mi: MOI RTS
lier la ivponso : ii()li(» liorinno sora an piiicliol; Je vais de mon cù!ù piMisor i'i toiil ce (ini csl iiulisixMisablc pour la fiiile, qnoiipio nous en ayons lanl de fois calculé loulcs les chances. Quel bonheur (juc la chaîne ne soil qu'à
une jambe! ah! le succi's esl inunaïupiable Celui
qui nous sert est adroil, enlreprenanl... lout réussira... iMédéric, je Ten conjure, que la pensée de Thérèse soit avec loi. »
Quel que fût le besoin que j'eusse, dans un pareil momenl, de marcher, de m'agiler dans mon cachot, je m'assis cependant sur les planches de mon lit pour ne pas troubler les rdlexions de mon ami ; souvent je retenais ma res[)iralion comme si j'eusse voulu écouler mieux et saisir plus rapidement la première parole qu'il l^rononcerail. La soirée s'avançait la nuit élail obscure, profonde... la pluie tombait par torrens, et le vent en s'engouffranl dans l'étroite embrasure de la lucarne en secouait si violemment le mince châssis que je m'attendais à chaque instant à ce que tout fût brisé.
(c Pourvu que mon pauvre Frédéric n'ait pas demain cet cfrroyal)le temps, me disais-je... II est si faible de santé ! les roules seront mauvaises, le froid intense, les
fatigues mortelles... pourra-l-il les supporter ? Oh!
oui , mon Dieu ! l'espoir de revoir sa Thérèse ranimera ses forces et vous ne l'abandonnerez pas I »
Le vent sifflait toujours, toujours plus fort, et quand les îtcrda? 'qui vive?) longs et relenlissans des sentinelles du bastion venaient s y mêler de quart d'heure en quart d'heure, je sentais un frémissement involontaire à ridée de.î obstacles qu'une semblable surveillance opposait à lout projet de fuite.
Cependant j'avais entendu sonner onze heures, minuit... puis une heure et Frédéric ne m'appelait pas,
ne bougeait pas ! S'était-il endormi, ou, trop faible
d'un prisonnff.r d'ktat. A2\
jionr snpporhM- d(> telles éiiiolinns. élnit-il roloinlx'' diins un (le ces ('Yniiotiissciiiciis (lui iii'iiviiietil caiis6 Innl d'alarmes lors (le notre voyage d(; Milan à Spielberg ? Treml)lanl i"! celle idée pour une sant(; si rlu'ro, j'allais courir vers lui lors(pje sa voix parvint jus(ju"à moi.
En moins d'une seconde je fus prè's de lui. « Qu'as-lii n'solu ? lui deniandai-je avecanxi»'M(!', — De rester à Spielberg. — C'est impossible, niY'criai-jc, c'est impossible ! — Cette ré'solulion est irri-vocable, s'empressa
de me dire Confalonieri ; je ne puis al)andonner ici mes
compagnons de caplivitC' h leur malheureux sori Je
ne puis le laisser, mon Alexandre, seid, exposé au môconlentemenl de l'empereur, qui ferait retomber sur loi
toute sa colère ma conscience, mon honneur, me le
d('*rendent. Si j'avais pu le sauver avec moi, comme je Tespî'rais, je n'aurais pas h(Jsil(L' un seul instant, parce
que l'amitié, le devoir, m'en auraient fait une loi
mais du moment où je suis seul à retrouver la liberté, je dois y renoncer : jamais Confalonieri ne profilera d'un bien qui pourrait ôlre nuisible à ses frères d'infortune. — INIais ne remplis-tu pas un devoir encore plus sacré en l'exposant à ton' pour rejoindre ton infortunée Thérèse ! Crois-tu qu'il te sera facile de retrouver une
semblable occasion? C'est la dernière, Frédéric,
songes-y bien Je t'en supplie, ami, je l'en supplie à
genoux, reviens à une résolution plus sage Le sacrifice que tu nous fais avec une si admirable générosité ne
profitera à aucun de nous quedis-jel nul doute
au contraire que l'empereur hâtera le moment de noire délivrance quand lu ne seras plus à Spielberg. Rien ne
peut donc justifier ta déplorable résolution Veux-tu
que je me dise chaque jour, à chaque heure de ma triste vie, que lu t'es condamné volontairement pour moi à une oaplivilé perpétuelle? »
