CHAPITRE LVI
Ta société des Jacobins. — Les paquets de chai'pie. — " Le présideat Fourcroy. — Les nouveaux mariés et le baiser fraternel. — Radât et DesfoQtairies. — Couplets patriotiques. — Le petit orateur, i^ i% suis dénoncé.
La nouvelle du sort très certain (jue m'avait réservé Robespierre , puisqu'il était résolu à me dénoncer aux Jacobins y et à m'y iaire déclarer aristocrate^ ne m'ei&aya pas autant qu'on pour» rait le croire. J'avais vu tomber tant de têtes , un si grand nombre de mqs amis avaient^ pour ainsi dire , été guillotinés à mes cotés y que j'étais en ^quelque sorte familiarisé avec cette idée y et saos
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m'y être jamais arrêté , j'y éteus préparé depuis long-temps. Il est vrai que jamais on ne put foire d'applications aussi fréquentes et aussi justes du précepte de l'Evangile. : Regài'de chaque four comme celui de ta morty que dans ces temps de terreur et de deuil. Animé d'un certain courage i que je regardais pourtantcomme pleinement inn-' t^le, je me rendis aux Jacobins dans l'intention , sinon de défendre ma tête , du moins de ne pas finir sans quelque éclat et sans protester contre la tyrannie. A l'entrée de la^alle où se tenait rassemblée , je rencontrai le dictateur ; il vint à moi , me prit la main , me reprocha amicalement de n'être pas venu à Maisons ainsi qu'il m'ei^ avait foit prier; je lui avais causé une peine sensibis ; sa sœur ^ qui n^ssistàit pas à ces festins dans toute leur durée , avait compté sur moi qui étais sobre et sage, pour lui tepir compagnie. On s'était beaucoup occupé de moi, ajouta-:
t-iL Je le savais. Je me continà'4cependant. L'idée de tant d'hypocrisie et de faus^seté agitait tous mes membres d'un tremblement nerveux. J'entrai avec Robespierre dans la salle des Jacobins , mais il trouva hieii«â^ un prétexte pour me qpuitter. Son adfeu fut et^èmemënt amical.
Cette rencontre avait changé mon courage ,
d'un PS^TRIS. ItÉGIClDE. l33
ma fermeté 9 en Une sotte de colèï^e et d'îrrîtation. Je m'assis^ mais ce fut avec impatience qxke j'éa>utai tout ce qui se passa. Dans une autre disposition d'esprit , peut-être y autais-je trouvé une distr^K^ion Irien r^Vé dans ces temps de trouble ; mais attegadant avec anxiété Tin» istant où Toti s'occuperait de moi , et ce qu'on en dirait , je n?e prêtai qu'une atteïitiori fugitive et impatiente a tout ce qui se passait aloi^s. Depuis, je me suis rappelé ces scènes avec un certain plaisir et non sans rire.
D'abord deux citoyens firent offrande , entre les mains du président Fourcrdy , de deux pa» quets de charpie destinés à panser nos braVes défenseurs, et on leur vota un remercîment civique. Puis le citoyen Roussel , de la section Bonne-Nouvelle , présenta à l'assemblée deux ^nouveaux époux, mariés dans *la jotirûée, et qui, retardant par patriotisme ce qiï'il y a de plus doux dans les fêtes de l'hymen, avaient voulu assister à la séance , pour y recevoir de nobles principe^ depatriotisrae qu^ilspui^nt transmettre à leurs enfants, lie président les- invioa à s'asseoir, et cet hoatmi^ge>oïvique;d'uûe nouv vdle espèce fut «ouvi^ des: ifa^ bruyants ap». plaudîssements. Une voix demanda que les dcujç
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époux reçussent de Fo^roroy l'accolade firater* nelle. On les conduisit jusqu'à son fauteuil ^ et , au milieu de cris de joie (jui ressemblaient à ceux d'une txoupe de £Drcenés ^ la jeune femme reçut un baiser qui la fit rougir, et le mari se prêta d'assez mauvaise grâce à cette grotesque cérémonie. Ces pauvres gens étaient amples, ^ quelque sans-culotte s'était moqué, d'eux, ou bien quelque enthousiaste était parvenu à leur faire partager sa folie,
Âpeine cette scëne plaisante fut-^^eUe terminée^ qu'un citoyen nommé Dubarri, je ne saiss^il était parent de la fameuse comtesse^ vint déclarer qu'il avait obtenu de la commune le droit de chan»
ger son nom en celui de Brutus. U s'attendait sans doute à se voir accablé de félicitations ; quel dutétre son désappointemen t de s'entendre traiter de profane et d'indigne 1 ¥ne voix s'éleva par dessus toutes les autres., et déclara que le nom* de Brutus ne devait être permis qu'à ceux qui auraient apporta à l'assemblée la tête de quelques conspirateurs. Le même membre, aussitôt que le calme fut rétabli, parut à la tribune, et dominant par son organe de stentor un reste de tumulte : « Citoyens , dit-il , je vienà^vous chan- » ter une chçmson que Radet et Desfontaines
D'n£< pb:6tre régicide, 235
)i ont adressée ce niatin, à la commune de Paris ; » on m'en a remis une copie , et je suis persuadé n que vous serez bien idses de Fentendre- »
Aussitôt il entonna , sur un air bien connu , les couplets : suivants^ que Fou imprima plus tardet que j'ai conservés, r ^
A» ; On doit toixanUmiiU firmes^
L*abistocrate incarcéré.,
Par 865 Temords est déidiiré ^
C'Cftceqailedà^ (6tf.}' ' Ijlai» le patriote airété^ De Famé a la sécurité :
- C'est ce qui le cûiitole. ' {hii.)
