CHAPITRE LXn
Robespierre au Comité de sûreté générale. — H est délivré par Hanriot. — Merlin de ThionTille. — H s'empare d^anriot, de Boulanger et de Deschamps.— Robespierre à raôtél-de-Ville.— CofBiibal » et Hanriot. — La Conrention met Jes révoltés bors la loi. -^ L'huissier Rose. — Fayan. — Léonard Bourdon. — ^bas se brûle la cervelle. — Exécution de Robespierre et de ses complices.
APRÈS cette séapce orageuse ^ je fus au comité de sûreté générale. Robespierre était assis et gardé h vue dans la salle des délibérations ; il avait conservé ses lunettes, et semblait menacer les membres du comité et les députés présents. Quelques-uns de mes collègues étaient loin d'être rassurés ) plusieurs même , tant la peur les dominait , cherchaient à faire con^prendre à Maxijnilien , par des signes furtifs , la part (ju'ils
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pren^içnt à sa triste position. En sortant du Comité J'allai dîncir cbés un restaurateur voisin des Tuileries, avec Louohet, Tallien, et Bourdon de FOise : L^endre, Barras , Lecointre , Fréron . et Courtois y étaient déjà. Nous nous plaçâmes dans un cabinet^ et la conversation s'^gagea sur les événements de la journée. Nous nous fëlicitions d'en être quittes à si bon marché; mais une cbosenous efirayait encore ; c'était le jugement des quatre tyrans, etleur comparution, devant un tribunal , que nous ne pouvions pas remettreplus tard qu'au lendemain. 11 était difficile que nous •n'eussions pas à redouter là une scène encore plus terrible peut-être. Bourdon et Tallien n'étaient nullement inquiets; ils comptaient sur une victoire aussi prompte, aysèi éclatante que celle du mâtin. Fréron et moiinôus objections que lés juges et les jurés avaient été les compli^ ces des accusés, et que ceux-ci en prendraient ui^e nouvelle rage, une force* nouvelle. Nous avions déjà ordonné l'arrestation de quelques^ uns des meinbres du tribunal, et entre autres du président; il fallait le remplacer. Quel citoyen voudrait se charger de ce poste dans une cir» cohstance semblable, et surtout avec de tels con- BdSlers? JQ n'était pas convenable que ce fut un Tome ii. ai
député^ et la tiominàtioi^ dévoilait doi^ embar« rassQttt^. -^ M II fallait "cionc, s'^riait Tallien^ ^> me -laisser irapjM^r leur chef ea pleine déniât ^1 comme le tyran de Rome^ et non» aurions pu y) gafdev se» ralets jusqu'à ce que doqs eusaioffs » rappelé parmi nous la justice. -— • Mou cher » Bralus^ répondit Barras^ on t'a d^à dit que » ' c'était le moyen d'avoir un Ântoiiie , et d'ap« >^ peler de nouvelles proscriptions poor venger n la mort de celui qui eut l'a ttdace de les ordon* » ner le premier. — Je suis d'avis , ajoatai*je , fi que qousf attendions lesèvénements^ et je n'ai >• pas tout-^à-fait la même opinion que tous sur d lés anciens satellites de Robcispierre ôt sUr n le peuple de Paris% Vous avez vo que les tri» H bunes ont été pour nous ^ et partout il eu I) sera de même. Ce que ^ crains^ c'est la n force armée et la direction qu'Hanriot ne M manquera pas de lui donner. Je crois que » Vadier avait raison. L'arrestation de ce gé» d néral était décrétée ; nous aurions dû attendre » l'estécution de ce premier décret avant de » rendre le second* L'ours ^ le tigre ^ comme » vous voudrez l'appeler^ était muselé^ que ne le » gardions*nous plu/i long-rtemps parmi riona?'^*^ n Sa vue mp faisait mal ^ reprit Bourdon. -^ S'il
D'tJN PllÊtRÉ RÉGICIDE. 3*i3
a âvaît fellti la supporte^ plus lông-témps , » ajouta Tallîéti, je n'aui^ais pti me contenir. >> Hénréusement, nous en sommes débai^râssés. >»
