‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 31 sur 63 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

GomÔM. •— Le tribanal rérolutionnaira. — Le paum cgmni«i«~ naire dp Luxembourg, — Les jures. — Tout ira bien l r-, Madame Gosiin. — Son mari est cond amn

D'àpkès ce qui se passait tous les jours, le leo teur se croit sans doute à la veille de la catastno* pbe qui a renversé le pouvoir qui meaaçait la liberté. Mais ces scènes avoient lieu eqttjpron an mois avant l'heureuse révolution du c^hermidor. B est un moment dans l'histoire de notre révolution sur lequel les écrivains qui ont traité ce sujet n'appuient pas assez ; c'est la longue incertitude qui retenait également le bras de ceux qui devaient attaquer Robespierre , et

celui dont le dictateur voulait, mais n'osait encore les accabler ; sûr qu'il s'engagerait un combat dont il ne prévoyait pas l'issue , il voulut laisser au temps le soin de nous affaiblir. D pensait qu'en ne nous inquiétant plus, il romprait l'espèce d'alliance qui s'était fortnée entre quel* ques-uns , et alors il se flattait de nous décimer facilement , et sans ^ue nous eussions pu préparer une nouvelle défense. Notre union constante fit notre force , et ce qui eût dû nous perdre , les inquiétudes de Robespierre à notre égardjfiit notre salut. J'en fus couvain eu aussitôt que je le vis hésiter ; je tremblais seulement qu'il ne nous fît arrêter partiellement, conduire aux prisons, et que là il ne terminât le procès en nous envoyant de nouveaux septembriseurs.

Aussi ne couchais-je plus chez moi ; ainsi que plusieurs de mes collègues , je changeais tous les jours de gîte, avec toutes les précautions nécessai«> pour tenir secret celui où je voulais passer fie nuit tranquille.

Malheureusement cette crainte du tyran ne sauvait que nous, et d'autres français tombaient quotidiennement par centaines, victimes de son barbare despotisme. Le dépit qu'il éprouvait de ne pouvoir nous atteindre semblait mémo

avoir doublé sa rage; l'innocent périssait av^c le coupable, et si sur trente accusés deux étaient absous , c'étaiefit des gens qu'on n'avait mis là. que pour donner des airs de justice , que Ton avait chargés d'un crime imaginaire, et que l'on en déchargeait sans les entendre plus que ceux que Ton condamnait à mort. Ce poste était toute», (bis beaucoup plus dangereéx que celui d'un acteur dans un drame bien noir, avec lequel il avait pourtant quelque ressemblance ; et je suis convaincu que plus d'un de ceux qui y avaient été amenés, ou même de ceux qui s'y étaient offerts d'eux-mêmes en furent dupes et payèrent cher leur complaisance. Il n'était pas prudent de s'exposer aux caprices qui pouvaient passer par la tête de Fouquier-Tinville ou de quelques-uns des jurés dont il s'était entouré. Ils étaient tous, dignes de lui. On en pourra juger par le récit d'un fait particulier que jç consignerai ici. C'est une de ces scènes qui ne s'effaceront jamais de ma mémoire.

Le citoyen Gossin , qui avait été comme moi membre de l'assemblée Constituante , et avec lequel j'avais eu à cette époque quelques rap* ports de société, n'ayant pas été réélu à la Convention, avait été envoyé eu qualité du

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courait aucun danger , à se tenir tranquille. Harmand voyait*mal les choses ; il ne me crut pas. Gossin ne supportait plus qu'avec peine sa retraite , sa solitude , la longue détention qu'il s'était imposée. On parla de l'affaire à Bézart, membre comme Harmand du comité de législation ; il ne douta point que le comité ne fit volontiers la demande. Une grande imprudence fut commise , la vie d'un homme de bien fut exposée ; ils ne savaient donc pas que la voix de #Charlier serait plus puissante que la leur; parce qu'un signe de Robespierre le soutiendrait !

Gossin fat renvoyé devant le tribunal révolutionnaire.

Harmand qui sans doute n'avait pas été content de ma tiédeur et de ma réserve lors de la première ouverture qu'il m'avait faite , ne me tint pas au courant de toutes ses démarches que j'aurais certainement désapprouvées et peutêtre arrêtées; je ne les connus que par l'événement, et alors ce fut moi qui allai le trouver, et qui , sans le réprimander de son peu de confiance , lui offris mes services. Il n'y avait plus autre chose à faire que de parler à Fouquier - Tinville , aux juges, aux jurés du tribunal. Ce n'était pas chose difficile , jamais ou

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» à an jugement , craignent de venir ici pour >i ne pas se rendre suspects ! » C'étaient deux membres du comité de saiut public dont on ne prononça pas les noms devant moi. J'ai eu occasion de croire depuis que Cambon était l'un d'eux. Noos fîmes alors part à madame Gossin des démarches que nous avions tentées , des réponses assez satisfaisantes que l'on nous avait données. Son esprit vif, comme celui de toutes les femmes, renchérit encore sur ce que nous lui isions et sur nos espérances. Harmand lui promit que nous serions au tribunal le jour où comparaîtrait eon époux , que notre pré" sence y attesterait l'intérêt que nous prenions A sa cause, et la conviction que nous avions de son innocence. « Quel, jour donc , demanda- » t-elle, croyez-vous qu'il sera appelé ? » Harmand l'indiqua dans le mélange de l'ancien et du nouveau style , confondant alors presque toutes les dates; moi-même, depuis ce temps, j'ai rarement pu les retrouver d'une manière précise, à moins qu'elles n'eussent une grande importance ; c'était au commencement de messidor.

a Ce jour-là ne peut qu'être heureux pour >» nous, continua madame Gossin, c'est l'ano niversaire de notre mariage. » Et sa con=»

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fiance s'accrut encore de cette circonstance. Elle avait oublié toute inquiétude et regardait la vie , la liberté de son mari comme certaines : '« Et à quelle heure, demanda-t-elle, sera-t-il >i libre? » Harmand répondit que les féances du tribuual finissaient ordinairement vers trois heures. « Eh bien l messieurs , ajouta madame i) Gossin , je veux que nous célébrions ce jour » trois fois heureux pour moi , car c'est aussi » l'anniversaire de ma naissance. Venez dîner » avec nous, avec celui que vous aurez contribua » à délivrer. Nous crierons alors de bon cœur » vive la république ! » Cetjfe joie, cette invitation me contrariaient. Je lus dans un regard de mou collègue qu'un refus attristerait madame Gossin ; j'ignorais comme lui que Robespierre avait été consulté sur le sort qu'attendait son époux, et nous acceptâmes. Madame Harmand et quelques amis devaient être aussi de ce dîner, attendu avec tant d'impatience.

Au jour dit , Gossin et quarante-deux autres accusés parurent devant le tribunal, présidé pçr Dumas. Upe affaire me retint tard , et je n'arrivai pas au commencement de la séance. - Lorsque j'entrai, un des accusés présentait ainsi sa défense : « Citoyen président, je suis corn-

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missionnaire à la porte du Luxembourg; mon état est de porter des lettres comme toute autre chose j si on ne voulait pas que je gagne mon pain , ou si le métier était défendu , il fallait me le dire et me renvoyer; je me serais retiré.

LE PRÉSIDENT

Tu as reçu un assignat de quinze sous pour porter cette lettre. (Se tournant vers les jurés , ^t leur montrant de loin un papier écrit. ) Gtoyens > c'est cette lettre criminelle dans laquelle...

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