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ports assez fréquents qu'ils avaient ensemble pour l'ordonnance des fiâtes civiques. La conformité du sujet de leïirs études les rapprochait aussi, et je vis avec plaisir ce renfort venir influer jusque sur Saint-Just eu faveur du poète. Des que la lecture fut reprise , David , que j'avais mis au fait des événements de la pièce, et qui, sortant de son atelier, avait la tète pleine encore de grandes idées, se laissa facilement enthousiasmer et exprima , sans arrière-pensée , combien il appréciait les beautés de l'ouvrage. Ce suffrage fut d'un grand poids , et Timoléon en devint , en peu d'instants, bien meilleur aux yeux de presque toute l'assemblée. Ce qui n'y contribua pas non plus médiocrement, c'est une tirade qui semblait pouvoir s'appliquer aux suspects du jour ; ce sont ces vers ronflants, et que l'auteur , encouragé , dit avec plus de chaleur ;
Rapproche-toi du peuple , on n'est grand qu'arec lui. Sois heureux . le peokje est cour eut t aie.
Je tremblai quand j'entendis ce passage du rôle de Démariste :
Je fus épouse et mère , et j'ai payé ma dette.
C'était le sens de l'une des dernières phrases de
D'UN PRÊTRE fctGIClbE. I^g
Danton à ses bourreaux , et par un mouvement involontaire > je cherchai sur la figure de mes voisins s'ils n'y voyaient pas une allusion cri** minelle.
Plus loin, l'un des personnages s'écriait:
1* terreur comprimant l'honnête homme abattu , Sèche rhamanîté , lait taire la vertu ; La tyrannie altière , et de meurtres aride, D'un masque révéré couvrant son front livide > Usurpant sans pudeur le nom de liberté , Boule an sein de Corinthe un char ensanglanté.
L'on fut plus satisfait du passage où l'on foule aux pieds un diadème. Aussi Chénier y arriva-t-il plus tôt qu'il ne le devait , si j'en juge par èà tragédie, telle que je l'ai vue imprimée. Entre les vers que j'ai cités , et ceux où il est question de V infâme bandeau, se trouve une tirade pleine de bon sens , de raison , et bien écrite , qui se termine par une maxime qui n'eût pas été , plus que tout le reste , du goût de bien des auditeurs :
Et n'oublions jamais que sans humanité Il n'est point de loi juste , et point d'égalKé.
Camille Desmoulins était mort pour avoir tenu
un semblable langage, et l'on ne peut que savoir
gré à l'auteur de cette prudence si nécessaire alors.
Chénier était d'une discrétion, d'une réserve,
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qui approchait de la méfiahce, avec tout te monde. Je ne crois pas que personne puisse affirmer avec conviction quelles étaient ses opinions sur la révolution, sur 1er crimes de la terreur, ni s'il était réellement attaché à Robespierre et à sa puissance. Dans ce dernier cas , il aurait donné plus d'une fois la preuve de bien peu d'adresse, surtout en cette circonstance. Comment pouvait-il croire que le dictateur eniendrait demander avec plaisir :
N'cstron jamais lyran qu'avec ira diadème?
Heureusement le troisième acte de Timoléon contenait des passages plus en harmonie avec l'esprit du jour ; tout le monde applaudit à ce vers:
Couvert du sang d'un roi, ï'échafiud le menace.
Démariste conseillant à Timoléon le meurtre de Timophane; le dialogue suivant entre le héros et le sans-culotte Ortagoras.
OftTAGOlAS.
. . . Tout homme libre est on tyraimicide.
TIMOLfo*.
ilfant donc....
P*UR PKÈTRE RÉGICIDE. l8<
•MAOOMU.
IilIRIDOiCr.
TIMOLftO*.
Quoi ! ma main dans ton ccmr...
OKTACOHAJ.
Vont n'avez pas besoin de cet excès d'honneur !
Tons ces passages furent interrompus par des applaudissements, et les braves sans -culottes apostrophèrent tout haut le poète, honteux peut-être de leurs félicitations. Cette bonne disposition continua quelque temps , mais on loi sut mauvais gré d'avoir montré Timoléon se voilant pour ne pas voir le meurtre de son frère, A ces vers, les derniers de la pièce :
El nos voiles lyrannicides i
Vont conquérir la liberté !