•i-2-2 Mi.Moiar.s
(^osl iiiiisi (jiK' ji' l'implorai l()iip,leiiiiis on iiivo(iiiaiil les noms li's plus clicr.s à son cd'iir, (mi niouiilaiil ses inaiiKs de mes laiiiu'.i pour le laiic cliaiii^or <ji; dotcMini-
iialioii, mais il mo disait sciilcinciil : a Assez assez,
mon Alexandre... je ne dois pas déserter mon |)0sle : j'y veux mourir s'il le faut plulùl (pie de risquer d'a;-';;raver voire sort ^'i tous : e'eU ma volonté, elle est inunuable comme le devoir. »
Je voulus insister encore, mais il nTinlerrompil on
s'éeriant : «Au nom du ciel, épargne-moi! ne me
force pas à remettre en queslion ce qui est irrévocablement décidé. Je n'ai déj;!i (pie trop («prouvé, pondant les heures qui viennent de s'écouler, tout ce (prune semblable indécision a de torturant pour m'y exposer de nouveau: laisse-moi, mon Alexandre, j'ai besoin d'ètie seul »
Puis il m'attira sur son cœur, et nous reslûmes longtemps dans les bras rundcl'aulrc sans prononcer un seul mot, mais scntani bien que nos âmes étaient plus que jamais fraternellement identifiées.
Le lendemain, Confalonieri fit savoir à celui qui était venu le chercher ù travers tant de périls qu'il ne pouvait partir avec lui, et accomplit ainsi avec une adorable simplicité, dans le mystère d'un cachot où tout faisait présumer qu'il finirait ses jours, le plus grand sacrifice qu'un homme d'honneur puisse faire à ses compagnons d'infortune.
Soit que la police eût conçu quelques soupçons, soit qu'il fût arrivé de nouvelles instructions de A ienne, nous nous vîmes peu de jours après exposés à une surveillance encore plus sévère : le nouveau commandant de Spielberg, qui avait succédé au capitaine Schmerskek, le sous-directeur AVcrgrat, eurent un redoublement de zèle et d'activité; le directeur de la police vint plus souvent
n'i N l'llISO^^n•K 1)i:'ivt. 'il'^
inspoclor nos Ciicliols; les pnliiMis furciil chan^t'îs
loul (Mifm nous prouva qno nous devions Olrc soumis snns relAclio ou folal sysliMiic d'oppression cl disoletiienl dont nous (^'pronvinnuléji^ si cruellcnicn! les funestes eflels.
Nos cœurs, on |)eul le croire, élaienl donc bien abreuvés de Irislcssc cld'amcrlumc ! Les jours se traînaient
péniblenieni, nos conversations élaivnt rares et languissantes, car l'espoir de Tavcnir en était banni, cl le passé laissait au cœur des regrets trop vifs pour que nous n'évitions pas do nous en entretenir. Le printeni[)s de 1829 s'écoula pour nous comme si la terre n'eût pas revêtu sa ravissante parure, et les inquiétudes sérieuses que nous commencions à concevoir non-seulement sur la jambe mais sur l'existence de Maroncelli, ne pouvaient que
rendre l'été plus désolant encore l>es soufl'rancos que
cet infortuné suiqiorlait depuis tant de mois avec un courage héroïque étaient intolérables el de nature à le conduire infailliblement au touibeau si l'on n'y apportait pronq)teM)cnt les remèdes nécessaires : mais que pouvaiton attendre des soins et de l'habileté des médecins de Spielbcrg ? Ils traitèrent d'abord la chose légèrement et loiturérent ensuite le malade en employant les remèdes les plus douloureux pour lui sauver la jambe; le mal nen fît pas moins d'effrayans progrès bientôt il devint incurable, el il ne resta plus que l'amputation pour arracher le pauvre infortuné à L:ne mort certaine.
Pellico nous a dit dans ses admirables Frisons comment il fallut demandera Yiemie l'autorisation de [)asser à celle urgente el indispensable amputation La permission demandée étant enfin venue , on transporta le malade dans une salle conliguë à notre prison, La veille de l'opération nous entendîmes la voix de Maroncelli , (pii semblait nous faire ses adieux dans un chant fendre et mélancolicjue.
