‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 52 sur 63 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

lia Tiaite au Temple. — Le Tiens ferritenr. — Le Dauphin. — M»* dame. — L'imitation de Jésus-Christ ; Le Nouyeau Testament — • Mon rapport au Comité de sûreté générale. — Cambacérè*.

AtJmoisde février i795,Cambacérèsfutchargé défaire au comité de sûreté générale, un rapport sur les deux enfants de Louis XVI , détenus au Temple. Dans le même temps, les commissaires de la commune, nous firent parvenir des détails inquiétants sur la santé du jeune prince; il fut décidé que l'un d'entre nous se rendrait au Temple et s'assurerait de la vérité; je saisis avec empressement l'occasion de voir , de servir peut-être le fils de celui dont la mort était un

poids affreux pour mon ame ; le comité agréa mon offre, et il fut décidé que j'irais au Temple. Cette décision transpira sans doute. Le soir du jour où elle fut prise, me promenant dans les Tuileries, je remarqua iquc j'étais constamment suivi par un homme âgé et dont la pauvreté décente attestait au moins une ancienne aisance. Ma seule pensée fut que c'était ufa malheureux que je pouvais secourir et soulager; j'allai moi-même lui faire p?rt de mes soupçons, je lui demandai s* confiance , je loi ôffrk mes sofas , mes services, a Hélas! monsieur , me répondit-il , j'ai » à vous demander une grâce pour moi bien » importante ; vous pouvez l'accorder. — Quelle m est -elle? — Vous allez demain au Temple?

» Permettez queje vousy accompagne; j'ai servi » le jeune Gapet , dans spn palais % quand il était » près du trône; plus tard je suis resté cinq jours » dans sa prison; mais on nous en a éloignés, » et depuis ce temps je n'ai pu le revoir. ïï avait » cependant tai>t dç bonté, tant de douceur.

» Ah monsieur 1 je donnerais le reste de ma vie » pour voir le fils du ci-devant roi , quoique » je n'aie été que le plus humble de ses ser- » viteurs. >> Il y avait dans ces phrases des mots que le vieillard ne prononçait qqavec

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peine, je n'eus pas l'air d'y faire attention : « Quel est votre nom? lui demandai -je. — » Fabricius , répondit-il. » J'en doutai , mais je ne lui en demandai point davantage , dans la crainte d'éveiller ses soupçons; je lui accordai sa demande.

Le lendemain , il fut exact au rendez- vous que je lui avais donné chez moi. J'étais résolu à lui faire accepter quelques secours ; mais craignant de l'humilier , j'usai d'un stratagème qui ne pouvait manquer de réussir avec un homme de l'ancien régime : « Ci^ » toyen , lui dis-je , vous ne pouvez penser i » vous présenter devant le fils de votre roi » dans un pareil costume. » Il rougit, « Je » sais, ajoutai-je, que la vertu républicaifoe » dédaigne ces ornements , ces parures ; mais » ces objets pourraient aussi attrister les yeux » de votre ancien maître en lui rappelant la » cause de ses malheurs. Vous n'y avez pas » songé , je le vois ; un tailleur est à deux )> pas d'ici; de grâce f prenez cette bourse, je » suis pressé, et vous n'auriez pas le temps d'aller » chez vous pour revêtir uq autre costume. »

Ce brave homme me comprit, me pressa la main; une larme de reconnaissance brilla dans

fmmk fiât: valoir «le- ^n^ ^*^ jmmHmaamat sur lui;: il accepta

*%t&^ *mtUMo& * et nous vojul asmnt mon- 4»* o»c*t jin «mblement, une agîhmnn égale , à»** xnàtBis du Temple; c'était âa» b tour i^Ouas* qu'avait été placée l'horrible prison. Ijfruttwwoax s'étaient refermés avec fracas, et nous aittâgnions la dernière demeure de la Famille orçale, lorsque des cris s'échappent près de nous dTon cachot noir et hideux, où je n'avais osé jeter les yeux. Mon compagnon est ému , je m'en aperçois , et je lui en demande le motif. Un horrible soupçon avait pénétré dans mon aipe ; je me sentais prêt de aie trouver mal. « Quelle est cette voix, lui demandais-je ? — » Hélas ! me dit-il , celle d'un des anciens » compagnons de mon service. «> Il me sou- » lagea : «< Gardez -vous, ajoutai -je, de » le reconnaître ici. » Le citoyen Fabricius m'avait promis d'avoir assez de force pour ne pas se trahir j il tint parole en cette circonstance.