Le succès devint complet , et d'autant plus heureux qu'il avait été disputé. Je dis , avec Legouvê, beaucoup de bien de l'ouvrage, et tout haut. Lorsque Ghénier vint, après cette lecture, saluer madame Vestris , nous lui adressâmes de sincères félicitations , dont il nous remercia en nous serrant la main. Cependant je remarquai, qu'à l'exception de David , qui aimait passionnément l'antique, les amis de Robespierre , ses
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confidens surtout, n'étaient pas aussi satisfaits que nous.
Je m'approchai de Saint-Just que je voyais encore quelquefois; je lui exprimai mon avis sur l'ouvrage que nous venions d'entendre ; il ne le contredit pas précisément : « Robespierre » aime Chénier, reprit-il, il ne voudrait pas » lui enlever le fruit de ses travaux. Je doute H cependant que les comités puissent permet- » tre long -temps la représentation de son >» Timolcon.n
L'on me pardonnera sans doute de m'être étendu autant sur cet événement de peu d'importance , et sur l'ouvrage qui en est le principal objet; mais je ne crois pas cette digression* inutile à l'histoire littéraire du temps..
pourrait croire que Robespierre voulut tier au monde la mesure de la démence à laquelle l'esprit humain pouvait atteindre, lorsqu'il fit décréter par la Convention, et afficher sur to«3 les murs de Paris , L'existence de "Etre Suprême reconnue par le peuple fran* <is. Ainsi l'Être Suprême reçut , pour ainsi e, droit de bourgeoisie dans la république; il sa fête dut prendra place parmi celles des
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Sans-culotles , de la Vieillesse et de V Égalité. Celui qui avait applaudi à l'abjuration sacrilège de quelques prêtres indigpes de leur caractère , celui qui avait provoqué l'abolition ch toute espèce de culte , et l'anéantissement de la religion, semblait enfin faire un retour sur lui-même et revenir à des idées plus saines , en reconnaissant le dogme consolant de l'immortalité de l'a me, et l'existence d'un pouvoir dispensateur de peines et de récompenses. Mais la manière dont s'opéra ce retour à la raison, fut plus scandaleuse peut-être que les profanations et les turpitudes qui l'avaient précédée. Cependant la Convention , instrument docile des volontés d'un despote , se rendit encore à ses vœux, comme elle l'avait (ait jusqu'alors.
Dans la matinée du jour où l'on célébra la fête de l'Être Suprême , je rencontrai Vilatte ; il m'engagea à l'accompagner aux Tuileries, où il était logé par je ne sais quelle faveur. Je le suivis dans le dessein de voir des fenêtres de l'appartement qu'il occupait au pavillon de Flore, la cérémonie, donc une grande partie devait se passer dans le jardin, et à laquelle je m'étais bien promis de ne pas assister comme député.
A mon grand étQnnement , je trouvai un déjeû«
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idide servi chez Vilatte, où arrivèrent [liusieurs membres du gouvernement, et lierre lui-même. L'aspect de Maxim il ien m'était devenu tellementodieux, qu'en levoyant paraître, je fus sur le point de me retirer.
Maïs Vilaite s'aperçut de mon intention ; il en apprécia tout le danger, et, méprenant en particulier, employa tous ses efforts pour me déterminer à rester. Ce ne fut pas sans me faire violence mie je me rendis à ses désirs et à ses raisons; car je voyais plus de danger encore à rester qu'à fuir. Je craignais que le flegme et Ja modération que je devais autant à la nature qu'aux habitudes pacifiques démon état, ne pussent maîtriser \<\ mépris et l'indignation que m'inspirait Robespierre. Il m'étaitbien difficile de ne pas les faire éclater.