•i2-i Mi.M()U'ii::s
Le lendemain mis les dix lieuros, nous comprîmes au bruil que Ton laisail dans le corridor que le moment fatal était arrivé Ah! quelle ani^oisifc cruelle nous
é[)rouvions I (}ueles minutes nous semblaient longues
jusqu'à l'instant où le sous-directeur, qui avait été présente'» l'amputalion, vint nous dire qu'elle était heureusement terminée.
Une heure après, au moment où nous nous rendions sur la plate-forme, nous ai)er(;ùmes dans un bacjuel laissé non loin de notre porte la jambe de l'infortuné Maron-
celli Et détournant les yeux de cette horrible vue,
nous nous dîmes avec un alTreux serrement de cœur : ^<. Ce ne sera donc (pie perclus ou mutilés que nous pourrons sortir du Spielberg si jamais ses [)ortes s'ouvrent pour nous ! »
d'un l'IUiO.NMl.R DKTAT. 425
Ml.
I/amputalion do INTaronccIli, dont los douleurs cl la faiblesse conliiiui-rcnl longtemps encore , le déi)éris8einenl visible de Pellico, qui, après avoir épuisé ses forces à soigner son malheureux ami, tomba lui-même gravement malade, la sombre li-istessc de mon [)auvre Frédéric, les regrets de la mort de mon père, les inquiétudes toujours croissantes sur raffaiblisscmenl de ma vue, tout enfin semblait se réunir pour i)longer mon Ame dans l'abattement cl la porter , en n'espérant plus rien sur la terre, à chercher ses consolations et son refuge dans les cieux... Je le disais souvent dans mes heures de
tristesse, je le demandais à Dieu avec ferveur I Et
pourtant il suffisait des accords lointains d'une musique militaire, d'un horizon éclairé par un brillant soleil, d'une ranimante chaleur ou d'un doux souvenir pour réveiller en moi l'amour de la vie, pour me faire sentir que j'étais jeune encore et que bien des joies, bien des espérances m'attendaient dans le monde si la prison
s'ouvrait tout à coup devanlmoi! Et que ne faisaient
pas pour y parvenir mes amis, mes compatriotes, sous l'inspiration de ma bien-aimée sœur ! Encore aujourd'hui il m'est doux de me le rappeler en transcrivant ici les extraits de son journal :
i^ Paris, 31 décembre 1829. — Cette année se termine, comme toutes celles qui l'ont précédée, sans aucun résultai heureux, quoiqu'elle ait été remplie par une foule
^■2(5 Mr.M()i»!i:s
do flrniarclic. li^slcc.i (oiilos iiirnicluptisos. I)c[)iiis ls-2."», Je ii'iii Jnii).(is l.iisst' passer dois mois s;ias ('ciire à ÎM. I(> lirincc de ^Irllcriiicli, ainsi ((nil iik' Ii' ixMiiiil alors, cii > joiAiiaiil uic Irllrc de riiii do nous pour Alexandre, tout en ignorant si une seule li^rne a pu arriver juscjuà lui. Au mois d'avril de relie année j'écrivais au prinee :
« Vos yeux se sont remplis de larmes, monsei^Mieur, « lorsque vous viles (oulc ma douleur , il y a qualre « ans... Dès ce moment je sentis que je devrais an c(rur <t si noble qui me conq)renait le plus f^rand boidieurde
« ma vie la liberté de mon frère !... Non, ce ne sera
« pas en vain que je; l'aurai espéré, vous serez ma Pro- « vidence !
