CHAPITRE LXI
Si.-jiist à la tribune de la Comrentiôn. -^ Tallien rinterrompt et accuse RobespieiTe. — Billaud le dénonce à son tour. — Robespierre se défend mal. — Taliien l'accuse de nouveau. — Barrère et Bourdon de l'Oise. — Je demande l'arrestation du nouveau Crdm* 'wel. — Le décret est prononcé. -^ Legendre : ie sang de Danton !
APRÈS avoir pris éftpeu de repos^et avoir ajouté quelques notes au discours que m'avait remis Billaud - Varenues , je retournai au comité de sûreté générale pour attendre Saint-Just.
Il n'était pas encore arrivé , tous^ les mem» bres n'étaient pas non plus réunis; ou s'attendait que les absents formeraient l'escorte de l'orateur. Nous nous entretînmes de la situation des choses^ mais l'instant décisif était maintenant trop rapproché pour que nous eussions le loisir de faire des phrases. Nous nous séirions la main,
tïVlS PRÊTRE RÉGICIDE. 3o3
nous pariions à voix basse de nos espérances , des événements de la nuit, de nos craintes. Nous nous disions quels auxiliaires nous avions rattachés à notre cause. A leurs phrases précipitées on jugeait de l'importance et de Tanxiété des uns ^ sur d'autres figlires , un calme et une tranquillité rares en semblable circonstance, at« te^:aient le courage, le sang-froid, la fermeté nécessaires à nos projets.
Onzeheures étaient sonnées^ et Saint-J^t ne paraissait point. L'impatience augmentait ; on s'agitait^ on parlait avec véhémence; les vociférations de Va(lier et de Vouland annonçaient quel était l'état des esprits. Barrère discutait avec Lecoîntre et Billaud. C'était bien le député le plus adroit. Il avait évité de se réunir . à nous la veille } mais cç matin il nous croyait les plus forts, et la séance annoncée lui donnait un motif plausible, pour venir au secours de ceux qui croyaient devoif être bientôt les vainqueurs. Billaud le quitta quand j'approchai. « Croyez-* » vous, dis-je, que nous puisions compter sur^ w lui ? — Il nous suivra si nous avançons. »
Saint-Just n'arrivait pas, et la Convention ouvrait sa séance, u Je crains quelque perfidie » de la part de Saint-Just , me dit Billaud ,
3o4 MÉ/MQIÎIER
Now3 ^ortii^es un iqstant d© la ^allf.. Mî^i eon* naitf Plusieurs liiembressç promeo9JL^)it eucore. Nous apa?çûi»çs Bourdou die l'Oise avec Dijir^ud , M3illane et ïipvîere, X^Ui^nvinf à nouisjij tétait rayonnant de joie, — Oh ! les brayes geiis , me dit-il, «cjuiçle^ ge^is du c#té droit ! Puis il nous apprit que Saii^thjq^t Y wait d'*entre?. Il nons sembla êtjre dç trop b^n^ b^t^re pour qu'ils parlât d'abord à rassemblée^ C'éliait done poiir remnlq? ;sa prome3se qu'ii ^'était hâté. Nous rentrâmes préçipitemwent'ôu Comité de sakiç public 9 ptTs^Uiw nous quitta poqr aller saTOÎr ce qui se passait cj^ns FAsisemblée.
