LE SELLIER
Qui a parlé? il y a ici une conspiration. ( à moi) Tu es un aristocrate; qu'on le rayé des registres de la société.
tous.
Oui! oui!
MOI
. J'en sors volontiers si on y condamne les accusés sans les entendre ; et je n'en crierai pas moins : Vive la république !
Je sortis en effet, et le tumulte ; le désordre, empêcha que je ne fusse suivi et maltraité ; je pris une rue détournée ; à quelques pafcde là je reconnus le dictateur qui se retirait entouré de ses gardes du corps Tascbereau, Garnier La an a y et Nicolas.
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CHAPITRB LVII.
La teneur. — La guillotine. — Mort de Lavoisier , de LamoigDon de Malesherbes , de Rouchcr , d'André Chénier — Mort de M" 16 Elisabeth. — Les jeunes vierges de Verdun. — Dernières paroles de Dletrich, maire de Strasbourg, à son fils. — Tallien et Madame de Fontenay. — Je jure de renverser le dictateur. .
Toutes les circonstances semblaient réunies pour me présenter comme très imminent le dariger dont j'étais menacé. Je ne devais pas compter sur le comité de sûreté générale à qui avait été envoyée la dénonciation portée contre moi ; je ne pouvais fonder plus d'espérance sur la Convention ou sur le tribunal révolutionnaire 3 c'était là qu'étaient mes accusateurs. J'avais beau y être préparé , j'avoue que plus il approchait, plus le moment fatal
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m'inquiétait. La promesse que m'avait faite Le-* cointre, me paraissait une faible ressource ; quel résultat auraient pu avoir, selon moi, les efforts de vingt députés réunis aux nôtres. J'ignorais que depuis que je m'étais éloigné des membres des comités et de la cour de Robespierre, la jalousie y la discorde s'y étaient glissées , et que les mécontents de la Montagne,, songeaient à descendre au Marais , pour remonter en forces et abattre le colosse vaincu. Je croyais sa puissance cimentée plus solidement que jamaia par le sang des Français de tout rang , de tout parti , de tout âge ; je ne voyais qtie de désastreux et sanglants trophées*
Depuis la mort de Danton et de Camille-* Desmoulins , la tyrannie ne connaissait plus de bornes» Paris avait ignoré d'abord l'horreur des fusillades , et des noyades que les modernes Y erres imposaient à quelques villes de provinces; mais ces tables de proscriptions , ces listes des guillotinés , surpassèrent bientôt tout ce que Ton avait vu delà barbarie. révolutionnaire. Chaque jour deux colonnes du Mo~ niteur étaient remplies des noms et qualités des Français que le tribunal révolutionnaire envoyait à la mort. On ne disait même plus
leur accusation ; la capitale était plongée dans une consternation égale à celle d'une ville livrée aux massacres d'une soldatesque effrénée. Chacun se renfermait et tremblait; personne n'osait fuir ; on ne remarquait le mouvement d'une grande population , que sur la route où le tombereau fatal portait à l'échafaud les victimes d'un nouvel acte de cette sanglante tragédie.
Une loi suffira pour caractériser à jamais cette époque , survécût-elle seule un jour à quelque grand désastre , â quelque incendie. Dans les prisons , une feule de malheureux se donnaient la mort pour éviter le supplice , et enlevaient ainsi quelques têtes à la hache fatale. Mais il ne suffisait point à nos décemvirs d'être débarrassés d'eux y ils voulaient les voir mourir. Une loi confisqua les biens de ceux qui se seraient tués en prison , et il fallut se laisser guillotiner pour conserver un foible patrimoine à sa femille.
Cest dans ces jours affreux que périrent en plus grand nombre d'illustres victimes, des français irréprochables. La hache révolutionnaire enleva Lavoisier aux espérances du monde savant. Le bourreau lui aurait laissé, au moins par
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curiosité , le temps d'achever une expérience à aquelle il attachait un grand prix; mais qu'importait à Robespierre et aux siens? Il marcha au wpplice. Lamoignon de Malesherbes , fat jeté lans une prison remplie déjà des admirateurs de sa vertu. En l'apercevant, un de ces malheureux tombe à ses pieds , embrasse ses genoux en s'écriant: Vous l vous ici! M. de Malesherbes. — Quevoulez-vous mon ami, reprit le sage, sur mes vieux ans Je me suis avisé d'être un mauvais sujet et on ma mis en prison. Le défenseur de Louis XVI mourut au milieu de ses enfants , avec plu» de courage que S ocra te. Il montra jusqu'à la fin le plus grand calme, une fermeté vraiment héroïque : Si encore , disait-il en lisant son acte d'accusation, si encore cela avait le sens commun.
