‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 34 sur 63 · Tome ii. i · texte numérisé non relu

Tome ii. i

■ilO MÉMOIRES

» teur. » J'étais anéanti , furieux , dans un état que l'on ne peut décrire.

Madame Harmand ne put tenir à ce spectacle ,- elle tomba dans des spasmes nerveux , dans des convulsions terribles, et qui faisaient trembler pour sa vie. Ses cris jetaient l'effroi dansl'amedeceuxqui étaient présens. Harmand, rappelé à lui par ce spectacle de douleur, demanda qu'oç allât chercher un médecin.

« J'y vais, lui répondis-je, j'y vais. » Et je quittai cette scène de désolation après lui avoir serré la main et lui avoir dit avec unr force qui le frappa : » Nous le vengerons! »

IMJN PRÊTRE RÉGICIDE. ail

% ÀHtMTRE LIV

Un dincr cbo M. Panckoucke. — M. de Carie tti. — La Haq*. Ltcéféde. — Van-Spaendonck. — CoUin-Harierille. — - Pi- Cêxd; — le passé , le présent et l'avenir. — Ducis. — Madame Panckoucke. — Merlin de Douay. — Harmand de la Meuse et le comité de sûreté générale. *

Dans d'autres dispositions d'esprit, je me plai*rais peut-être à m'étendre avec quelques détails sur l'anecdote que je vais raconter, comme je l'ai fait pour quelques-unes qui n'avaient guère plus d'importance. Aux approches du jour qui fut une des principales époques de ma vie,, entouré de souvenirs de sang, je ne le pourrais peut-être point foire; je ne dois pas cependant la passer sous silence.

Je connaissais l'éditeur de l'Encyclopédie.

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,M. Pàrockoucke ; j'eus occasion de lui rendre service en l'aidant à conserver la vie d'un suspect à qui il s'in\éressait ; à quelque temps de là il m'invita à dîner avec M. de Carletti, atnbassadeur de Toscane, Tune des deux puissances qui , depuis l'abolition de la royauté n'avaient pas rappelé leurs envoyés.

Lorsque f entrai , queJqtlA personnes étaient déjà réunies autour des maîtres (fe la maison ; je fus annoncé tout simplement sous mon nom; rien dans ma réception n'indiqua quel élait ce personnage nouveau et inconnu. Je connaissais, moi, deux des personnes qui se trouvaient dans la société , outre M. de Carletti ; c'étaient La Harpe et Lacépëde , tous deux littérateurs distingués ; le second était de plus un savant profond, un grand naturaliste , le digne successeur de Buffon . Le disciple et l'ami de Voltaire avait été nécessairement l'un des partisans de la révolution ; d'abord par goût) par crainte, il avait partagé ses excès, mais son esprit, son ame en étaient flétris; il faisait pitié. Ce n'était plus ce littérateur si brillant dans les conservations , si content et si sûr de lui-même. C'était uu homme qui avait été entraîné hors de sa sphère, qui se repentait sans avoir la force de songer à rien ré-

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parer; il était dégoûté du monde; je suis sur que la vie lai était àjphaage^ que 4es véves étaient sinistres, et je ne fbfejpis surpris qu'après avoir élevé la déessa de la Raison sur l'autel du vrai dieu, on l'ait vu ensuite couvert d'un calice, cherchant sure parvis humide et glacé des temples saints, la maladie qui l'a conduit au tombeau. La Harpe était alors méprisé généralement; quelques personnes qui le connaissaient efc avaient compassion.

Lacépède était beaucoup plus sage. Il eut d'ailleurs l'avatitage infini de ne commencer sa ^ié, politique que dix aps plus tard. On le «tait alors comme un savant , et il paraissait ne s'occuper en effet que d'Histoire naturelle. Un jeune homme qu'il avait amené avec lui, et qui était attaché au Jardin des Plantes est aussi depuis devenu célèbre : c'est M. Van-Spaendonck , peintre de fleurs. Quelques - uns de ses ouvrages ornaient le salon de madame Panckoucke. A ce dîner était aussi Collin- Harleville, et Picard qui débutait dans la carrière dramatique, et qui avait donné une pièce fort remarquable pour un jeune homme ; elle a pour titre : Le présent, le passé et ?a~ venir.

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ii Lycée , n'était rien moins . térature. Au nom de Fabre , Roucher, de Florian, d'André mine lui ou du moins incarl'on se trouva amené à parler léplorerle régime de la terreur, ■t de la littérature » , observait int madame Panckoucke. M. de se croyait fort de l'assentiment plus loin et dépassa même de - bornes que la prudence et les ^pitalité eussent du lui imposer :

tué votre roi, disait -il, avec la colère d'un Italien ; c'est bien : is ne vouliez plus de trône parmi - vous vous faisiez républicains; ■cla excellent, mais il me semble sez, et je ne puis pas vous paire tribunal révolutionnaire. »

MOI

. c ndrez aussi, monsieur l'a mbassa niques partisans de la royauté ont.

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ai6 MÉHoiJrçs

DE CARLKTTI

tl fallait seulement les exiler ; quand votre république 'aurait été consolidée, vous auriez pu les rappeler. Le gouvernement de la Toscane et moi nous ne demandons pas mieux que vous lassiez une république et tout ce qu'il vous plaira ; c'est pour cela que je suis ici presque seul ; n^is je vous avoue que si l'on continue à guillotiner, je serai forcé de m'en aller ; d*abord c'est que vos patriotes y vont d'un train qu'ils n'aurout bientôt plus de têtes^ et alors ils prendraient la mienne. Je vous conseille , madame Panckoucke, de mettre la vôtre en sûreté

MADAME PANCKOUCKE

Vous exagérez le danger.

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