En ce moment on vient noûâ annoncer qu^il se foit un grand bruit dans les rues; que des cavaîiefs les parcourent en appelant le peuple aui armes; que le tocsin sonne à la maison comtoune. — « Cest Hanriot , s*écrie Barras^ » il faut courir aux armes! — Allons , reprétid » Taffien, allons d'abord à l'assemblée; c'est là >r notre poste, . .—Et agissons en maîtres, ajoutai- )f je, c'est-à-dire avec caltoè et fermeté, et non )f point en rebelles qui en coiïibattent d'autres. ji
IVotfà sortîmes et nous courûmes au comité de sûreté générale , où nous ne trouvâmes que les représentants Louis^ du Bas-Rhin, et Dubar* rah , qui nous confirmèrent ce que nous venions d'apprendre. Ils tïous racontèrent qu'à peioe étions-hous sortis, Robespierre avait été conduit a TAbbaye , mais que le concierge, méconnaissant les ordres du comité, û'âvaitsifâfyoulu le reccvoiir , que la canaille l'avait porfô^en triomplie à la ville, où ses complices avai^t
une multitude ae^acomnsyqi souleverlessectionscontr^;laGonveiition,^*etqae:* . '
3a4 MÉMOIRES
Saint-Just; dires^it déjà les listes de mort qui àè»; yaien t signaler la victoire et le triomphe du tyrau . Â tous ces faits alacmants se joignait là certitude qu'Hanriot, à la tête d'une troupe de foijiienés, marchait sur la Convention. Nous Uaperçûmes bientôt en eflet dans ]a cour de l'hôtel de Brionne, accompagné de ses gendarmes. Il des» cendit de cheval et accourut do notre côté. C'en était&it de nous, si Merlin de Thionville ne se fut trouvé là pour nouàsauverlTendant quele traître Hanriot cherchait à nous intimider , notre brave coUëgue était entré avec quelques grenadiers de la Convention par la poTte intérieure donnant sur la cour du Carrousel^ it avait ordonné aux soldats d'Hanriot de se réunir à lui, d'abandotiner un traître armé contre le pouvoir légitime.Tous avaient obéi. J'avais reconnu Merlin, et jek rejoignis. J'appris d'un officier delà garde nationale qui l'accompagnait ( M. Séralier, docteur-médecin ) , comment notre brave collègue avait été instruit de ce qui se passait. Il travçrdait la place des Fontaines lorsqu'il avait rencontré Hanriot à la tète d'une centaine de gendarmes. Le traître avait dirigé sur lui , à bout portant, un pistolet qui avait raté ; alors il avait ordonné à deux gendarmes *(le saisir Merlin. Ceux-ci ]'a«
d'un prêtre régicide. 325
yaient enlevé pat* les cheveux , et porté ainsi au cbrps.de garde de la cour du Palais-Royal , avec la consigne au commandant du poste , M. Seraliér> dé le garder et d'en répondre sur sa tête, quf il était réservé pour les supplices. Merlin, assis sur un banc , avait attendu le départ d'Hanriot et de ses soldats, puis ayant montré audit Séralier sa médaille de député , il lui avait de» 'mandé sll lui était permis de refenir un représentant du peuple sans un décret t, et sur fe réponse négative de l'officier, il s'était saisi d'^un tronçon de pique ^. et entraînant M. Séralier et les citoyens dégdîae, il avait dirigé ses pas vers la ConventioD , le peuple s'était réuni à eux en criant : « A bas Robespierre V à bas la tyrannie î » et Merlin était arrivé ainsi sur les pas d'Hanriot.
Comme M*. Séralier finissait de ps^rler, Hanriot parut, et chercha à haranguer ses gendarmes , mais Merlin leur ordonna de le lier et de l'amener au Comité de salut public , ce qui fut exécuté sur-le-champ, aux cris de joie du peuple qui ^e divertissait beaucoup de voir le général des insurgés pris par ses propres gendarmes.