Nos collègues attendaient encore Forateurj m^isà la nouvel^ que nous annonçâmes^ ch^«ci^ pensa qu'op îiljâit le voir paraître. En eflfel^ tant à cause du rôle influent qu'il jouait, qu^è c^use diB l'importHEifiçe que Ji^i-même attac^it à se^ parles toujours ppçfJe^ ,; le siepttentiettt trit>un ne pt^mt^iit jamfiip à Ift .tpibune>€pi^ûw n^A^ lieu d'npe séapce^ ^ppfes fiout^ le3 pcfites difilcfà^ sion* aecoudair^ÇS.^PÎpns (étions ^us assis, l<H»9que la pOfTte $'onyre*précipitamment : Bottrdôti^ de YQi^ paraît. « Alerte, s'écricrt*41 1 aka^ie! 8li* ï) Jiast fB9i4 ïs tribune. *rtr Commet ?:^€l^ëst » une tmhi(son. -^ Il n-'est que bidi. —j-'E^^ce
d'un P1IÊTA& ]IÉGICÏ]>E. 3o5
» bien possible?' — C'est la vérité y ajouta Boar« » don ; j'ai profité , pour vous avertir , du » temps qu'il lui hnt pour dérouler et dis* » po^erson cahier; mai» à son air hypœritè et » tràîti:eV à Foeil sinistt*e qu'il promenait sut » l'assemblée > nul doute que maintenant il » ne demande déjà nos têtes. — Allons les >» lui porter, s'écria Vadiw ; et ne vieillard » ti*op souvent sanguinaire , mais dont le cou- » rage atvait alors quelque chose d'inspiré , w sortit à notre tète. »
Nous courûmes à nos bancs. Saint-Just ne parlait plus. TalKen , impatient de ne pas nous voir arriver et indigné de l'entendre, s'était éliaiucé il la tribune, et déjà des acclamations unanimes répondaient à ses paroles : — « Je » demande, s'étaii-ilécrié, que lerideau-soitenï> tièrement déchiré. — ^Tl le feut, il le faut, répé^* » tàit-od de tonte$ parts . — ^Parlez ! Que la vérité » brille enfin . -^Dénon cez-les! — Qu e les traîtres » soilent connus!— Courage, Tâllien!...
;• -b^n A vous ! dts-*je alo^àKllaud-Varennes, }} env lui remettant son discours ; à vous! la p iH^tèiest maintenam préparée, v6us frappe- » . rez {dus juste el^us fort qu'aucutt de nous» ; et en effet îi s'élance à la tribune. En l'y Tome ii. 20
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«oyant , Robespierre pâlit , sa fureur redou- }))e , mais il cherche à se contraindre.
Cependant, fiîllaud harangué les tribunes^ et fait arrêter un homme qu'il désigne tomme i^uv des assassins apostés la veille aux Jacobin^. La foule lui obéit^ et répond à son énergie. Se tournant vers Saint-Just, qui n'a pas. quitté la tribune , et qui dans le fond y accoudé sur un des côté? est inmiobile^ l'orateur lui reproche sa perfidie récente envers les comités : « C'est au moment où il sait que )\ nous ne pouvons être ici, s'écrîe-t-il , puis- >^ qi^e nous l'attendons au comité de salut n, public, qu'il vient se parjurer à ceitte tribune^ » qu'il vient essayer syr vo.us ses- funestes poi- Mjspns . »
Pui^ passant sur l'eiorde de son discours auquel la circonstance en ^substitué un autre ^ il impi^o^fise: m' L'assemblée jugerait msil l^es évé- », ne^lents çt la position dans laquelle elle )) se trouve , §i .elle se. dissimulait qu'elle est » entre, d&as. légor^gertients . ii 'elle périra si » I elle e3t faiblç-.. — Pto» , non , s'«crie-ti-on de n toutes parts, — JVous ne le serons pas répètent >) plusieuiçs membres • n Ceux qui sont le plusprës de la tribuqe vont serrer. la main de Billaud, et
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1 encouragent. — « Vive la nation ! —Vive la M Convention ! — Vive la république ! w
Lebas profite <ie cette interruption pour prendre la parole à son tour. Il prononce quel* ques phrases de sa place et au milieu du bruit. « Silence! s'écrie-t-il enfin avec iforce.» On s'aperçoit alorsqu'il parle^quelques yeux se tournen t sur lui ; il croit avoir obtenu l'attention et s'élance à la tribune : « Que signifie, dit-il, tout cetu- . » multe, et cette bataille que l'on engage? Quand » BOUS vous disions qu'il y avait une co nspira- » tion contre la république ; ne le voyez- vous w pas? — A qui parle-t-il, demande Legen- » dre. — Aux honnêtes gens , répond Lebas , » aux braves citoyens, à ceux qui croient que » chacun doit être libre de son opinion.