Lorsque nous l'avions entendu , le prisonnier se disputait avec uu guichetier qui l'avait frappé. J'appelai un des gardiens du Temple, le repris

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mandai fort , et lui demandai pourquoi le motif de cette arrestation n'avait pas été connu du comité de sûreté générale. » Elle nous a été or- » donnée, nous dit— il, par le citoyen Billaud- » Varenne, à qui j'ai demandé ce qu'il fallait » faire de ce ci-devant. Il mérite bien son » sort , ajouta-t-il , car il parle de Capet toute la » journée; il le pleure! Cestbien , lui dis- je en » l'interrompant 3 vous recevrez des ordres à son » sujet» ; et je continuai ma route. Ces paroles étaient pour moi u» reproche poignant. Mon compagnon se soutenait à peine en entendant cet horrible langage.

Vingt marches environ au-dessus de l'espèce de soupirail ou nous avions distingué les gémissements du prisonnier, d'autres émotions nous attendaient. Le citoyen Fabricius, examinait ses habits , sa tenue qui avait quelque chose de celle d'un ci-devant ; moi je cherchais à composer ma figure et à ne pas laisser paraître ma profonde émotion. La porte s'ouvrait len*> tement, enfin nous nous trouvions dans Tasy le du fils des rois.

La première pièce était une antichambre bien tenue, mais qui n'avait ni courtisans ni autres pie ub les qu'un poêle de faïence qui chauffait à la

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fois et ce côté et la chambre du prince. Pour a*» river à son lever , il fallut encore ouvrir des verroux y des serrures dont le bruit est toujours si triste : enfin nous l'aperçûmes. Mon compagnon le salua presque jusqu'à terre ; il entrait le premier. Le prince occupé avec un jeu de cartes, le reconnut, se leva précipitamment, courut à lui, mais il m'aperçut alors , mon costume de représentant l'arrêta tout court, il se rassit, et c'est le seul signe de connaissance et d'intelligence qu'il ait donné en ma présence. 11 me toucha et m'attrista au dernier point ; je ne puis dire tout ce qui se passait alors dans mon esprit ; je me détournai , je sortis. J'effaçai quelques larmes de douleur et de dépit contre moi* même. Enfin l'un de ceux qui nous conduisaient me dit que Capet avait repris ses cartes; je rentrai alors.

On n'était pas prévenu au Temple de notre arrivée, et je n'étais pas fâché de juger ainsi , par une visite à l'improviste, de la manière dont les augustes prisonniers y étaient traités. Je pris donc sur moi assez de force pour examiner tout avec soin. Le jeune prince avait un habit à la matelotteet couleur d'ardoise , sa tête était nue. (Jn de ses gardiens lui commanda de se lever

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qqaqd je rentrai; spn maintien iil attrista ; il an* Donçftit un défaut de conformation et était en tout celui d'une personne racbitique. Lesjam* bes y les cuisses , les bras étaient longs , menus \ le buste était très court f la poitrine élevée, il portait les épaules hautes et très resserrées. Sa tête, d'une pâleur qui n'avait cependant rien de trop effrayant était très belle dans tous ses dé» tails. Ses cheveux, châtain clair , longs , beaux et bien tenus, achevaient de donner à sa figure un air angéjique. C'eût été un enfant magnifique et peut-être avions-nous éteint une ame plus belle encore.

J'examinai la chambre; elle était propre, bien tenue , bien éclairée et suffisamment aérée.