({ Et comment ne placerais-je pas toute mon cspè- « lancc en celui (pii n'a cessé détre pour moi tout ce « que sa position peut lui permettre, en me faisant dire « par ¥oa ambassadeur de ces mots consolans, encou- « rageans, qni me sont toujours une preuve certaine « qu'il me conserve bienveillance et intérêt ! »
(( Il est encore d'aulres souvenirs qui font du bien au cœur! j'en veux rappeler un ici dont le temps ne pourra jamais affaiblir la douceur. Au commencement de cette année, je cherchai à connaître celle qu'on trouve partout où il y a un malheur à secourir, une larme h essuyer... la belle et bonne M"""- Récamier, qui sut toujours donner des consolations pour toutes les douleurs. Le chagrin qui oppressait mon cœur devait trouver sympathie dans le sien... Aussi fut-elle pour moi une tendre sœur, et dès ce moment tout son dévouement me fut acquis ; il me valut l'intérêt de M. de Ciuileaubriand, ambassadeur à Rome , c! celai du prince de Montmo-
i>"i N l'insoNM' T. i) i.'ivr. 127
iTiicy-Laval, io|)n''st'iilanl la l'ranco à > iniiio. IM""' ]{('- (Miiiior avait envoyé pliisioiirs tic mes ilcllics à ce dcriik'r on lui ('ciivanl cll(!-nirnio avec collo clialcnr (U'. cœur qui louche ol persuade, olJM. de Laval, après d(; pressantes tenlalivcs, s'empressa de me donner les délails suivans :
« f'knnoi 2S août 1821). — Toutes les démarches (pu; (' j'ai faites juscpi'i"» ce jour, madame, n'ont point élu mal « accueillies, mais sont resiées sans résultat. Il m'est (( inainlenant déuioniré que s'il e\is!e un seul moyen « d'oblenir la déliviance de votre malheureux frère, (c c'est au C(Pur de l'empeieur (|ue je dois directement (( m'adresser : tout autre moyen sérail impuissant. Cette (( démarche, je la ferai, madame, j(! m'y engage avec « vous..... Je n'ai rien aulre chose à lui demander pour « moi, et ce que je puis vous allesler, c'est que celte « liberté, que je prie le ciel de m'accorder, sera pour « mon cœur une salisfaclion aussi douce qu'elle pourra « l'êlre à vous-même, i)
« Et rexcellenl homme écrivait en même temps à son amie JM"'^ Bécamier : « Ne douiez pas un moment que « le succès ù Vienne qui contenterait le plus mon cœur (( serait d'essuyer les larmes de celle famille si à plainte dre, de celle pauvre sœur si constanle dans sa douleur « et dans son dévouement. »
« Le prince de IMonlmorency-Laval quilla l'ambassade de Tienne au mois de septembre dernier et vint aussilôl à Paris. Je me présentai chez lui dès le lendemain de son arrivée, et c'est de sa bouche que je recueillis les paroles suivanles :
« J'aurais été Irop heureux, madame, j'aurais éprouvé « un inexprimable bonheur si j'avais élé appelé à être (( l'instrument de la Providence pour faire cesser une « si grande infortune I Je fus prendre congé de l'empc-
-128 ■Ml.MOlKKS
(c rour à l.iiiz, on il l'aisailexéculer les grandes inaïut'u- « vrcs. L;'» je lui remis mes lettres de créance, et il me <( demanda, selon l'usage, ce qu'il pouvait faire pour « moi (jui me fiit agréable. « Votre IMajeslé peut bien « plus encore en m'accordant une grûce qui ferait
<( le bonheur de toute ma \ie la liberté d'An-
« dryane. »
« I/en)i)ereiir me répondit qu'il nïgretlait (jue cela lui « fût impossible; mais que votre frère était avec Confa- « lonicri, dont il connaissait tous les secrets, et que ni « l'un ni l'autre n'étaient assez corrigés...
« Il ne m'a pas permis d'insister ; cependant je puis « vous assurer, niadamc, que cette délivrance tant dési- « rée tient i"i {)eu de chose... 11 faut mettre de côté toute « démarche étrangère et vous adresser vous-même au (( cœur de l'empereur, il vous entendra. Partez pour « Vienne, croyez-moi, c'est le seul moyen de réussir. Si « je ne savais, madame, que la position de votre fortune « vous donne les moyens de subvenir aux frais de ce (( voyage, jaurais été heureux, bien heureux qu'il m'eût K été permis de vous oITrir tous mes services pour l'en- « treprendre. »
« Je ne pus répondre que par des larmes à une bonté
si noble et si touchante! L'excellent homme pleurait
lui-môme, et lorsqu'on le quittant je le suppliai de me donner les moyens de lui exprimer ma reconnaissance, il me répondit en me serrant les mains avec force : « Priez pour ma mère ! »
« Le conseil de M. de Laval n'a pu être suivi , car mon mari ne doit pas aller seul à Avenue ; puisque c'est à moi que l'empereur a promis de rendre le prisonnier , il faut que ce soii moi qui lui rappelle la parole qu'il m'a donnée... et ma santé, très-mauvaise en ce moment, ne me permettrait pas , hélas ! d'entreprendre un tel
I) I N i>r. i,s()nmi;k di.iat. il'.)
voyage à la lin do l'auloiniic. 11 i'aul donc rosier avec la pensée désolante qu'un grand devoir est ajourné.