Je suivis Merlin au Comité de salut public , où nous ne trouvâmes que Carnot et Billaud* Varénnes^ ne sachant pas un mot de ce qui se
3î|G ' MÈMOJtftJ53
passait, Jierli^i le leur upprit. An mémp mpr ment, on vint »p^s onooncer ^uq BoiJ^pger et Dei^champs s^^vançaÉtat à la tête d'un ra3$^ip^ blement ponjbrei^x ppur tenter de délivi^r l^r général. Notre collègue promit d^enfairç justice, et nous , quitta brusquenai^nt. D aJU rejoindre sçs geudarmçs ^ et , suivi de 1^ foule, il s^ dirigiez vers les deux çhefe révoltés, qui débouç^iiicipt en cojonne su» la place du Carrou^, éclairée par unenuéi^de raarraots- A la yuedesgea4^rm^, les çjqifigiuts s'enfuirept, et Mçrliu3'jétaFit avajjjçé, ftt $aisir le général de brigade BouUuger ^ Y»iâs>dencaipp d'Haoriot^queVon conduisit xom ûmt avec lepr béf os ^u Comité de sali^t p^b)i<?.
Notre brave poUègue ppus av^it 44j^ wuviés de dçu^^it 43'nger$ immip^pts : il qç dev^i^ jôi»t eu restjçr Jà. Il jcjourç av» (Comité rfe la ^fM-OT^e , rue Saiut-rHouoréj \\Qt^ da Gboisei^U tià> çji^erçaptilç qomm^udçpieint ep çbef, qu'il pwwd d^ sa propre au|;orit4, daq?) ca moment critique, il ?'ocpupç 4p Ppuper toute çouunujjicatiaipL 0i»f^ç la ViUe et les Seçtioi^? ; il ^pédie do* courifef^ aux diverses brig^les de gendarmerie d^ (Jé-p partemeijts de la Sei^e et d^ 3^î^P^brOi3e, pptjr qu'elle^ ^ient à 9^ rendra ^m^ 441^ ^wr W plaqçs Yjctpiryç et ^e Veï^dopae A Paws#;^t:4ifÎ0e
d'un^prêtab rAgicide. 327
sur la Convention d^s bataillons de g^r de natio* nale ^ fidèle , chargée de la défebdré contre les tentatives des révolté$»
Pendant' ce- temps le conseil de la ville , présidé par Robespierre > avait ramassé quelques bataillons de citoyens abusés / Coffinhal s'était mis à leur tête , et suivi de trente à quarante pièces de canon , dont plusieurs étaient corn* mandées par les fils du bo!ii*reau de Paris , il s'était porté sur la Convention et était, parvenh à enlever Ha nriot , Boulanger et DesclAim}^^ «t à les replacer à la tète des troupes.
La Convention avait été informée de Farres* tation d'Hanriot. Mais à chaque instant on apportait de nouveaux sujets d'alarmes. L'un avait vu appeler au sou de la caisse les bonâ citoyens à l'Hôtel-de-Ville ; un autre avait entendu dire que RobéspkMgavait donné l'ordre de feire fermer les ban^^b Un des administrateurs de police y le noilmié Mibhel y parjuré à la cause des tyrans , vient apprendre iqiie le conseil général d'exécution , présidé par Maxi«^ milieu , s'est déclaré en insurrection contre là Convention»
— t< Qu'importe à la Convention , s'écrie » Legendre, qu'importe à la' république^ qu-uiv
'inS MÉMOIRES^ ^ '
M conseil général de la commune se déclare en M insurrection ? Preue2& garde de confondre le » peuple de la commune de Paris, avec un cbnvt seil nommé peu^-ètre par les conspirateurs, n TdutQS les fois qu'il émanera de vous un dé« 10 cret , comptez sur le peuple , comptez sur les I) Montagnards ; car la Montagne existe partout H où l'on veut la républi<|ue. »
Mais bientôt la Convention apprend que Hanriot est de nouveau à la tété de nombreux détacheifients qui environnent les Tuileries. Gollot prend le fauteuil et dit : « Citoyens, void » l'instant demourir à notre poste ; des scélérats, » des hommes armés ont invesjd lé Comité de n sûreté générale, et s'en sont emparés. » Tous les membres se lèvent spontanément. — « Nous » saurons mourir à notre poste 1 » -r- On eût dît , ces sénateurs rômai^Mi) à l'approche dfeâGaulois , attendaient I^^B^ ^^^ leurs chaises curules ; ils Tattendaîenommobiles, dans l'inaction, en silence; les sénateurs français sont debout, et prennent les mesures les plus vigoureuses. La Convention nationale après avoir entendu lé rapport de ses Comités de salut public et de sûreté générale , défend dé fermer les barrières ni de oojovoquër les sections, sans une autori$dtion
d'un prêtre régicide. 3îI0
desdits Comités , elle met hors la loi tous les fonction Daires publics qui s'opposeraient à resè» cation des décrets qu'elle a rendus.^ Ellp ^et également hors la loi lès individus qui y frappés du décret d'arrestation ou d'accusation, *n'au^ raient pas déféré à ce décret , ou's'y seraient soustraits. ËJle adopte une proclaination énergi» que , et décrète qu'elle sera imprimée et proclamée sur-le-champ sqr toutes les places de Paris, par douze commissaires qu'elle nomme à cet effet : les représentants du peuple, Barras, Fréron, Beaupré > Feraud, Bourdon de l'Oise, Rovfere, Bqllet, Delmas, Léonard-Bourdon, Legen* dre, Goupilleau ( de Fonténay ) etHuguet.