Parmi les représentants que je trouvai déjà réunis, étaient Saint-Just, Couthon, Lehas, Lequinio, Barrère qui s'était déclaré le protecteur de Vilatte, David cl quelques autres. Noua vîmes bientôt arriver aussi Joseph Lebon, Fouqitier- Tioville . Dumas , qu'une odieuse célébrité a réunis dans la même catégorie, et voués au même mépris. Ou connaît tout leur dévouement , umip leur vénération pour
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fierait, faisaient dresser mes cheveux sur ma tête , et je sentais que mes regards , ma contenance , trahissaient involontairement tout ce que j'éprouvais, Ii fut question bientôt de l'affermissement de la république , du bonheur de la France, w Encore quelques mois du règne d'une » salutaire terreur, dit l'Àntiochus moderne, et » la France n'aura plus rien à redouter de ses » ennemis. Tous les traîtres, tous ceux dont » l'ame n'est pas assez ferme pour apprécier les * mesures qui doivent assurer à jamais le repos » de la France, pour en assurer le succès, tous » ceux qui , par des vœux émis ou dissimulés » appellent un retour vers le passé , se flattent » de sa possibilité, auront purgé le sol de la » patrie. Le peuple français alors ne sera plus » qu'une immense famille, dent les enfants bé- » niront à jamais le nom des véritables fonda» » teurs de la république. • Yilatte prit alors la parole pour démontrer qu'une foule de républicains dévoués, de sans-culottes même, avaient péri par trop de précipitation ou par des dénonciations calomnieuses, et que de telles exécutions ne pouvaient que nuire à la cause de la liberté et de l'égalité. Un coup d'œil terrible de Robespierre l'interrompit et lui imposa silence. L'accusatei»
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public Fouquier- Tin ville se crut personnelle» ment attaqué par les paroles de Vilatte. Il fit une longue et indécente sortie, entremêlée de jurements et de menaces contre les modérés. On ne pouvait , disait- il , déployer trop de rigueur contre les ennemis.de la république. Il fallait noyer dans le sang les derniers rejetons et le dernier espoir de l'aristocratie. Il était impossible d'y tenir plus long -temps; je plaidai li cause qu'avait commencé à développer Vilatte ; je répondis à l'accusateur public avec une véhémence que je cherchai vainement à maîtriser.
Robespierre se leva brusquement, et, jetant à droite et à gauche des regards de tigre, mais évitant de paraître s'adresser à moi, il s'écria : ce Je d n'ignore pas qu'au sein même de la Conven- ♦> tion . il existe encore des fauteurs du fédéra- » lisme , des traîtres qui , sous un vain prétexte » de modération , cachent la haine pour la ré* » publique, l'espoir criminel d'un retour vers » l'ancien régime \ leur coupable espérance sera » déçue. La république, dont ils appellent la » chute, en fera bientôt justice. » Il sortit à ces mots , suivi par quelques-uns des convives , et laissant ceux qui restèrent chez Vilatte, muets de terreur et d'indignation.
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Noua te vîmes bientôt procéder à la fête ridicule et impie qu'il avait fait décréter. Du haut d'une tribune élevée dans le jardin , il harangua la multitude qui lui répondit par de longs et bruyants applaudissements. Il s'avança ensuite à la tête de la Convention, dont il était alors président , vers un poteau chargé des insignes de la royauté et delà servitude, et y mit le feu à l'aide d'une torche. Le cortège se rendit ensuite au Chamfî-de-Mars. On remarqua l'affectation que mit Robespierre à se séparer de ses collègues, qui pour la plupart en témoignèrent leur mécontentement. Déjà des signes non-équivoques attestaient l'impatience où l'on était de sa domination, et de ce jour-là date la résistance qui devait bientôt amener sa chute et terminer son
remarquer. Je me suis convaincu depuis, que cet individu, malgré la nullité que j'avais reconnue en lui , devait être doué du talent ou plutôt de l'instinct de connaître les hommes, et qu'il avait pressenti le rôle que son idole se préparait à jouer. Parti de cette donnée , il crut captiver sa bienveillance en s'extasiant sur ses moindres démarches politiques , et en outrant lui-même les sentiments et les idées à l'ordre du jour. C'est sans doute ce qui lui suggéra la pensée bizarre des repas civiques.
