CHAPITRE LIV
TJii ëiiier chez M. Panckoucke. — M. àt Garlefti. — iia Harpe. Lacépède. — Van-Spaendonck. — Collin-Harierille. — Picard; — le passé, le présent et Vavenir, — Ducis. — Madame Pandioudce. — Merlin de Douay. — Hannand de k Meuse et le comité de sûreté générale^
Dans d'autres dispositions d'esprit, je me plaî- A rais peut-être à m'étendre av^c quelques détails sur Tanecdote que je vais raconter, comme je l'ai fait pour quelqi^-unes qui n'avaient guère plus d'importance. Aux approches du jour qui fut une des principales époques de n^ vie^ entouré de souvenirs de sang, je ne le pourrais peut-être point faire; je ne dois pas cependantla passer sous silence.
Je connaissais l'éditeur de l'Encyclopédie,
ail BiÉAIOIRES
M. Panckoucke j j'eus occasion de lui rendre service en l'aidant à' conserver la vie d'un suspect à qui il s'intéressait ^ à quelque temps de là il m'invita à dîner avec M. de Carletti, ambassadeur de Toscane, l'une des deux puissances qui , depuis l'abolition de la royauté n'avaient pas rappelé leurs envoyés.
Lorsque j'entrai , quelques personnes étaient . déjà réunies autour des maîtres de la maison; je fus annoncé tout simplement sous mon nom; rien dans ma réception n'indiqua quel était ce personnage nouveau etinconnu. Je connaissais, raoijdeux des personnes qui se trouvaient dans la société , outre M. de Carletti ; c'étaient La Harpe et Lacépède , tous deux littérateurs distingués ; le second était de plus un savant profond , un grand naturaliste, le digne successeur de BufFon. Le disciple et l'ami de Voltaire avait été nécessairement l*un des partisans de la révolution; d'abord par goût; par crainte, il avait partagé ses excès , mais son esprit , son ame en étaient flétris; il faisait pitié. Ce n'était plus ce littérateur si brillant dans les conservations , si content et si sûr de lui-même. C'était un homme qui avait été entraîné hors de sa sphfere, qui se repentait sans avoir la force de songer à rien ré-
d'un prêtre régicide* 2i3
]^rer; il était dégoûté dti monde; je suis sûr que la vie lui était à charge^ que ses rêves étaient si=» nistres^ et je ne suis pas surprix qu'après avoir élevé la déesse de la Raison sur l'autel du vrai dieu, on Fait vu ensuite couvert d'un cilice, cherchant sur le parvis humide et glacé des tempies saints, la maladie qui l'a conduit au tombeau. La Harpe était alors méprisé généralement; quelques personnes qui le connaissaient en avaient compassion.
Lacépède était beaucoup plus sage. Il eut d'ailleurs l'avantagé inBni de ne commencer sa vie politique que dix ans plus tard. On le citait alors comme un savan^t , et il paraissait ne s'occuper en effet que d'Histoire naturelle. Un jeune homme qu'il avait amené avec lui, et qui était attaché au Jardin des Plantes est aussi de*^ puis devenu célèbre : c'est M. Van-Spaendonck , peintre de fleurs. Quelques - uns de ses ouvrages ornaient le salon, de madame Panckoucke. A ce dîner était aussi Collin- Harleville , et Picard qui débutait dans la carrière dramatique, et qui avait donné une pièce fort remarquable pour un jeune homme ; . elle a pour titre : Le présent ^ le passé et Va» s^enir.
Il4 MÉM0I11Ë&
C'était seulement chez Fanckoucke qne Yon' retiroiiv^it qiîelque ombrede ces rétiniùbs qui , au sifedé précédent avaient foît de la littérature et delà philosophie deux puissances vraiment re» doUtables. C'était là l'objet de presque tous les dînets du célèbre libraire. H se plaisait à rappeler ainsi les soupers auxquels il avait été admis autrefois. On causait donc littérature, lorsque j'entrai ; on parlait je crois de Beaumar» chais et de Legouvé. La Harpe rangfait les tragédies de ce dernier avec celles de Leblanc et de Lemierre dont on venait de tèprendre» le Guil» laumé TeU. Il plaignait la décadence du théâ»^ tre. La conversation arriva par I4 à Pabre D'Eglantine ; on parla des espérances que don=» naient quelques jeunes gens ; on cita Andrieux. Dùcis qui était présent ( j'avais oublié de le nommer d'abord), défendit l'auteur à^Épim charis et celui di Hjpermnesfre ; je voyais sur la figure de La Harpe que s'il n'eut pas été là , le rhéteur n^aurait pas manqué de raisons pour envelopper dans la proscription Fin^ateur êiHamlet et d' Othelh.
L'intérêt général quesamort rattachait au nom déFabre, gênait aussf les opinions littéraires de La Harpe ^ je crus du moins m'en apercevoir ; le
d'un "l^RÊTlttt liÉGICIDE. ntS
savant professeur du Ljcée ^ n'était rien moins qu'indulgent en littérature. Au nom deFabfce, on joignitceux de Aoucher^ deFlorian ^ d'Ânllré Chénier, tués comme lui ou dp. moins iâcai^-r cérés , et ainsi l'on S8 trouva amené à pai^lôF politique ; et à déplorer le régime de la terreur^ « dans l'intérêt de la littérature » y observaî;t en me regardant madame Paiickoucke. M. de Carletti, qui se croyait fort de l'assetitimeat général y alhr plus loin et dépassa mêûie de beaucoup les bornes que la prudence et les, droits de Tbospitalité eussent du lui impoiser ^ c^ Vous avezi tué votre roi , dosait - il ^ avec » l'accent et la colère d'un Its^lien j c'est bien » puisque vous ne vouliez plus de troue parmi* »wous et que vous vous faisiez républicains; ))^e trouve cela excellent^ mais il me semble » ^ue c'est assez, et je ne puis pas vous par- » donner votre tribunal révolutionnaire.»
MOI
Vous Conviendrez aussi, monsieur l'ambassa»
deur, que quelques partisans de la. royauté ont. niontré un peu trop de chaleur pour qu'on pût ïés laisser au sein (ïe l'a France sans craindre une révolte.
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