Pendant que la Convention se montrait ainsi à la hauteur du danger , Merlin de Thionville n'avait pas perdu son temps. J'avais quhté l'as-' semblée et je me dirigeais vers la maison commune,lorsque arrivédansla rue de laTruand'erie, j^aperçus mon intrépide collègue faisant une reconnaissanceà la tête de dix ou douze gendarmes; j'allais l'aborder, quand Hanriot, que la Convention venait de sommer de se retirer , déboucha^ dans là même rue à la tête d'une colonne de dix à douze mille hommes. Je tremblais' pour Merlin , qui ne pouvait avancer ni reculer. Sa
33o ^ MEMOIRES
présence cresprit le sauva* Il profita adroite^ ment de la nuit et de la localité^ et se formant en bataille dSins un enfoncement, encore existant au momeni; où j'écris , il ordonna le sabre à la maip, et se plaçant en tête de son peloton il laissa dé»filer Hrfhtiolr et sa troupe: maïs i peine le traître falHtl éloigné que je vis Merlin se porter vers k place des Victoires où il trouva Peraud, Tun des commissaires nommés par la Convention , qui avait pris le commandement d^un escadro(i de gendarmerie du départemèntde la Seine , ar** rivé quelques instants auparavant. Merlin or^ donna que cette troupe allât fermer lesissàesad^ jacentes à l'Hôtel-de-Ville, à l'exception des qutis où il avait l'intention de se porter lui-même. De là y il se rend à la Convention ^ expose au pté«sident ce qu'il a déjà fait pour la défense com» mune, vole ensuite à là place Vendôme , on il trouve un second corps de gendarmerie avec le»qud il revient pour occuper les quais , et dé^ boudïe enfin à la vue de l'Hôtel*-de-Ville.
J'arrivai sur le quai vers deux heures du iiia«tin y non sans difficulté ; montrant à cbaqnepâs ma médaille de député. Je parviné enfin à la tête de la colontie de cavalerie oiVje trouvai mon brave collègue Meriin , qui donnait CranqsîiUs^
d'un PaÈf^AB lUÊGICIDË. 33î
ment à Âes gtemlàrmes ^ Tordre de mettre pied à terre «t d^acc<»aipag^ei^ l'huissier delà 'Go&veBi^ tkm Rose , qui &it sigoîfier aux révoltés , :au milieu de leurs délibérations tyraonicides^ lé décret de mise hors la loi,
Rayau le reçut ave<; un .calme rare ; c'était do scélérat détermiaé; il le lut a haute voix > pro^ nonça lentement les no2i|s de ceux quatteiguaîi le décret, sans s'oublier lui-même ; mais il eut Fadresseinferaaled'y ajouter ces mots : aihsicfùe le peuple qui assiste dans les tribunes à leurs dém libérations nationicides. Cette addition ne pro« duisit pas Tefiet qu'il en avait espéré , et chacun des auditeurs, que la curiosité eût pu retenir en«i core, s'éloigna pour ne pas être atteint pprcet ordw prétendu.
. Au courage féroce qui avait ammé les conspi^ rateurs, succéda une cousternation généraile; Hanriot vient leur apprendre que ses canonniers l'ont abandonné ; la discorde se met entre eux,^ « Scéléi^t 1 s'écrie CofBnhal • en ^'adressant au n général trahi ^ c'est ta lâcheté qui nous. a » perdus. i)'Il se précipite sur lui^ furieux^ et ro^^ buste comme un taureau , il le saisit au milieu du oorps , et le jette par une fenêtre ; tous les autres se dispersent et se cachent ; Couthon se
3'in MÉ^Momes
blottit dans son fauteuil; Lebas est furieux; Ro-* bespierre est anéanti; Saiùt-Just reste immobile.
