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CHAPITRE LXIV

Lanjuinais. — Sa lettre à la Convention. — Les députes mis hors la loi, sont rappelés au sein de la Convention.

Le i4 frimaire je remis à Pun des secrétaires de la Convention nationale la lettre suivante j elle fut lue le lendemain :

A la Convention nationale , le i êr frimaire de l'an 3 de la République.

« La mise hors la loi ne convainc d'aucun » crime. ( André Dumont , séance du 4 b™" » maire an ni. )

» La mise hors la loi est une mesure injuste

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» et atroce. (Bassal, séance du 16, même » mois. )

» Robespierre et ses complices me proscri- » virent en votre nom , et me dévouèrent aux » massacres. J'y ai heureusement échappé jus- » qu'ici; garantissez-moi que je ne périsse pas » sans avoir été entendu et jugé.

» Vous avez écrasé le tyran qui m'opprimait»

» vous avez frappé de mort la plupart des indi- » vidus et des corporations qui conspiraient » avec le monstre pour me perdre,pour asservir, » piller , égorger les citoyens.

» Depuis quatre mois il vous est permis » d'être justes, et chaque jour vos décrets prou- » vent que vous en avez la ferme volonté ; c'est » la justice uniquement que je réclame, la jus- » tice la plus sévère comme la plus impartiale.

» Je fus arrêté sur une dénonciation que , » libres encore , vous déclarâtes calomnieuse, à

» la presque unanimité.

» Je fus arrêté en vertu d'un décret que des » conspirateurs vous arrachèrent à force armée, » après trois mois de siège et de résistance, sans >i qu'il y eût à ma charge le moindre indice.

» Je fus proscrit à la voix de St.-Just et de >i Barrère pour des délits chimériques, déclarés

» postérieurs à inoo arrestation f ta us antre a preuve , sinon que j'avais fui les juges assas* y» sins auxquels on voulait me livrer , et qui a ont immolé vos collègues.

» Mon fceui crime fut d'avoir été fidèle mann data ire du peuple, d'avoir avec le plus entier » abandon de mes intérêts particuliers, défendu » courageusement ses droits et sa liberté. La » plus exécrable tyrannie qui jamais ait désolé * la terre a trop justifié mes cris d'alarme ; elle

» vérifie déplorablement ma prédiction du a » juin.

a Cependant je languis depuis bientôt dixhuit mois dans un cachot ; si je vis * c'est » dans l'ombre du silence et de la mort * dans » les angoisses réservées aux (Rus grands cri* » mineis.

» Est-ce trop demander, si je vous sbpplie » de n'être pas envers moi plus avares des for» » mes que vous ne l'avez été pour le tigre de » l'Ouest , pour l'assassin de vingt à. quarante » mille français.

» Eh bien ! qu'il me soit seulement permis » dé paraître où il vous plaira , pour vivre , si » je démbntrè mou innocence, pour expirer sous » le glaive de la. toi si je suis trouvé coupable;

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» que ma cause soit discutée et décidée d'une » manière quelconque pourvu qu'elle n'exclue » pas la justice.

» Que pour prix de mon dévouement pa- » triotique , je sois sauvé du carnage ; qu'en un » mot je ne sois pas massacré, que je sois jugé.

» Veuillez, citoyens représentants, vous faire » rendre compte par vos comités de gouver- » nement, de ma pétition du 18 vendémiaire » dernier , qui leur a été transmise en triple j> original , et provisoirement , donnez-moi la » ville de Paris ou celle de Rennes pour prison.

» Lanjuinais, l'un des représentants * #) proscrits en 1793. »

Cette lettre courageuse m'avait été envoyée avec la suivante qui ne portait ni timbre , ni désignation de lieu.

« Vous , en qui j'ai cru reconnaître un » homme probe et courageux , citoyen collègue, » si vous pensez en effet que le règne de la jus- » tice est revenu , faites connaître à l'assemblée » la réclamation ci-jointe.

» Tâchez de prouver à la queue de Robes- » pierre qu'il n'y a en effet que les morts qui ne Tome ii. «i3

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h reviennent pas; je suis las de vïrre inu*

* tile,

» Pardon , si je ne vous livre pas encore

* ma vie ,

» Votre collègue ,

» LàNJUIHAIS. »

Je n'avais pas attendu cette invitation pour m'occuper des députés mis hors la loi ; j'avais parlé de leur innocence à plusieurs de mes collègues, presque tons m'avaient répondu, que pour les rappeler nous avions encore trop de leurs ennemis et de leurs accusateur* parmi nous. « Us » auront, nie disait Chénier, la malheureuse » habitude d'associer Barrère à Saint-Just, Bil« », laud à Couthon, Yadier àLebas : conservons » la paix. » Les rappeler était le moyen le pli* sûr d'anéantir la terreur. « Ils ne seront pas a*» » sez sages , me disait Tallien , ils n'ont pas vu m "'combien le mal était difficile à empêcher , et » ils nous accuseront tous. >> " Je cédai d'abord à leur avis d'autant plus ftértfeinent que le procès de Carrier et du tribunal révolutionnaire' de Nantes occupait la ÇpnjYWW^v^V .k$ tq^nnw. La lettre de Lau^qinais me ra^pe^.^cottie pe^ée, et je

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me déterminai à la préèëntèh Chéniër fri'y engagea cette fois. André Dûtaoni , membre de l'un dés comités, Fat aussi de cette o^ittiofr, » On verra, dit-il, pat là ce que Ton petit » tenter sans exposer eux et nous. » La • lettre fut lue et ne produisit que peu de sensation. Elle fut renvoyée à l'examen des comités sans un grand empressement , et cependant avec ^bienveillance.

Ce fut pour moi le signal de recommencer mes démarches , toutes les mises hors la loi furent en effet abolies; et sur le rapport de Merlin de Douai , nos soixante-treize collègues furent rappelés au sein de la Convention. Le même jour je proposai un décret qui rendait à la liberté un citoyen nommé , je crois, Beaucaine.

Tout cela eut lieu le 18 ; des le jour suivant, Dussaulx parut à la tribune , et prononça un discours fort modéré dont tout le monde fut content.

Il me remercia en particulier de ce que j'avais fait ; il me parla de la lettre de Lanjuinais , et je compris facilement que ces infortunés se consolaient, au moins depuis le 9 thermidor, en correspondant entre eux.

Je les revis bientôt tous, et leur arrivée donnant à l'humanité et à la justice la majorité dans la Convention, je crus plus que jamais ma mission et mon vœu remplis.

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