Parmi les historiens des temps dont je m'occupe , plusieurs ont prétendu que les crimes et les folies de l'époque furent exclusivement l'ouvrage des ennemis de la révolution qui espéraient par là la rendre odieuse à la nation. Les chefs de la Montagne ne seraient, d'après cela , que les instruments aveugles d'une faction. Je n'ai jamais partagé cette opinion , et je pense que leurs démarches ont toujours été spontanées , et qu'ils travaillaient pour leur propre compte. Quelques actes du système de la terreur paraissaient , il est vrai , tellement en dehors du caractère de l'homme, qu'on pour» rait les croire le résultat d'uu calcul horrible et froidement combiné; quelques folies , les tables
d'un prêtée régicide. ig3
civiques entre au très, étaient d'une telle absurdité , qu'elles semblaient n'avoir été inventées qne pour ridiculiser la cause qu'elles étaient censées servir. Mais les chefs de la Montagpe ont assez prouvé par leurs écrits et par leurs actions qu'ils étaient capables d'enfanter &ns secours étrangers les monstruosités de tous genres qu'ils ont déroulées aux yeux de leurs malheureux contemporains.
Il était assez curieux de parcourir les rues et les places publiques de Paris pendant les prétendus repas fraternels qui ordinairement avaient lieu le soir. Mes occupations m'ont plusieurs fois mis à même de passer k cette heure d'un quartier à l'autre , et j'ai vu se dé» rouler devant moi une série de scènes plus ou moins dégoûtantes , plus ou moins grotesques. Ici c'était l'ivresse avec tout ce qu'elle a de plus crapuleux; plus loin, au milieu de tous les symptômes de la gaîté , des propos de cannibales ; ailleurs des projets de massacre et d'incendie. Généralement sur les places publiques , des tables assez vastes réunissaient indistinctement tous ceux qui se présentaient pour y prendre place. Dans quelques rues (c'est au Marais sur» tout que je l'ai remarqué ) , une table était Tome ii. *3
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ces offres. On y voyait dominer t selon les groupes qu'on parcourai ne pas paraître assez bon républ d'étaler une pénurie qui était un culotisme , ou celui de sembler cœur et avec profusion , une s pouvait être d'un jour à l'autre un Je me souviens qu'en travers rue Saint-Martin, à l'heure des rc j'aperçus un groupe nombreux, e fort agité. C'était une dispute commencer ; à l'instant où je m'î ( ommença à dégénérer en véritah bientôt les tables, renversées sou:
combattants , offrir un mélange mestibles et de bouteilles brisées, à se ruer avec fureur sur ces débi à l'instant couverts par une mass< desdeux sexes, jouant à la fois i dents , et quelques-uns de bâtons
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des antagonistes. Je m'éloignai sans voir l'issue de cette dégoûtante lutte, mais non sans en avoir demandé la cause. Un convive était accusé d'avoir soustrait et mis dans sa poche une cuillère en argent. Ayant nié le fait, malgré les nombreux témoins qui l'affirmaient > on avait voulu le fouiller; il s'y était refusé formellement, et avait, été soutenu par plusieurs de ses amis ^enus avec lui , et qui probablement étaient ses complices. C'est ce qui avait donné lieu à la scène que je venais de voir, et au récit de laquelle je pourrais ajouter celui d'une foule d'autres du même genre passées sous mes yeux.
Il est certain que les filous pour qui les scènes de tumulte sont • une mine si féconde , profitèrent étrangement de la circonstance des repas civiques. Partout , on se plaignit de soustraction de couverts et de serviettes. H n'est pas inutile de remarquer que le promoteur de ces réunions , Garnier Launay , perdit à un de ces repas son portefeuille contenant une assez forte somme en assignats; il lui fut enlevé sans doute par un des frères et amis , persuadé , selon les principes du temps, que dans une république bien ordonnée, toutes les propriétés doivent être communes.
(j'ependant lu raison ne tarda pas à faire justice Hfl relte pascpiinde,quîfut abandonnée presque itiiftsitAt que cwee . de même que les autres folies éphémères ç» se succédaient journellement.
Gauier-Lixs^f . l'une des premières victimes de cette çrwwjue innovation, fut aussi l'un des premier i « reconnaître les dangers et le ridicvlf • « ™ wda pas à faire amende honorable a ik»mi*sijaut lui-même la suppression . des repus rite fraternels.
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