Sur la place , la confusion était complu.
Les citoyens désabusés abandonnaient leurs fusils aux cris de vwe la Convention ! Plusieurs cher* chaient à se sauver* à travers les chev^aux.
Merlin , qui ne voulait pas employer les moyens extrêmes , ordonna à quelques gendarmes^ de descendre de cheval , et de se mêler aux insurgés ; ils jetèrent bientôt parmi eux tinè terreur générale.
Ce fut alors qu'arriva Léonard Bourdon , avec* le marquis de Brantës , boau-frère de M. Lacuée^, ancien député à l'assemblée Constituante^ et depuis comte de Cessac ; Merlin les fit précéder d'un détachement de gendarmes , et ils mon»
tfercnt à la ville. Je les suivis. A notre approche Robespierre le jeune ^'élança par une fenêtre, et faillit écraser lïn citoyen no^imé Dalbarède , qui avait marché bieh à contre-cœur avec les ( soutiens dé la faction. Maximilien voulait parler ; mais un des gendarmes lui tira ^ bout portant UQ coup de pistolet dan$ la fiigure. La balle lui fracassa la mâchoire inférieure. I^ebas s'était emparé d'un phtoiet. « Tue^moi , dit Saint-Just )> à ce dernier. — J'ai bien autre chose à faire.
d'un prêtre régicide. 333
» répond Lëbas. » PuisjsetburDantunpeu^ilse feit sauter la cervelle. Les gendarmes bandèrent la plaie de Maximilien avec un mouchoir, s'emparèrent de tous les révoltés, les lièrent et les emmenèrent attachés à la queue des chevaux ; Robespierre y Couthon , Robespierre jeune et la cadavre de Lebas furent placés sur des civières.
La colonne formée avec'une arrière-garde , et des flanqueurs sur les côtés pour empêcher le peuple de se jeter sut les prisonniers, prit Ta route de l'administration de police. Lorsque nousy arrivâmes, la garde de vétérans de ce comité se mît en défensfe ; mais sur l'ordre impératif de Merlin de Thionville , elle plaça ses armes en faisceaux ; des gendarmes mirent pied à terre, et suivirent Merlin, qui fit prendre les onze administrateurs présents occupés à rédiger la mise hors la loi d'un gi'and nombre de députés parmi lesquels nous étions, Merlin et moi. Ils furent garottés et mis à la queue des chevaux comme leur idole. Le cortège reprit sa marche, Merlin parcourant lés flancs de la colonne avec ses ordonnances, et écartant la JEduIc qui menaçait Robespierre.
Nous traversâmes le quai desjTuilerieà au
' milieu des acclamations et ^es> cris' de joie du
peuple. Il était trois heures du matin. Commç
33S4 aiAMoiiifls*
nous passioas.flOH»(le3 gaicbets du I/)iivvey ua groupe nombreux voulut s'emparer de Robes* pierre et l'égorger. «Retirez-^yous, citoyen^ f ne vous déshonorez pas^ s'écria Merlin, laissez &ire au bourreau son métier* » Ces mots énergiques suffirent, et nous arrivâmes à la Convention ^ où les députés accueillirent mon brave collègue aux cris de F^we la liberté! Vivie Merlin!
Âpres une crise violente , la Convention se voyait 'sauvée , ,et recevait en ce moment les députations e£ les félicitations des sections de Paris, a Le lâche Robespierre est là ^ dit le pré" n sîdent^ on l'apporte sur un brancard^ vous ne ^) . voukz^ pas sans doute qu'il entre.r— Non^noa, » . s'écrie-t-*on détoutesparts^le cadavre d'un ty^* » ran souillerait l'assemblée, c'est à la place de la » Révolution qu'il iaut le porter. » Il fut cond uît dans la salle dit comité de sahit public. Des medeciçts . furent envoyés pour examiner et panser sa blessure. Le pistolet dont on l'avait frappé ne contenait que du mauvais plomb : il* devait souf&ir horriblement; cependant ^ à cela près de quelques mouvements, convulaife^ il conservait un calme impassible. Plusieurs dé« ' ptitési«quittèreat la.^éance pour se rendre au* • près de lui et- faire le tour de* la tabk sur
d'un PR&nB aicEiciûE. 335
laquelle il était (^endoi Je voukis finsai le^oh*.