« Les lellres (h; mon adorable Teresa deviennent rares et d'une brièveté désolante 1 l']ile clierclie en vain à me le caclier, je vois que l'excès de sa douleur la conduit au tombeau! Tn mur d'airain semble entourer Spielberg, elcliiuiue tentative pour secourir nos ()ri.sonniers restée sans résultat est pour elle un acheminement à la Un de tous ses mauxj)
•<.'>0 -vi .Moini-.s
LY'lal (le succession pnlirncile que j'avais doiiiandé à mon fonde de pouvoirs , afin d^ivoir par ce moyen des nouvelles de ma faniille. uie fui ajjporlé queUpics mois iiprès par le direcleur de la police ; une lellieraccompagnail el m'annonrail dès les premicres ligut-s de t^rands désastres de forlunc... procès perdus , propriclés inccnd'ées... 1/impression que j'en ressentis fut douloureuse. « La Providence ne m'a donc réservé que des malheurs ! m'écriai-jc en entendant sortir de la bouche du directeur cette triste nomenclature... .Tamais derelûchcî jamais!» Après la lettre vint un compte détaillé, volumineux : la lecture en fut longue , pénible, car il me fallut apprendre une à une, dans une mauvaise prononciation qui souvent laissait à peine couipiendro, les pertes que ma famille avaitéprojvccs. (( Sa Alajeslé a permis qu'on vous laissât écrire vos instructions si vous le désiriez après que Ton vous aurait donné connaissance du compte : voilà une plume eldu pnpier. — Mais il est impossible, monsieur, que je puisse répondre de suite el après un simple aperçu à une communication aussi importante : il faudrait que j'eusse sous les yeux pendant plu^icurs jours l'état que vous venez de me lire, dont je n'ai saisi que les principaux i'aiis ^ sans cela je risquerais de tomber dans des erreurs préjudiciables aux intérêts de ma famille. — Je le comprends , el je vais, si vous le voulez . relire de nouveau. — Ce sera pour vous, monsieur, lui dis-jc, une
d'li\ pius()i\Mi:n d'ktat. A'm
^rniide lalifJiiie (|ue vous cvilciez si vous inc liermiillcz d(; pnicourir ce compte moi-ni.'^mc. »
A [très (lui'hiucs (iiHiculIrs, li; dircclour de la police cousonlil copt-ndaiU à ce (pie je jelasse les yeux rapide- Mienl sur le luanuscril , cpTd lenail bien précicuscMieiit enlre ses mains. « Est-ce assez ? me dit-il apics (piel(|ucs miiuilcs, pouvez-vou:; maiuienaut i)rendre la plume;' — Impossible, mousieiw, mes nolious'jsonl Irop imparfaites pour (pie je puisse me former une opinion ; je vous demande cpielipies jours de réllevion ; pouvez-vous me les accorder ? »
l^e direcleur, après avoir consulté son secrétaire, répondit alliruialivemcul. a Vous serait-il possible de me laisser le manuscrit ? — Ah I pour cela, non. C'est bien assez déjà que je vous aie permis de jeter les yeux sur son contenu. »
J'allais lui répondre que mes instructions seraient illusoires, par conséquent inutiles , et que j'y renonçais ; mais la pensée de ma famille survint et je m'éloignai en disant : « Dcîiiain ou après , quand il plaira à monsieur le directeur, je serai prêt. — Tu as reçu de fâcheuses nouvelles, s'empressa de me dire Frédéric. — Oui, ami, la Providence m'envoie de nouveaux tourmcns... J'aurai sans doute la sagesse de m'y résigner ; mais aujourd'hui je sens vivement surtout ceux qui atteignent égalemciit mes bien-aimésparens. On m'adresse des comptes qui me montrent la fortune paternelle cruellement ébranlée 5 on nie demande des instructions qui exigent une élude approfondie de la situation qu'on m'envoie, puisqu'il y a des partis décisifs à embrasser , et la communication des documens ne m'est accordée que par une simple lecture I N'est-ce pas une sorte de torture pour un pauvre caplif, qui peut ainsi mellrc en question tout ce qu'il possède ? Mais je raisonne com;no si j'étais encore de ce monde et
4^1 iMi:i\ioir.F.s
(|ii(' je (liisso im jour irIrouvcM- O(!llo l'orlnno Ah!