— » Citoyen président , m'écriai -je alors de w ma place , lajparole est au préopinant. — Elle » est à St.-Just. — Nous l'ôtons aux traîtres. » — Parle Billaud. — Vous m'entendrez, re«»
» prend Lebas de toutes ses for ces. — Non , non. » — Jereste.doncici. — ^Al'abbaye! à l'abbaye ! » Ce dernier cri parti des tribunes , fut un coup de foudre pour le partisan de Robespierre, qui regagna sa place au milieu des huées et des menaces.
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Billaud peut alors continuer son discours , et il développe avec force la position où se trouve l'assemblée. Chaque mot porte coup , chacun de ses récits inspire l'indignation ; il ne l'a pas entore nommé ^ mais tout le monde désigne déj4 Robespierre. « Quand Robespierre vous dit » qu'il s'est éloigné des comités , s'écrie enfin » l'orateur^ parce qu'il y était opprimé, il a soin » de ne pas vous faire tout connaître j il ne vous )) . dit point que c'est parce qu'ayjant imposé au n comité sa volonté pendant six mois, il y » a trouvé de la résistance au moment où , )) seul, il a voulu foire rendre le décret du » 2,2 prairial , ce décret qui , dans les mains » impures qu^l avait choisies, devait être si » funeste aux patriotes. >> Un irémissement gé» néral , annonce en ce moment l'indignation de l'assemblée. — « Sachez , citoijn ns , continue » l'opinant, qu'hier Dumas, président du m« » bunal révolutionnaire, a proposé ouvertement » aux Jacobins , de chasser de la Convention tous » les hommes impurs, c'est-à-Kiire ceux que Ro-» » bespierre, son maître , veut sacrifier. Mais le » peuple est là , et les patriotes sauront mourir » pour sauver la liberté. — Ouil ouil — Je le » répète: nousmourronstousavechonneur : car
d'un prêtre REGICIDE. SoQ
» je ne crois pas qu'il y ait ici un seul repré* » sentant qui vpulût exister sous u$ tyran, »
Je n'essaierai point à peindre les acclamations qui à cet endroit attestent Fasseûtinient général dans la salle et dans les tribunes. « Périssent les tyrans! » répète-t-on de toutes parts, pn sefoule parmi les spectateurs, on se presse dans rassêm* blée, on n'observe plus de rang, o^ témoigna partout la plus violente indignation contre Maxi* milien y et sur quelques 6gures déjà se lit un air dé satisfaction et de triomphe. Tout le monde est debout. ,
Billaud continue avec la même force pendant quelque temps encore, w On voulait » mutiler la Convention , on voulait là ûé^ » traire ; et cette intention était si réelle , qu'on » avait organisé un espionnage auprès des re* » présentants du peuple qu'on devait égorger. M II est inlâme de parler de justice et de vertu » quand on les brave, et quand on ne s'éloigne » que lorsqu'on est arrêté ou contrarié dans ses )) projets tyranuicides ! »
L'ot-gueil de Maximilien ne peut tenir contre cette dernière attaqué. Il est furieux , ses yeux sanglants errent sur l'assemtlée.^Sa respiration est presque un rugissement , ses gestes sont
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menaçants ; il veut prendre la parole avec ce ton impérieux qui a si souvent attéré ses adver» saires^mais il n'a plus la fascination du basilic ou du tigre ; le charme hideux est rompu. Si quelques-uns ont envie de Fécouter encore, nous somnies assez nombreux pour couvrir sa vmx et Tempécher de rallier à luî ses satellites , ou de chasser sa terreur. Son emportement n'a plus de bornes ; s'adressai^t à Collot-d'Herbois, notre président, puis à chacun de nous, il vomit des torrents d'injures, hesmots de conspirateurs y de traîtres y à^ intrigants et autres expressions plus sales se pressent et , pour ainsi dire^ s'épaissis» sent dans sa bouche. On dirait que malgré notre nombre^ nous nous fetiguons plus que lui.