Riëti de si- midérable et de si tritste que l'aspect
de notre Crdmwêl, les habits en désordre ec tout
couvert de sang. Il avait pour oreiller une boiter
qui contenait quelques échantillons de pain de
munition envoyés de l'armée du Nord. H était
sans chapeau et sains cravate ; son habit ibku-^
ciel^sa culotte de nankin étaient souillés de sang
et de poussièi^e ; se$ bas de coton blanc étaient
rabattus sur ses talons. Il s'appuyait sur le c6té
gauche 9 et de sa main droite il débarrassait sa
bouche, â l'aide d'un morceau de peau , du sang
cîElilîé qfai 'i^ amoncelait j 6n s'en aperçut , et
^Tutf âesf einjilôyés du comité, peutr-ètre no de*
gens faibles qui avaient obtenu de lui uli poste
^é^ondaire, lui donna, au défaut de linge blanc,
du papier , qu'il employait au n^me usage après
l*avolr pHé en double.
Quelques-uns des assistante n'épargnaient pais â Maxîmilien les injures qu'il avait niétitées pendant sa vie. Lorsqueî'entrai,uncanonnier,né à ktt^s cotiimé lui, lui reprochait en ergiquemettt ses forfeits. Je le fis taire. Cette circonstance m'attira l'attention du patient qui l' écoutait aveo contrainte. Il me i^econnut , et je crus lire danst ses yepc, an lieu de reconnaissitBiGe^
336 irtMCHRKS
le regret que je pusse le eoutcmplejr sur un aussi triste lit de mort. On annonça un c^îj'ur»
gien appelé pour le païiser; je ne voulus point ôtre témoin de cette scène hideuse et je ;me retirai. Un moment après j'enÇèndis rire de Fespèce de frayeur qu*avait causée Robespierre à ceux qui «l'entouraient , lorsqu'au moment où Ton s'y attendait le moins^ il s^était levé sur son séant^ et se laissant glisser de la table où il se . trouvait trop durement, sans doute , il avait été s'asseoir dans un fauteuil.
Bourdon continuait à la ville la recherche d'Hanriot et de quelques autres» Qn parvint enfin à découvrir le général cadié dans la boîte de l'horloge, on s'en empara et il fut, avec ses complices., traduit au tribunal révolutionnaire.
On venait de prendre la, même mesure à l'égard des conspirateurs Robespierre, Cou^ thon, Dumas président dudit tribunal, et Saint^^ust. Celui-ci , en traversant la salle d'audience du ccmiité de salut public ^ attacha ses yeux sur le grand tableau des droits de. l'homme, qui y était placé par son ordre pour la règle. des magistrats : « C'est ppulrtant fi moi qui ai fait cela, dit-il >> ^ et il se laissa emmener avec les scélérats qui- avaient cor^
d'un P^IlTOf SUICIDE. 3^
«fcFûftqwieFrfTinvUle Veutbieptôt feit. C» n& fm lijepenâafnt q^'è rbeiirfiQwiin^iî'fi, qu'à qmiw Jiaurea d'ap^è^ midi , qu'ils fuy^at Q9nAmîi$m supplice. L'échafaud avait été élevé ^w k place de la Révolution. Pendant tout le chemin , le peuple accouru en foule , les accabla d'insultes , les abreuva de toutes sortes d'outrages. Les bourreaux montrèrent Robespierre au peuple, et lui arrachèrent le bandeau qui entourait sa blessure. Il poussa alors un faible cri. Son frère et Henriôt étaient déjà presque morts ; Couthon ressemblait à un cadavre ; Saint-Just avait perdu tout courage. Leurs têtes tombèrent au bruit des applaudisse- ments , aux cris de vive la liberté ! vive la Convention ! vive la république!
Un de ceux qui avaient assisté au dénouement de cette catastrophe, me raconta avoir reconnu dans la foule , la fille aînée de Duplay , qui avait voulu voir encore une fois , celui que toute sa famille avait regardé comme un dieu. On a répandu que cette fille avait été la maîtresse de