UN IMPRIMEUR-JOURNALISTE
C'est un suspect; la voix des bons sans-culottes l'accuse. Je demande qu'un de ses collègues à l'assemblée vienne s'en expliquer à cette tribune. Je vois ici Robespierre, personne n'est plus capable que lui de juger et de déclarer le civisme des citoyens ; qu'il parle.
Robespierre paraissait disposé à répondre à cet appel. Je m'élançai à la tribune. « Citoyens, m'é- » criai-je, je me taisais parce que je me flattais » d'être assez connu , pour qu'un autre prit ici » ma défense , et pour n'être pas obligé de venir » parler en bien de moi-même. On vous dit que » je suis un aristocrate, un Brissotin, un su- » spect. Je ne suis suspect qu'à ceux qui médi- » tent des projets contre-révolutionnaires. Moi » un aristocrate ! n'ai-je pas voté avec les deux » majorités auxquelles il n'a pas échappé de » privilèges, et qui ont établi partout l'égalité. >» J'ai étéBrisqptin quand Brissot voulut franche- » ment la république ; j'ai voté avec lui lors du » procès de Louis et cela répond à uneaccusation » ridicule. Je me suis séparé de Brissot quand » il s'est séparé de Ma rat et de Robespierre. J'ai » été l'ami de Roland , c'est vrai; j'ai été l'ami de » Camille Desmoulkis, et de bien d'autres que je » ne suspectais pas; Robespierre l'a été aussi. » Vous l'avez entendu défendre Camille à cette » tribune, eh bien !je lui ai peut-être été fidèleun » peu plus de temps parce que je n'ai pas autant » de vertu que Robespierre j mais depuis qu'il a » été condamné, m'a-t-on vu le plaindre, accuser » ses juges, ressuciter ses projets? Je n'ai mal-
d'un prêtre régicide. &4 1
heureusement pas les talents qui font briller à la tribune; mais je sais agir, je vote, et soiis ce rapport qu'a-t-on à me reprocher? Je somme Robespierre de me rendre justice; qu'il parle !
un sellier , celui qui avait présenté à la reine la tête de la princesse de Lan ib aile.
Le citoyen a tenu un langage indigne d'un Jacobin ; je demande qu'il soit rayé de la société , et qu'op le dénonce ensuite aux comités.
MOI
Je demande que d'abord on entende Robespierre; je ne le prie pas de dire sur mon compte ce qu'il ne pense pas ; mais je le somme de déclarer ce qu'il sait.
le sellier.
Tu n'en vaux pas la peine.
MOI
Y a-t-il donc dans la république quelqu'un qui soit assez grand seigneur pour ne pas rendre justice à un citoyen qui réclame son témoignage?
plusieurs voix.
Que Robespierre parle ! Que Robespierre parle! Tome h. 16
aja MÉMOIRES
Je crois qu'il l'eut fait volontiers, avant que moi-même je n'eusse pris la parole ; maintenant il ne s'en souciait plus ; mais appelé et sommé de toutes parts , il parut enfin à la tribune : « Je » ne sais, dit-il pourquoi le citoyen, mon col- » lègue, veut absolument que je m'explique » sur son compte. Mon témoignage ne vaut pas » plus que celui d'uu autre, dans cette société » fraternelle. N'a-t-il pas avoué lui-même qu'il » était resté plus long-temps que moi attaché à » des conspirateurs. »
moi.
Cela ne signifie rien, si cette amitié s'est bornée à des actes privés. Je les ai plaints, mais je ne les ai point défendus; je ne ne les ai pas excusés. Robespierre le sait ; il sait aussi que que j'ai voté l'accusation de BrissotetdeDantou, puisqu'elle le fut à l'unanimité. Eu entrant ici il m'a serré la main ; il est donc coupable du môme crime que moi , si je suis un traître , si du moins l'on me condamne pour avoir été lié avec des traîtres . Je demande si Saint-Just est ici ? il aura peut-êtte plus de loyauté et parlera.
robëmpierre , tics contrarie.
Je ne sais pourquoi le citoyen me mêle à l'accusation |>ortée contre lui ; pourquoi il y veut
mêler aussi l'un des plus fermes soutiens de la république, le brave Saint-Just; quelle est son intention ?
une voix , dans la foule.
De te démasquer, Robespierre.