jour, c'est impossible 1 le » faire sortir de France , il n*y faut pas songer- » N'avons-nous pas assez de gens mendiant à » Iftranger à l'abri du nom d'émigrés français? » Mon cher ami, si jamais vous arriver à un n poste éfî^inent avant que la révolution ne sdit » terminée , rappelez-vous qu'il faut n'en sortir » que vainqu^r. Qui fuit est mort; 0;Bailly a » renoncé, à sa chargé au moment ou il venait ». démontrer la forcedela cùjmmune* Sa déints-* » sion a eu l'air d'un effet de ses remords* — r n. Nous savons tous |>oitftant^ objeçiai-je, qu'il n neii est rien , qu'il ri!exi^te pus de consciefiçe » plus pure* — Je désire sa vie comme vqus t, k essafyons. >i Et , à quelque temps de là > il ajoutait sur le même sujet : « Ne ncMis occupons )» point de Baillyf oe n'èfet pai lui qul> en Qç. à mdment, eowt dcpi dangers ; e'e^t nous , mpn. » diSÊù , c'est ndus. Puisse Vivre l(>»gf-tômj^ nçtre I) ,répiiUique! Vjous voyez la lutte ouverte ait n ^in de la Convention > si nous sommes vain- » «lia, }é ne ^ais pas pour qui U peut rester
d'un prètrb régicide. loi
M encore quelque espoir; si nous triomphons, » le sang des vaincus nous dispensera d^eu » veréer d'autre, d
Laplace était plus courageux y et nous fîmes éndembte quelques démarches. Je vis â ce sujet Amar : w Vous m'y feites penser , me dit-il , » il y a long-temjpis que cette affaire traîne, il » feiut absolument qu'elle se juge. — Mais c'est » envoyer un homme de bien à la mort. — Il D faut qu'elle se juge , et si Bailly n'est pas un » conspirateur, lé tribunal l'absoudra. — L'ab» I) $oudret il mériterait des couronnes civique»! » ~ Pouquiep-Tinville n'en pense pas autant il de bien que vous. Il est vrai que c'est sou M métier, et l'accusé a le droit de se dé^ndre. h H n'y avait plus d'espoir !
Bailly fut tiré de sa prison pour flgur*er commo témoin au procès de la reine. « Gonnaissez-voua » Taccusée , lui demanda le président ? n Le vieillard se courbe avec respect , et répond d'un air pénétré : a Oui !... Je connais madame. >» Coùtage sublîmel ».
Qtfôlqâe temps aprës la mort des Girondine) je rencontre Yiktte qui se rendait au tribunal révolutionnaire : k Quelles pénibles M fondions, lui dis-je! que de courage il vous
103 HÉMOmES
» faut!.... — J'ai sauvé hier un vieillard^ me I) dit-il , je suis payé ; mais aujourd'hui!.... — » Eh biènî .... — Baillyl — C'en est donc M fait! »
Je suivis cependant \ilatte jusqu'au tribu* nal. Le vieillard était affaibli par la souffrance, mais il avait tout son courage. Il écouta son arr^t avec la plus noble résignation. J'étais anéanti !
On sait la fin atroqe de Bailly etce mot admirable à un de ses bourreaux qui* lui reprochait de trembler : Mon ami, c'est deffoid. Trois beurres lié, enchaîné, sans mouvement, par une pluie froide l trois heures, attendant la mort, et suivant , dans une lente agonie, l'échafaud^ trois fbis déplacé, suivant les caprices d'une populace corrompue l
La veuve de Bailly resta dans l'indigence, et fut long-temps nourrie aux frais de sa section ; plus tard eDe fut portée au nombre des femmes de députés morts au service de la patrie , mais elle ne recevait point de pension. Dans les pre« miers jours du ministère de Laplace , je la soUi» citai pour elle , et cet estimable savant s'empressa d'accédeir à ma demande ; dernier devoir rendu â un ami qui m'honofe.
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