a Est-ce qu'il finirait par l'emporter ? me de» » madda Lecointre. — A bas le tyran l » m'é»
criai-je. Mon cri est répété de toutes parts. — <t C'est toi qui l'as nommé , me dit en sou- » riant Boissy-d'Ânglas. » En effet ces mots teiribles étonnent et arrêtent tout court notre dictateur. Effrayé, il descend quelques marches, et prompt comme l'éclair , Tallien a repris la parole.
Nous trépignons, nous applaudissons de nouveau aux foudres de sa voix. 11 est impossible
d'un PlliTKE REGICIDE. 3ll
de se figiirer l'état de rassemblée dans ces moments où elle luttait pour aiud dire^ contre nu seul homme y où elle le déchirait y où les
.plus braves emportaient avec joie un morceau d,u voile dont il avait entouré ses forfcrits et sa tyrannie. On ne l'épargne plus enfin , et les
^ noms de dictateur, de nouveau Cromwel s'ajoutent bientôt à celui de tyran dont j'avais lèpre-
' mierarrêté son aud^^ce stigmatisée. « Je l'accuse, j) poursuit Tallien, avecla loyauté républicaine, » en présence du peuple français : il faut que » les citoyens soient éclairés , et l'on verra si » tous ceux qui fréquentent- les tribunes des » Jacobins ne sont pas plus attachés à Robes-
' » pierre qu'à aucun autre individu , mais à la w liberté. J'appelle toute l'attention de la Con- » vention nationale sur cette vaste conspii*a= » tion 'y je ne doute pas qu'elle ne prenne des » mesures énergiques et -promptes^ qu'elle ne » reste ici en permanence pour sauver le peuple j /) et quoi qu'en aient dit les partisans de l'h omme )v que je dénonce , il n'y aura pasi de 3i mai, la » jiistice nationale seule frappera les scélérats » eux seuls. »
H répète alors à peu prcs les mêniéa.accu^ sations que Billaud-Varenne sans que renthou«
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siasme de rassemblée soit refroidi par cette redite : « Ubomme. qui veut en ce moment » assaillir votre tribune, s'écrie -^t- il enfin, » est un nouveau Catilina. (]eux dont il était M entouré, étaient de nouveaux Verres. On ne ». dira pas que les membres des deux comités » sont mes partisans, car je ne les connais pas ^ » et depuis ma mission à Bordeaux , je n'ai été w abreuvé ^ue de dégoûts. Robespierre voulait » tour à tour nous attaquer, nous isoler, » et enfin il serait resté un jour seul avec » les hommes crapuleux et perdus de débau- ** ches qui le servent. Je demande que nous » décrétions la permanence de nos séances jus- >i qu'à ce que le glaive de la loi ait assuré « la révolution , et que l'oii ordonne aussi » l'arrestation de ses créatures. » Billaud appuie ces cqnclusions, nomme ceux qu'a désignés Tallien , et les deux propositions sont décrétées
à l'unanimité. ^
C'était un premier avantage , mais ce n'était pas encore la victoire. Nous parlions déjà entre nous de demander l'arrestation de Robespierre. Plusieurs de nos collègues craignaient et hésitaient encore. Cependant son audace se ranima , nous vîmes en même temps renaître
d'un prêtre REGICIDE. 3l3
sa (areur ; mais nous avions bien aussi assez de courage pour faire taire ses inj ures , et pour gagner du temps. Barrère iut appelé à la tribune ou il fit^ au nom des comités, un rapport relatif à la ftl^ce armée'^. auquel il ajouta, tant bien que mal,la proclamation dont j'ai parlé, et qui nous servit à ramener,malgré les incertains, la question sur le terrain périlleux où nous l'avions placée d'abord.
