‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 33 sur 63 · LES JURÉS · texte numérisé non relu

LES JURÉS

Oui! oui!

Et le malheureux commissionnaire, prévoyant le sort qui l'attend, jette à ses pieds un bonnet rouge qu'il tenait à la main , se rassied et se met à pleurer de dépit et de regret , tandis que l'on passe à un autre accusé. \

Dans l'intervalle de deux interrogatoires, je me glissai jusqu'à la barrière du parquet. J'y trouvai Bezart, Ramel, Pémartin , tous mes collègues à la Convention, et que le même intérêt guidait ce jour-là au tribunal. Je saluai Harmand sur le banc des témoins , et Gossin sur celui des accusés. Je lus dans ses regards qu'il connaissait ma conduite ; ils exprimaient sa reconnaissance.

d'un prêtre régicide. 267

Son tour arriva enfin. H ne fut point in ter» rogé, on lui dit seulement de prendre la parole , et il présenta, avec force et logique, une explication courte et précise de sa conduite. C'était tout ce qu'il fallait pour sa justification. Tribunal et jurés parurent l'écouter avec attention. Lorsqu'il eut cessé de parler, il se fit un petit mouvement dans l'auditoire. Le discours de Gossin avait produit sur tout le monde une impression dont nous étions très satisfaits. Harmand s'approcha de la barrière sur laquelle je m'appuyais, et me serrant la main : « Allez, me dit-il, » rassurer ces dames; il n'y a pas -la moindre » inquiétude; deux des jurés les plus dévoués à » Fouquier et à Robespierre viennent de m'asw surer que je pouvais être tranquille ; allez , » nous irons bientôt vous rejoindre. » Avant de sortir, j'échangeai quelques mots avec Ramel, qui me prédit aussi un succès certain; enfin lorsque je quittai la salle, je vis avec satisfaction les juges du tribunal causer sans embarras avec Harmand. Notre ami était donc sauvé.

J'en portai l'heureuse nouvelle à madame Gossin , qui commençait à trouver le temps un peu long. Les convives avaient tous montré

l'empressement que demandait la circonstance. On était aux fenêtres , les yeux tournés vers la rue par laquelle nous devions arriver. On m'aperçut seul, et quelque inquiétude se peignit sur les visages. Je compris , et mes signes les rassurèrent. On quitta alors le balcon pour venir au-devant de moi ; après que j'eus raconté ce que j'avais entendu et vu , toute crainte cessa et on se livra à la joie presque sans contrainte. On ferma les rideaux qui nous protêt geaieàt contre la chaleur ; on se rassit paisiblement. Madame Gossin seule, allant tantôt à la porte , tantôt à une fenêtre , trouvait que son mari se faisait bien attendre. Elle exprimait sou inquiétude avec une vive émotion , mais nous la trouvions trop naturelle, nous étions trop persuadés qu'elle allait être bientôt dissipée , pour nous occuper sérieusement de la calmer.

Le temps s'écoulait cependant , et Gossin n'arrivait pas. J'attribuais ce retard aux félicitations qu'il avait du recevoir de la part de nos collègues et de quelques amis, lorsqu'une servante entre et prie madame Harmand de sortir : « Qui la demande? » réplique madame Gossin , à demi-tremblante et tout effrayée. Cette fille répond naïvement :

d'un prêtée aègicide. ^pg

« Soo m*ri, madame. — Seul? — Qui.

madame. » Tout fut éclairci. Madame Gqssin pousse un cri çt tombe à la renverse! 99ns connaissance. Au milieu delà stupeur générale, causée comme par un coup de foudre , je m'é* lance vers elle; je la relèvç, je la soutiens vm instant d*n$ mes bras; à mon exemple, qa s'empresse; on la secourt. Avertie j>ar }ç servante, madame Harmand rentre précipitant ment ; je lui confie sa malheureuse agâç? et je yais à Harmafld f doqt; I3 pâlew et l'ai?

défait m'ont bientôt confirmé l'aftaùse nouvelle.

Un abattement général succéda à quelques

instans d'espérance. Deux ou trois personnes se

retirèrent précipitamment et sans bruit de la

demeure d'un condamné. Madame Gossin ne

revenait pas à elle. Je questionnai Harmand.

« Ehl ces jurés, disais-je, et leur parole? —

» Ils l'ont tenue ; tandis qu'on lisait la décla-

» ration fatale , ils me repétaient : Eh bien ! ci-

» toyen représentant, ne te l'avions-nous pas

» annoncé, que tout irait bien? — Lesmons-

» très ! et les juges du tribunal ? ils semblaient

» l'écouter. — Us n'osaient m'apprendre qu'ils

» avaient des instructions secrètes du dicta*

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