Le»lit du prince était sans rideaux, mais bon, et le linge était blanc; à côté du sien était un autre bois de lit vide, je demandai aux gardiens quel en était l'usage. Ils m'apprirent que c'est là que couchait Simon pour servir et garder le prince. Ce scélérat , pendant la terreur , se jouait de la manière la plus atroce et la plus dégoûtante du sommeil et de la vie de son prisonnier. Capet... * Capet 1 s'écriait-il au milieu de la nuit. — » Me voilà, citoyen, répondait l'enfant éveillé. — » Approche que je te voie. » Le prince.obéissait e%

alors sortant la jambe du lit, d'tra coup de pied lancé avec force, le bourreau étendait par terre la victime qu'il immolait à coups d'épirigles : Va te coucher •, louveteau, lui criait-il; et il riait de ses pleurs, et il sonnait. Qu'on me pardonne ces affreux détails.

Tandis qu'ils me faisaient frémir et agitaient tous mes membres d'un mouvement presque convulsif , je me retournai. Je m'aperçus que mon compagnon s'était rapproché du prince , ils paraissaient se parler et il lui aidait avec le respect d'un ancien domestique de ceur, à bâtir un château de cartes. Je ne fis pas semblant de le voir, mais j'eus soin de faire un mouvement bruyant lorsque nous nous rapprochâmes. Les deux acteurs de cette scène touchante nous comprirent. Je me rappelle maintenant que cette circonstance en occupant mon attention, m'empêcha de faire ouvrir une porte vitrée qui se trouvait entre les deux lits.

Je me rapprochaià mon tourde ce jeune prince qui faisait un si triste apprentissage du trône , je le regardai avec plus d'attention, et dans toute sa personne j'aperçus des traces frappantes d'un mal qui minait ses jours. Je demandai s'il

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Voyait un médecin , s'il avait exprimé quelque désir qu'on n'eût pas satisfait, ce Non ! citoyen , » me dit un des gardiens. » Cette réponse me surprit; et m'adressant directement au jeune prince, je lui fis les mêmes questions. Il me regarda , mais ne prononça point un mot. Je renouvelai en d'autres termes la même demande. Rien y qu'un regard qui s'attachait sur moi avec une fixité désespérante. Il m'entendait cependant, et me comprenait ; je le voyais dans tous ses traits, dans son attitude ; mais il semblait absolument indifférent à ce que je disais.

Je pris ce silence pour de l'obstination, j'en fuis d'abord impatient; je répétai encore, et d'un ton plus haut , ce que j'avais dit. Voyant que cela ne produisait aucun effet, je pris une voix presque suppliante; rien, que le même regard , la même fixité , la même indifférence. Je demandai si le prince gardait toujours un silence aussi opiniâtre... « Toujours, me répon« » dit-on, depuis que Simon lui a fait signer » contre sa mère, la déposition que... — N'a- » chevez-pas», dis-jç; et mon méco*: lentement passager fit place à la plus profonde douleur, à l'émotion la plus vive. Mes yeux se fixèrent

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arec une tendre pitié et presque* fouillés sur ceux du prince qui mo regardait toujours; il se retourna et se remit à «on cb&teau de cartes. J'avais besoin de toute mrt forée pour être maîtite de moi-même.

Je ne savais qu'imaginer pour engager Louis à rompre te silence ; je cherchais. En ce mo* ment une Voix appela d'en bas , c'était le dîner du prince; et le seul gardien qui se trouvât en ce moment avec nous, sortit. Nous restâmes seul* Avec le prince. Je crus pouvoir alors renouveler mes instances ; elles furent inutiles. Je me r*p*> pelai alors que mou compagnon était connu du prince, qu'il lui avait parlé ç jb l'engageai

à le faire de nouveau; mais il m'apprit q*e quoiqu'il en eût été reconilu, il n'en avait pu obtenir une parole; il lui parla devant moi , et inutilement : je m'éloignai , rien dé plus.