Pendant ce rapport , Tallien , Bourdon étaient autour de moi d'une impatience sans freiri.
BiUaud s'emportait. — « Voyez ce Robespierre , » nous disait Tallien, quel orgueil, quelle » audace. — Et Couthon que de bassesse ! -r- » Que veut Lebas? demandait Bourdon ; va-t-il » nous déchirer, nous mordre? il ressemble à » un chat irrité et poussé à bout. — -Mais au » milieu de ce tumulte* et de ces vociférations , w n*avez-vbus admiré, leur dis-je, l'impassi- >i bilité de Saint-Just ; immobile , toujours ap- » puyé contre la tribune, on le croirait pétrifié, » si par moments le remords ou l'indigpation >i jie le faisaient pâlir. — II est anéanti , il » cherche du courage et n'ose bouger , de peur » de laisser voir quelque lâche mouvement. »
Tel fut le jugement de Billaud. Le triumvir me
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sembkitplutotétonné delà hardiesse derassem»
blée , cherohant d'où pouvait venir pour eux , pour leur idole , un si grand danger, et épiant aussi quel serait l'instant propice à la défense. -^ « Que Barrfere est long ! reprit Tallien.
» — Il parle, répondis-je, avec son adresse » • accoutumée ; il sait merveilleusement trai- » ter plusieurs points sans perdre de vue » la question principale. — Calmez -vous , - » jeunes gens , interrompt le vieux Vadier , » qui depuis un moment assis près de nous, » semblait sommeiller. — N'est-il pas temps M d'en finir, demandait Bourdon ? Il faudrait » qu'on nous rapportât des nouvelles de la » Commune^ mais Barrfere descend, laissezyi^ moi » ; et il s'avance vcts la tribune où il trouve la force de plaisanter et de faire rire dans un semblable moment. ^
Il rappelle de nouveaux faits, surtout l'histoire deCalherine Théos et une lettre trouvée dans ses matelas, qui mettait, je crois, Maximilien au rang des prophètes : « A en tendre Robespierre, » continue-t-il , il est le défenseur unique d&la » liberté; il en désespère, il va tout quitter; ne » trouvez-vous pas qu'il est d'une modestie » rare? Et il a pour refrein perpétuel : je ^uis
d'un prêtre régicide. 3i5
» opprimé, on m'interdit k parole j et il n'y a » que lui qui parle , lui dont les discours aient ^» quelque effet, car sa volonté esttoujours feite. » Il dit encore : Un tel conspire contre moi » qui suis Fami par excellence de la républi» >i que^ donc il conspire contre la république. » Cette logique est neuve. Il avait encore un >? autre moyen de tourmenter les patriotes. ïl » donnait à plusieurs députés un espion. Pour » mon compte, il m'avait attaché un nommé » Taschereau qui était pour moi d'une attention » et d'une complaisance rares. Urne suivait par« » tout, même jusqu'aux tables où j'étais invité » et cela sans qu'on l'en priât. Ce Taschereau » savait par cœur et me récitait sans cesse tous » les discours de Robespierre. Lorsque je sus » que les parents des détenus tenaient chez lui » antichambre, je lui défendis de venir chez » moi. Pour s'en venger, il dénonça et fit arrê« » ter un homme qui me voulait du bien. Voilà >> comme s'arrangent ces bons patriotes. — r * » Ce n'est pas encore là le vrai point de la ques» » tion, s'écrie Tallien impatienté, il esttemps d'y » revenir ; je demande la parole.
» — Je saurai l'y ramener, répond Robes- )) pierre avec fureur » ; et il veut remonter à la
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tribune. Les cris recommencent , redoublent ; le tyran n'écoute plus que son emportement.
