Tome ii. • i
Ceux de ses membres qui., entraînés par la violence de la péripétie ^ s'étaient précipités en aveugles vers le dénouement du drame^ semblaient reculer devant un avenir qui ne leur offrait désormais que Ja vengeance appelée par le sang dp Louis , s'appesantissant sur la France et marquant d'un signe réprobateur ses premières victimes , les régicides.
Je me suis toujours repenti de n'avoir p^s profité de ces premiers jours qui suivirent la mort du roi pour demander^ comme je le tentai vainement plus tard auprès de Robespierre, que la reine , ses enfants , et madame Elisabeth fussent bannis et conduits hors de France.
Malgré le danger qu'il y avait pour la république de livrer aux ennemis et aux émigrés le jeune ckuphin , désormais héritier du trône ensanglanté, j'ai toujours pensé qu'unç semblable {MX>positioneût été. couronnée d'un plein succës« J'aurais pu s^ner ma motion de phrases popuiadre&, demander que le sol de la liberté fû{ purgé y^qUG le granduoeupre fût accompli.... ma ^àalitéde i^gtoide en eijitiipppsé ^plus grand nombre y j'eusse rallié tous les membres de la minorité , et le sang auguste i^'eûtpas coulé. ;
Cfe n'est pas le courage qui m'eût manqué. ; *
d'un prêtre régicide. 3
Mais une semblable idée pouvait-elle naître au milieu de l'abattement où me laissèrent la fièvre et le délire ? Ma seule pensée fut de i^enonoer à mon mandat , de fuir , de quitter la France , d'aller chercher un refuge dans un village ignoré de FÂllemagile ; là , me disai&«je , si je ne pui» échapper à moi-même à mes souvenirs, je ne vertai pas chaque jour des lieux et des hommes dontTaspect m'accuse ; à chaque heure^ un nouveau crime, le sang de nouvelles victimes ne me reprochera pas d'avoir trempé dans celui qui les a rendus tous possibles ; et cependant tel était mon abattement que je ne décidais rien. * Immobile, incertain , je promenais avec décou«i ragement mes yeux sur un bureau surchargé d'opirdons et de journaux que l'on m'apportait chaque jour sans que j'en rompisse l'enveloppe.
Un jour cependant mon parti était pris ; j'avais quitté mon domicile pour ne plus le revoir; mais le soir^ je rentrai comme à l'ordinaire : mon plan était changé, et fixé irrévocablement^ Je dois compte au lecteur des causes de ce chanii» gement.
Nos promenades ordinaires étaient les terrasses des Tuileries , la place de la Révolution , les Champs-Elysées, lorsqu'ils étaient tran«*
4 MEMOlfi.ES
quilles j avant de m'éloigner pour toujours j je voulus prendre congé d'un ami qui demeu»
raît non loin du Jardin des Plantes, et je me dirigeai de ce côté.;
Je ne sais si la remarque que je fis en chemin était l'effet des dispositions et de l'agitation où j'étais ; mais il me sembla qu'un assez grand nombre de mes collègues suivait la même direc-
. tion, et marchait du même côté que moi. Je les évitai , je ne pus le £aire pour Lanjuinais qui venait à ma rencontre , et que je n^avais pas aperçu d'abord* Le souvenir de sa conduite
* courageuse me le rendait en ce moment plus importun encore que tout autre. Il vint à moi, me prit la main et me demanda avec intérêt de mes nouvelles. Il est ihipossible qu'il n'ait pas vti d'embarras dans mes réponses. Son amitié me semblait un reproche , j'aurais. voulu lui parler de ce vote qui m'occupait sans cesse , lui deiïiandersilui m'avait bien entendu, s'il m'avait compris.... je n'osais... Il me quitta sans doute par générosité, en souhaitant de me voir bientôt prendre de nouveau part à nos délibérations.
Cette circonstance me rendit un peu de tranquillité. Ces marques d'intérêt et d'amitié de la part d'un homme de bien , fustum et tenacem
d'un prêtre régicide. 5
me relevaient en quelque sorte à mes propres yeux. Je songeai qjj'il m'était possible encore de me rallier aux défenseurs vaincus du trône et de là justice , cette conduite honorable pouvait peut-être expier une faute involontaire , et je commençais à me féliciter de ma réso»
lution , lorsqu'au détour d'une allée, je me trouvai foce à face avec Robespierre et Saint- Just«
Le premier, rompant brusquement l'entrai tien qu'U avait commencé avec son confident intime , s'avança vers moi d'un air riant et m'adressa , avec' une familiarité toute gracieuse, quelques compliments d'usage. Saint-Just me salua avec politesse, mais d'un air froid; il semblak avoir été arrêté au milieu d'un de ces arguments auxquels on tient, et m'siçcu^er de Finterrompre. Pour moi, je fus stupéfait, et j'eus à grand^peine la force de maîtriser mon trouble. Aucune rencontre ne pouvait m'être plus désagréable , en ce moment , que celle de ces deux hommes. C'étaient certainement ceux que j'au» rais évités avec le plus de soin ; mais il n'y avait plus à reculer, je ne me sentis même pas la présence d'esprit nécessaire pour trouver un prétexte qui me dispensât de continuer avec