On apporta le dîner. Il se composait d uiie soupe noire et rouverte de quelques lentilles; d'un morceau de boetif ûoir«t vîëù* % d'une assiette de lentilles et de châtaignes brûlées. Uù tel récit n'a pas besoin de commentaires. D^iprès l'avis qiri ih'avaitété donné avant qiiclè prince se fût mis à iriângttr, je le pkïàî de se leVfr, de

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marcher , je lui touchai les bras , les genoux ; il y avait des tumeurs qui m'inquiétèrent, mais qui ne me parurent pas douloureuses. J'engageai de nouveau le roi à prendre quelque exercice , je lui parlai encore. J'engageai mon compagnon à lui demander s'il désirait que nous nous retirions. Il sourit , mais ne nous dit pas un mot. Le cœur me saignait ; ce sourire m'avait fait mal ; j'avais besoin du grand air pour me remettre ; nous allâmes un instant dans les cours*

La moitié seulement de notre mission était remplie, il me restait à visiter une autre pri* son, une captive plus intéressante peut-être encore par son sexe j le citoyen Fabricius avait négligé toute prudence. La vue de son roi l'avait trop profondément ému ; mais ce qu'il yqyait de plus extraordinaire et de plus maï* heureux dan» sa situation, c'est qu'il était seul, sans cour, sans auocrn cérémonial. En nous promenant dans les jardifts du Temple , je lui recommandai de modérer} sa joie et ses regrets, il me le promettait , ( maris 1 â chaque pas , il retombait dans son ancien péché ; toutefois je le suivais avec intérêt-, m'indiquant les endroits où Louis XVI s'était promené, l'arbre à l'ôitibre

entrâmes ensemble dans l'appartement de Madame. Mon apparition parut lui donner quelque inquiétude ; je me hâtai dé lui apprendre quel était le motif de ma Visite; elle me regarda alors avec bonté ; les premières remarques que j'a* vais faites sur la situation de la H lie de nos rois m'avaient enlevé toute ma présence d'esprit; et me tournant, regardant de côté et d'autre f portant là main à mes yeux , je ne sus trop qu'ajouter à ce préliminaire qui m'a+ait paru indispensable.

Madame ne disait mot. Je savais qu'elle ne gardait point comme son frëre un silertèe absolu , mais qu'elle parlait peu, et j'avais espéré qu'elle daignerait répondre à mes paroles. Je lui fis quelques questions sur le froid, sur son éloignement de la cheminée , sur l'eiig-uïté de son feu . J'avais bien deviné les motifs de tout cela ainsi qu'elle me le dit ; cependant je ne pus entendre sâws peine sortir de sa bouche des paroles pareilles à celles-ci : L'on ne me donne pas de bois. Je n'étais plus tenté d'adresser d'autres questions ; de semblables* réponses accusaient trop la Convention et tous ses membres. Mes yeux tombèrent sur son lit , il me parut bon. Je demandai à Madame si elle en était

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contente. — u Oui , répondit-elle. — Et du » linge? ajoutai- je avec plus de confiance. — Il y » a plusieurs seïnaines qu'on ne m'en adonné.» Que l'on juge de l'effet que dut produire sur moi une semblable réponse, « Croyez bien, » madame, repris -je avec chaleur, que de » pareilles indignités ne sont point à la con- » naissance du gouvernement; qu'il va donner » sur-le-champ de? ordres pour qu'un qfm~ » blable état de choses soit changé. Daigneriez* » vous, madame, me prendre pour l'interprète » de quelqu'un de vos désirs? — Peut-on me » doipier des nouvelles du prince mon Aère ?