Saint-Justlui-même se détourne un instai\t pour l'arrêter , et du geste lui conseiUe le silence. Tallien a de nouveau la parole, et aux accusations qui se sont déjà fait entendre , il en ajoute d'autres plus terribles encore. Maximilien n'y tient plus. « Qu'on m'envoie à la mortl s'écrie-t-41. » —Tu la mérites mille fois », lui répond*-.on. Â ces mots je juge que le moment est venu et je demande le décret d'an^tation contre le nouveau CromwelL Loucbet se joint à moi , lioiseau propose la mise en accusation et sa motion est appuyée. Ce fut alors qu'Augustin Robespierre demanda à partager le sort de .son frère , et dans une aussi détestable cause , on satisfit sur-le-champ à sa demande sans penser même à ce qu^^elle pouvait avoir de courageux. Une foule de voix joint aux noms des deux frères, ceux des triumvirs., Guithon , Saint-Just et Lebas. Au milieu du désordre , le premier semble en délire et s'écrie « qu'ils voulaient en effet arriver au trône. «Leurs injures, leurs cris restent sans effet et l'assemblée à l'unanimité décrète leur accusation .
-— «Citoyens, dit alors le président après avoir
» demandé que Sâint-Jost déposât sur le bu« » reau le discours qu'il devait Kre , citoyens , il » est vrai de le dire, vous venez de sauver la ») patrie. La patrie soupirante et le s^ein presque » déchiré ne vous a pas parlé en vain. Vos en- » nemis disaient qu'il fallait encore une insur* » rection du 3i mai.
— ' » Il en a menti , s'écrie Robespierre.
— )i Je demande^ répliqua Clausel , que les » huissiers exécutent le décret d'arrestation. »
Et de toutes parts on s'écrie : Jl la barre !Oui! oui ! àla barre* Robespierre semble un instant être en délire. Il s'élance comme un furieux vers les bancs de la Monta fjne , et s'approche de mon côté ; ses yeux sortent de leur orbite ; tous ses traits ont une expression hideuse ; ses membres sont roidis et semblent faire ^ pour articuler de nouvelles injures^ d'inqtiles efforts.
— « I« sang de Danton t'étoufïe, s'écrie Le- » gendre, placé non loin de moi.
— )i Ah l c'est donc Danton^ s'écrie*-t-il, vous » l'avea donc nommé ; traîtres y conspirateurs. »
De nouveaux cris de à bas le tjran! à ia barre! à bas Cromwel! enchainons le tigre, couvrent sa voix. Chassé des bancs de la Montagne ^ il se réfugie un insiant au côté droit, -^w Et vous ,
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» s'écrie - 1 - il , Inmines ^ vertueux , vous que » j'ai tant de fpis défendus contre ces conspi- » rateurs^m'abandonnerez-vous ? < — Et les om- » bres de Brissot , de Vergîiiaud , , de Gensonné ! ,) — C'est ici leurs places I — Oses-tu bien les » souiller de sang? —Tu invoques nptre vertu, » c'est elle qui te condamne. »
Telles sontles réponses qui Taccablent dans la plaine. De tous les points delà salle on crie avec une nouvelle force : :/é la barre ! à la barre ! quon exécute le décret! Le dictateur et les triumvirs sont forcés de se soumettre , et bientôt ils disparaissent.
Notre victoire fut suivie d'un résumé de Collot-d'Herbois , qui, en sa qualité de président, nous remercia d'avoir sauvé la patrie. Il raconta en outre ce qu'il avait fait la nuit . aux Jacobins, pour entretenir les bonnes dispositions des nouveaux ennemis de Robespierre ; il donna aussi quelques détails sur le rapport de Saint-Just , sur lequel il avait eu le temps de jetçr l^s yeux. Cette monstruosité s'adressait surtout aux tribunes et avait été écrite dans l'inteiiition de soulever le peuple contre nous. ^ Nous t,rîomphioas , mais nos fDrces, nos vQJix étaient épuisées , et nous avions besoin de
d'un PKÊJKB RéGiCIDE. 3lQ
repos. La séance qui avak été déclarée en perfi manence y fut donc suspendue à cinq heures et demie y pour^ être i^eprise à sept heures du soir.