I IO MÉMOIRES
Élire entendre > pour rallier à ceux du dedans, ses complices du dehors.
C'est là que d'abord furent dénoncés publiquement Desmoulins et Philippeaux. Robespierre exprima, son repentir d'avoir précédemment défendu Fauteur du Vieux Cordelier } et sa voix perfide rappelait une ancienne amitié qui l'avait aveuglé quelque temps , au moment où il demandait que Ton brûlât en pleine assemblée les écrits de cet ami dont il voulait assurer la perte, a Brûler n'est pas répondre! m réplique avec impétuosité Camille, et Robespierre se débat pendant quelque temps en yain contre cette phrase qui , par sa concision , son énergie , s'est gravée dans la mémoire même de ses plus fidèles amis , qui se voient obligés de convenir, et qui répètent que Itrûler ri est pas répondre. C'était l'arrêt de mort de Camille, et le rapport de Saint-Just prouva bientôt que le tyran avait cherché un argument plus sûr et plus irrécusable dans la guillotine.
Comme s'il eût bien prévu quels seraient ceux qui pourraient prendre avec quelque autorité la défensedu républicain , Robespierre les avait compris dans le même décret d'accusation , c'étaient Lacroix, Philippeaux et Danton. Une muette hor-
d'un prêtre régicide. m
teur répond d'abord au rapport de Saint-Just. Legendre monte à la tribune , pour se plaindre de l'arrestation , mais avec une timidité qui ne lui était pas habituelle. « Nous allons donc tous » être égorgés successivement , m'écriai-je ! » Mes voisins par ta gai en t tous mon indignation , Legendre contiuue et parle en faveur de Danton. Fayau lui répond ; Saint-Just veut s'élancer à la tribune, Robespierre l'arrête et prend la parole , comme accusateur de ses anciens amis , ou plutôt comme un triumvir ordonnant leur supplice. Sa voix rappelle sans pudeur tous ceux dont il a partagé l'amitié, et qu'il a immolés, parce qu'il les a trouvés traîtres à la patrie. Il semble menacer chacun de nous d'ajouter son nom â cette liste fatale : « On craint que des » individus ne soient victimes , s'écrie-t-il , ou » se défie doue de la j ustice ? Quiconque tremble » dans ce moment, est coupable. Les complices » seuls peuvent plaider la cause des traîtres. » Legendre reparaît bientôt à la tribune, pour rétracter ee qu'il avait dit en faveur de nos malheureux collègues. Je me levai ; j'allais répliquer, je m'aperçus , à la morne stupeur qui m'environnait , que Robespierre était encore assez fort pour tourner toutes mes paroles contre ceux que
je voulais défendre et contre moi-même. 11 n'était plus temps d'ailleurs, et, avant d'avoir été rendu , le décret était déjà exécuté ; les députés avaient été arrêtés avant la séance ; c'était leur décret d'accusation , et non d'arrestation, qui venait d'être adopté.
Je me rendis le lendemain chez Camille ; je trouvai sa femme dans les larmes. Il avait été emmçné de son domicile dans la nuit. Je cher* chais à consoler madame Desmoulins : « C'est » inutile , me dit-elle , je pleure comme une » femme , {force que Camille souffre , parce que » sans doute ils le laissent manquer de tout, » parce qu'il ne nous voit pas;... mais j'aurai » du courage comme un homme ; mais je le sau* » verai... Que faut-il faire? Lequel de ses juges » faut -il que je supplie? lequel fout-il que j'at- » taque ouvertement? Voulez -vous me con- » duire chez Phélippeaux? — Il est également » arrêté , sans doute. — La patrie n'a donc plus » de défenseurs?... Je vais chez Danton. — Le >» même décret le réunit à votre époux. — » Pourquoi donc m'ont-ils laissée libre , moi ? » Croient-ils que , parce que je ne suis qu'une
» femme, je n'oserai élever la voix? Ont-
» ils compté sur mon silence? J'irai aux
d'un prêtée régicide. ji3
» Jacobins $ j'irai chez Robespierre ! * Et coût en exprimant cette naïve colère , elle fondait en larmes. Je me joignis à sa mère , pour la consoler, la calmer. Je lui objectai qu'elle ne ferait que rendre la perte de son époux inévitable, te Eh bien! s'écriait-elle en sanglottant, nous » sauverons la république. » Toutes mes in* stances furent à .peine assez fortes pour lui persuader d'attendre les événements. « Content dç » ce premier triomphe; lui dis-je, Robespierre » n'achèvera peut-être pas sa victoire; peut-étxç » nous fournira-tril lui-même l'occasion de le » prévenir. » Sa douleur, l'épuisement de ses forcés, me servirent mieux que tous mes arguments. Je lui parlai de la défense de son époux et de ses amis. Sans doute leurs voix si puissantes ne seraient pas sans effet, lorsque le tribunal les entendrait réunies. La Convention elle-même pouvait demander d'ici là, que le décret de leur accusation fut rapporté , et Robespierre y souscrirait peut-être. Il se rappellerait et l'ancienne amitié de Camille, et leurs longs efforts pour faire triompher la même cause.
En ce moment entra un employé de la prison du Luxembourg. C'était là qu'avait été transféré Camille. Il écrivait à sa femme, cherchait à la