» Est-il encore ici ? — Au-dessous de vous, ms- » dame, et soyez assurée que les comités n'ont » jamais eu la barbare pensée de vous em- » pêcher de communiquer avec lui. — Monsieur » je vous crois. »

Madame n'ajoutait rien , et moi je n'osais continuer sur ce sujet ; cependant la force d'une émotion indicible me retenait dans cette chambre , et ma mission semblait remplie. Je me retournai encore , j'aperçus un piano, je m'en approchai , et posant mes doigts sur le clavier , j'en tirai ma~ chinalement quelques sons , lorsquemon compagnon m'avertit que c'était le piapo de la reine. Je

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m'arrêtai soudain ; mais je remarquai avec douleur, que mon action avait, bienmalgrémoi, péniblement affecté Madame. Jccherchai le moyen d'effacer cette impression pénible. Je vis quelques livres à unedes encoignures de la cheminée; je les examinai ; c'étaient l'Imitation de Jésus- Christ, le Nouveau Testament, des livres de piété et de prières : « Ces livres sent excellents, » dis-je à la princesse , ils sont la première con- » snlation du malheur , la plus sûre aussi , mais, » madame, pour votre instruction, pour votre » distraction , n'en désirez-vous pas d'autres? — » Ils sont me répondit-elle, les seuls qui coni) viennent à ma situation. » Quelle leçon pour le monde , pour moi qui l'entendais! je suis convaincu que Madame me l'aurait épargnée, si elle avait su qu'elle parlait à un de ces prêtres à demi-renégats qui s'étaient rangés un instant parmi ses persécuteurs.

Je ne pouvais rester plus long-temps, ma douleur et mes remords ne me l'eussent pas permis. Je demandai à celle que je n'eusse jamais approchée, si comme elle le méritait, elle se fût assise sur un trôue.la permission de me retirer, et après 'avoir assurée de nouveau et des bonnnes intentions du gouvernement et démon zèle, je sortis.

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Je nie rendis directement au comité de sûreté générale ; je peignis ce que je venais de voir ; je tus à peine des sentiments que l'on devait condamner; je trouvai mes collègues assez d'accord sur ce point; mais on voulut une autre visite , un rapport plus circonstancié, et on chargea plusieurs des membres du comité de visiter de nouveau les captifs du Temple. Cette fois ils avaient le pouvoir d'adoucir la situation des enfants de nos rois. Du nombre de ces députés étaient Harmand de la Meuse et Reverchon.

On m'engagea de mon côté à tenir secrets le* pénibles détails que je venais de raconter. Ca/nbacérës surtout insista sur ce point. Pourquoi donc, demandai-je, faut-il que la Convention ignore le mal qui se commet en son nom? — Elle ne l'ignorera pas, tousles comités le sauront, tous les représentants l'apprendront ; mai* il ne faut pas de rapport public. — Pourquoi ? ne pouvez-vous rejeter ces maux sur les décemvîrsqui ont fait la terreur? — Non , parce que ce serait attirer l'intérêt du peuple sur la famille Capet, et qu'il fautau contraire qu'il l'oublie entièrement, On remédiera à tout ; je conçois votre émotion , fa chaleur que vous mettez à peindre cette grande infortune , l'intérêt qu'elle vous a inspiré ; mai$.

tout cela ne doit rien changer à nos autres dispositions , et il importe à leur exécution que tous ces détails ne soient pas connus, que le cri légitime de ceux qui tiendraient encore à la royauté soit oublié» D'ailleurs quel serait F effet d'un semblable rapport? La douleur , t'indigna* tion qu'il exciterait chez quelques citoyens an»

j(iurd*hui fort paisibles, les amènerait à se compromettre, à se perdre. Nous serions traités fitrtls-itotémes de contte-révdlutioïinaites , et à notre grand détriment noua effrayerions ceux que peuvent inquiéter de semblables opinions. " H y avait quelque fchosfc de Vrai dans ce que me dièait làCambacérès ; je ne le regardais pas d'ail* leurs comme un de ces bourreaux acharnés h leurs victimes , et qui oublient à la fois l'humanité et la justice, je me fiais donc en ses paroles et je résolus de me taire. Je lui parlai alors du rapport qu'il devait ^faire : « Il est prêt, me dit-il, » je l'ai, pendant quevousétiez au Temple, com* » tauniqué à nos collègues , qui Font approuvé ; « jele prononcerai demain, car ce que vous ven« » ; de me dire le rend encore plus urgent. » Je n'en demandai pas plus long à Cambacérès ; d'aptfes quelques discussions du comité aux»

quelles j'avais assisté , je crojais trouver dans ce

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résumé tout ce que je pouvais désirer pour notre malheurçux roi , £t je me rendis à la séance du lçpdemaip,. avec quelque confia ace.