La famille des Loménie de Biïenne \ Roucher, André Chéoier, portèrent leur tête sur Péchafend. Quoique lié avec son frère, je connaissais peu ce dernier; mais je savais que c'était un jeune homme rempli de talent; plus poète que Marie-Joseph. Il était doué aussi d'une aine plus ardente, et d'un courage qui le conduisit à la mort. Madame Elisabeth les suivit ou les
précéda de quelques jours. Quatorze jeunes
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filles de Verdun tombèrent sous la hache fatale, pour avoir dansé dans un bal donné par les Prussiens.
Si quelque chose peut consoler à l'aspect de tant de malheurs causés par la barbarie la plus atroce, ce sont les exemples de vertu et de courage auxquels ils donnèrent lieu; c'est le souvenir des hommes dont ils ont fait connaître la vertu. « De votre vie, écrivait » à son fils Dietrich , ancien maire de Stras- » bourg y un pied sur l'échafaud , de votre vie » ne cherchez à tirer vengeance de ceux qui » m'ont injustement persécuté, » En entendant condamner son mari, madame Lavergne s'écriait : Vive le Roi! et partageait avec joie son supplice. Cette magnanimité, ce courage, n'arrêtaient pas plus nos démagogues , que la jeunesse de Lavoisier , les vertus d'Elisabeth , les cheveux blancs de Malesherbes , ou l'innocence et la beauté des jeunes vierges de Verdun. Dans quel temps , si ce n'est celui-ci , une dénonciation eût-elle dû me présager un arrêt de mort?
Je reviens à ce qui me regarde personnellement. Lecointre fut exact ; il arriva chez moi comme il me l'avait annoncé. Il était accom-
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pagné de Tallien , qu'il me présenta comme un des nôtres.
Je leur fis part de ce qui s'était passé aux Jacobins. — Bien , dit Tallien , nous aurons gagné du temps. — - Mais qu'espérez-vous?
— Ypus sauver, sauver les malheureux qui attendent la mort dans les prisons , faire cesser l'affreux régime de la terreur. Ce langage m'étonna d'abord dans la bouche de Tallien , qui s'était montré jusque-là un des plus chauds partisans del'ordre de choses qu'on voulait détruire. Il était sincère. — Quels sont vos moyens ? lui demandai-je. — L'exécration publique , le courage du petit nombre , la crainte que tous ont de la guillotine. — Et vous voulez avec ces auxiliaires... — Robespierre est un monstre altéré de sang, on ne peut plus vivre sous son joug de fer. Il faut vaincre ou mourir ! Il faut que la France soit libre. Le tyran , décime jusqu'à ^s amis, et il ne s'arrêterait qu'à Couthon et Saiut-Just. — Vous aurait-il menacé vousmême ? repris-j e. — N 9 a-t-il pas envoyé le frère de Chénier à la mort? A-t-il eu le moindre égard aux prières , aux pleurs de Marie-Joseph ? — Auraitr-il frappé quelqu'un des vôtres? — Je vais vous ouvrir mon ame tout entière, ajouta
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Tallien. Ecoutez -raoi : Pendant ta mission que nous remplissions à Bordeaux, Ysabeau fit incarcérer une femme , madame de Fontenay , qui allait rejoindre son époux en Es* pagne. Elle se jeta à mes pieds , implora ma justice. C'était le ciel qui l'envoyait. Je fus frappé de sa beauté, de son air noble, de sa douleur si éloquente; je la protégeai, je la sauvai , et pour lui plaire , pour mériter son suffrage , son amitié , je fis grâce à d'autres prisonniers. Aussi m'a-t-on rappelé bien vite 1 Soit que je fusse parvenu à l'intéresser , soit qu'elle espérât sauver encore quelques victimes , cette femme angélique m'a suivi à Paris. Jugez quelle a dû être ma colère, lorsque j'ai appris qu'à peine dans la capitale , Robespierre avait mis de se sp ions sur ses traces, et s'était vanté de la faire condamner comme suspecte , à son tribunal infernal. Madame de Fontenay suspecte ! c'est me mettre en état de suspicion moi-même ! Je le disais hier soir au tyran lui-même en lui jurant, s'il ne renonçait à cet abominable projet, une haine éternelle. — « Songe plutôt, m'a-t-il répondu , avec un sourire diabolique , que tes paroles ne seront pas perdues. » — Vous seriez
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arrêté? il osejrait? — Je me réjouirais de partager le sort de madame de Fonttenayl Mais c'est Robespierre qui périra. — Auriez-vous médité un assassinat ? — Non , c'est au sein de la Convention , au milieu de ses infâmes courtisans que je veux l'attaquer. — Il y est bien puissant ? — Cest ce qu'il faudra voir !