Des mesures de sûreté Nous ont ravi la liberté ,
^esl ce qui noiis désoie; {bis.)^ i>. f i
.liais ^ansfiQsfon'Qons radotons/ , Dans nos chants nous la célébrons '^ C'est ce qui nous console. (&/^)
Dea Itços ^éijAolnside nos succès , . s j .>
Hélas ! on nous défend l'accès :
C'est ce qui nous désole, (pis.)
Mais par nos vers , c'est là le Aie ,
Nous propageons l'esprit public :
Cest ce qui nous console, (bis,)
Four nous encor' la térité
î^'édairt pas k comité, j
'j36 m^moules
C'est ce <{ui opus ^^Iç ; (^.) Mais en attendant ce beau jour Vous applaudirez au Retour >, C'est -ce qui nous console.
. Chaque couplet était dcpompagnë dett^^P^"* guements; on répétait les refrains en chœpr, mais personne ne demanda qu'on s'occupât de la liberté des auteurs*
Robespierre s'approcha du président et lui parla à l'oreille; on l'aperçut , et des cris de joie le saluèrent ; on l'engagea à parler. « Amis » et frères , dit le dictateur , je rappelais au ci* » toyen Fourcroy que les s^f étaires dejla société » doivent lire aujourd'hui , en assemblée pu» i> blique , une partie de la correspondance. » C'était là le moyep,^qu'il avait cboisii iltie méjugeait pas un ennemi assez dangereux pour mériter qu'il prît lui-même là parole contré moi. On reçut sa proposition avec des transports universels, et un des secrétaires allait y obtempérer , lorsqu'un sans-culotte s'élance à là tribune : « Avant çà , » dit-il , j'ai quelqi^ç chosje à deniander. Le ci-
■ Titre d'une pièce ^è circonstance de» înémes auteurs. Ils mirent cet ouvrage, ainsi que le yaudeville de Encoit un Curé, à la disposition de tous les di relieurs de spetètadc ; les anibrisànt à les jouer sans aucune rétribution de droite 'é*autear '
d'un prètrë régicide. a3y
ï) toyen FoUrcroy, notre président, s^acquitte » fort bien de sa charge; ici il parle comme un M bon orateur et comme un brave citoyen , nous
)) le reconnaissons tous. — Oui ! oui ! Je de-
» maûde donc qu'il nous explique pourquoi il » n'en feit pars autant à la Conveniîon ? »
Fourcroy allait répondre de sa place, lorsqu'il fut interrompu par une musique bruyante qui jouait les airs nationaux de ça ira et de la carmagnole: C'était une députation de la section des Gravilliers qui venait remercier la société des Jacobins 9 de ce qu'elle avait appelé l'attention de l'assemblée nationale sur les vivres çt subsistances de la capitale. On fit place à leur orchestre, à leur bannière, qui entra dans la salle au moment où les musiciens commençaient l'air: ^h! le bel oiseau. ï\s s'arrêtèrent à une certaine distance du bureau du président ; on se tnt, et un membre de la députation, les bra»
croisés , parla à peu près en ces termes : « Ci-» ») toyens , quoique la société de la section des » Gravilliers ne contienne que de braves sansw culottes , aucun d'eux n'a voulu se charger de n porter la parole devant vous , et de vous ex- « primer nos vœux patriotiques. Cet eniant que » vous voyeîi , fils de bons républicains, ne sait
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» ni lire ni écrire ; il n'a jamais été imbu des » principes de l'esclavage j toute sa science , c'est )) la déclaration des Droits de l'homme, qu'ai » sait j)ar cœur. C'est de sa bouche pure que » vous entendrez nos remercîments. » Alors un jeune garçon de huit à neuf ans , d'une ifigure assei douce, revêtu du costume des sans-culottes> et coiffé d'un bonnet rouge > fut exhaussé sur un banc , d'où il débita une harangue, qu'il savait assez bien par cœur.
Cette harangue eut le même succès, que celles qui l'avaient précédée. Le premier orateur demanda pour son petit collègue, l'accolade frater* nelle , et l'enfent fut porté au bruit de la musique sur le bureau du président qui s'était levé à son approche. Mais peu sensible à cet honneur > soit que la figure de Fourcroy ne lui plût guère ^ soit que tout cet entourage l'intimidât, le jeune sansculotte tourna la tête au plus beau de la cérémonie, et ne reçut le baiser fraternel que sur un coin de l'oreille.
Robespierre commençait à s'impatienter de toutes ces simagrées , et moi plus que lui , peutêtre. Enfin le secrétaii^e qui plus d'une fois avait essayé de monter à la tribune, y parut, et com« mença sa lecture par une lettre où j'étais signalé ' comme aristocrate , Brissotin et conspirateur.
d'un prêtre régicide. aig
UN ciTOTEN) àlatribiiàe.
Cest vrai ^ je ne sais pas pourquoi depuis quelque temps ^ il nous est venu plusieurs dénonciations auxquelles on n'a point fait droit.
Qu'est-ce que cela veut dire? mais je né veux pas qu'on laisse passer celle-*là. Le citoyen dénoncé est uti Brissotin , il était ami de Roland c'est un conspirateur.
UN AUTRE , lui succédant.
Je suis bien aise d'insttuire l'assemblée que le jour de la mort du tyran Capet, le citoyen dénoncé n'est pas «orti de chez lui, eu signe de deuil. J'en suis sûr parce qiie ma boutique était en fece de la maison où il demeurait; oui, il n'est pas sorti! A l'époque du procès de Brissot, j'ai vu entrer chez lui des hommes suspects.
C'est un aristocra te !