Gest, encore une de pes scènes qui ne sortiront jamais de ma mémoire. Elle marque peu dans les annales de notre éphémère république , mais eljle décida du reste de ma vie. Le rapport de Cambaçérès roulait sur deux points ; l'exil de la famille des Bourbons, le danger de leur séjour en France. On a vu que,, dans des temps plus difK= cil es, j'avais osé parler dans le premier sens, je le soutins cette fois avec une véritable coustancç, et ce n'était plus seulement de phrases révolutionnaires que je l'appuyais, je ne craignis plus de prononcer les noms d'humanité et de justice; on ra'écoutait;,mais ce n'était que par hypocrisie.

Cambacérès paraît à la tribune , pose les deux questions que nous avions, agitées, .les développe tour à tour, sans que l'on entrevoie précisément à laquelle il va s'arrêter ', du moins £an? que je le sache.; il entasse une foule de seutencçç, parmi lesquelles je me rappellerai, toujours celle-ici*

a Le royalisme est le résultat de l'intérêt, » non de l'opinion. » Je l'avais oublié. 4'abprd,

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quelques années après la conduite tle ce républicain m'en fit souvenir. Apres avoir longtemps parlé des enfants de Louis XVI et de leur père, après avoir montré qu'il était dangereux de les envoyer aux ennemis de la république , qu'il n'était pas sur non plus de les partlcr, il finit par opiner pourtant pour 00 dernier parti, et par les condamner à une prison perpétuelle.

Les espérances que j'avais formées, ce que j'avais vu au Temple , ne me permettaient pas de me contenir. Je m'élance à la tribune ; mes premières phrases ne sont point assez mesurées; ou crie; je parviens enfin à commander l'attention. Ils m'entendirent, cette fois, leur citer la mort de Louis XVI comme un crime irrémissible ; je m'écriai qu'en gardant son héritier au milieu de la France , ils exposaient sinon eux, du moins leurs successeurs a renouveler cet acte barbare; je répétai jusqu'à deux reprises , qu'expirant même d'une mort naturelle dans un cachot, sa fin nous serait imputée comme qd crime inutile. — «Il » n'y a pas de crime inutile, s'écrie Bourdon de » l'Oise. — Ce qui est vraiment utile, ajou- » taj-je, c'est' de consolider notre Hbmé par un

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» acte d'humanité; c'est d'assurer notre indéw pendaoceen renvoyant aux monarques étran- » géra un prince innocent, c'est de légitimer la * république aux yebx de Cous, en leur prouvant » à la ibis qu'elle est forte , et qu'elle n'a plus » besoin de répandre le sang. Si Louis fut court pable , si son sexe n'a pu défendre la ci-devant » reine, que peut-on reprochera un enfant qui » n'a eu de la royauté que des hochets dorés et » des fers ; à une jeune fille qui n'a pleuré que » parce qu'elle voyait pleurer sa mfere. Ces t> hochets, ces larmes, sont-ce là des forfaits? » Quelques députés appuyèrent d'abord mon avis; personne ne parla contremoi, mais personne ne me répondi t, et froidemen t on adopta lerapport de Cambacérfes. Le soir je rencontrai Dussaufct , avec qui j'étais lié depuis son retour à l'assemblée. Je paraissais préoccupé. — « Qu'avez vous donc? » me dit-il. — Je viens de chercher une place » dans une voiture publique. Demain je pars.

» — Vous désertez votre poste? — fcne suis pas » fait pour la politique ; je n'entends rien à celle » des hypocrites, pas plus qu'à celle des tyrans. » Adieu » . Je ne vis [dus que Bourdon de KOise, qui seul avait soutenu ma motion ; il fit pour me détourner de mon projet de vainsefforts^ qn atais-

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