Nous nous mimes alors à récapituler les forces mr lesquelles nous pouvions compter pour renverser le dictateur. Tout dans la Convention dépendait en quelque sorte d'un coup de main ; il fallait oser , et l'on devait compter suf un assentiment presque général. La plupart des membres, ainsi que le disait Ta 1 lien , étaient ennemis de Robespierre ou le craignaient. Il était facile de prévoir à quel petit nombre se réduirait ceux qui oseraient prendre sa défense, parmi les montagnards même. Ce qu'il fallait surtout , selon Lecoîntre > c'était de remporter un premier succès. Le moindre échec , la moindre hésitation eussent tout perdu et les membres du Marais sur lesquels nous pouvions compter d'abord , nous auraient abandonnés au premier signe annonçant que Robespierre l'emportait.
Leur défection assurait la victoire au dictateur.
Il y avait long-temps que cette partie de l'as-
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semblée avait résolu de garder un absolu silence* La plupart de ses membres n'avaient plus même le courage muet d'un vote négatif.
Ils savaient que c'était dans leurs rangs tant de fois décimés , que Robespierre irait chercher de nouvelles victimes si Ton paraissait mettre des entraves à ses desseins sanguinaires. À peine quelques timides discours signalaient -ils de leur part uile espèce d'opposition. Ce n'était plus comme aux temps des Lanjuinais , des Brissot, des Vergniaud, des Guadet. Le dictateur dédaignait . le plus souvent de réfuter ceux des députés qui siégeaient encore avec nous» Cetait seulement entre les membres de la Montagne qu'il y avait quelque ombre de discussion.
C'était là aussi que nous pouvions espérer de ren» contrer des voix courageuses; déjà Lecointre avait (ait entendre le jour de la fête de l'Etre Suprême » es mots au dictateur : Robespierre , faime ta : te, mais toi je te déteste. Robert- Lindet, Prieur, Mallarmé, Ch. Lacroix, Merlin de Thionville, n'attendaient qu'un signal pour se déclarer contre le tyran. Bourdon de l'Oise et Fréron, étaient irrités. Legendre avait été l'ami de Danton , et il ne pardonnait pas sa mort à Robespierre; Barras voulait la liberté;
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je connaissais ses dispositions, et je le désignai à Ta 11 i en. IlajoutalenomdeCarnot, dont je me défiais; mais son alliance pouvait nous être d'un grand secours; il avait du crédit à la Convention et surtout dans l'armée. Toutes les fois qu'il s'y était rendu en qualité de commissaire du gouvernement, il n'avait assisté qu'à des triomphes. Aussi le peuple de Paris le regardait-il comme le favori de la victoire.
Nous étions sûrs deBillaud-Varennes,deFou-
cbé, de Merlin de Douay. Leur cause était déjà séparée de celle deRobespi erre. Ceux-là aspiraient peut-être à le remplacer ; ce n'était pas la terreur qu'ils détrônaient, ce n'était pas la guillotine qu'ils voulaient renverser 5 ils attaquaient le dictateur en rivaux envieux, mais nousn'en pouvions pas moins compter sur leur énergie; et l'affaire finie, disait Tallien, le mouvement de la nation, la joie du peuple, la voix publique, achèveront sur ce point notre victoire. Robespierre tombé, nous serons bientôt les plus forts , et personne n'osera avouer par aucun acte la prétention d'être son successeur. Une foule d'autres , d'après notre calcul, ne devaient pas nous servir, nous seconder d'abord; mais il était incontestable qu'ils ne se déclareraient contrenous que
si nous agissions avec timidité , si nous leur serablions les plus faibles. Tels étaient Àmar, Vadier, Vouland, Barrfere.
ic Qu'en dites-vous, me demanda Lecointre , » a près cette en umération ; hésitez-vous encore? » — Je n'ai jamais hésité, parce que notre » chute n'accroîtrait pas les maux de la France. » — Vous craignez donc?.* — Je pense que si » notre première attaque ne réussit pas corn- » plètemeot , si Robespierre peut dire un » mot. faire un geste, l'horreur même, la » frayeur qu'il inspire , nous feront trois cents » ennemis. — Mais reculerions-nous pour cela, « reprit Tallien avec vivacité? — Non! notre » projet est généreux , il est noble 1 c'est depuis » quelques mois le premier qui soit digne de » citoyens français. — Pourquoi d'ailleurs ne » préférerions-nous pas à une mort honteuse , » celle qui peut illustrer ?
Il était tard ; nous nous séparâmes non sans
nous être promis de nous réunir le lendemain
avant l'heure de l'assemblée. C'était le 7 thermidor I