laissons ;\ la Providoncc , ù mes amis lo soin de n'glcr mon avenir, s'il en oxislo oncoro pour moi »
Quolijucs jours après , j'écrivis , sous les yeux du dircclour (le la [jolico, les observations suggérées par la Rupernciclle lecture du compic rendu de la succession de mon père. Je vis, liéias ! il faut Tavouer, par les regrels que me causa la perle d'une si brillante fortune , combien je tenais encore aux plaisirs , aux jouissances de la terre !
Le commonc 'Uicnl de 1830 n'amena pour moi qu'un alTaiblissemcnl toujours progressif dans l'organe de la vue 5 c'est inutilement que je suivais avec une scrupuleuse exaclilude le trailemeni prescrit par le médecin : les douleurs augmentaient , le nerf ()i)ti(|ue s'altérait et déjA je sentais au cœur la désolante conviction d'une l)rocliaine cécité. Je demandai alors avec, anxiélé au médecin de Spielberg de faire un rapport pour obtenir qu'un oculiste vînt me visiter -, il me plaignit, me promit tout , mais rien ne venait, et le mal allait en empirant.
Ce fut vers cetle époque que nous efmies à l'improvisle la visite d'un fonctionnaire que je jugeai tout d'abord de la plus haute importance par les marques de déférence que lui prodiguaient lo direcleur de la police et le commandant de Spielberg • nous apprîmes bientôt après que c'était Son Excellence le comte Sodicnitski, frère du ministre de la police de rcmpire autrichien.
Que venait-il faire près de nous ? Je ne fus pas longtemps à le savoir, car à peine m'eut-il salué que le directeur prit les deux ou trois peli's livre? de dévotion déjà tant de fois visités et les présenta en les feuilletant à l'inconnu, qui suivait attentivement des yeux cette minutieuse inspection. « Votre Excellence peut se convaincre que les ordres de Sa jMajesté sont ponctuellement
exécutés, » soiiibinit dire le chef de l;i i)()Iicc do la IMoravic; cl rExcclIciicc , en jelanl des yeux scrtilalcurs sur nous cl sur toutes les misères de notre prison , semblait répondre : « Sa Majesté ne peul être (pie salisfaile de voire zèle. »
Je me plais cependant à rendre justice à la politesse et aux égards (jne le comte Sedlenilski nous montra dans colle circonstance , et je suis heureux de pouvoir dire encore (pi il enlondil avec compassion el bienveillance les plaintes que je lui adressai sur le Irisle étal de mes yeux el sur la rigueur excessive de noire captivité.
Si celte visite nous confirma dans l'opinion que la sévérité de l'empereur était loin de se relâcher, elle nous fit en même temps espérer que IMaroncelli, pour lequel le frère du minisire s'élait montré plein d'intérêt et de pitié , pourrait obtenir par suite de son rapport une amélioralion à son sort plus cfTicace que celle d'aller se promener quelques quarts d'heure de plus que nous sur notre triste plate-forme.
Je ne sais si ce fut à celte bienveillante influence que je dus de voir enfin mes réclamations écoutées 5 mais foujours est-il qu'au mois de juin suivant, Wergrat vint me prendre pour me conduire auprès de quatre médecins , dont trois étaient oculistes , envoyés spécialement par l'empereur pour constater l'état de mes yeux.
Ces messieurs m'examinèrent scrupuleusement, m'interrogèrent en français sur l'origine et les progrés du mal, m'encouragèrent, sans pourtant me dissimuler que beaucoup de soins étaient indispensables.... « Des soins, leur dis-je... cl comment voulez-vous que je les obtienne ? L'unique cause de ce mal est dans le rigoureux traitement auquel nous sommes soumis, dans le manque d'air, de lumière, dans la mauvaise nourriture, les privations de toute espèce que nous supportons et plus eu- T. H. 37
43i iMKMOlUKS
corc dans les souffrances morales d'une eaplivitù où l'espril est mille fuis plus lorluréciue le eorps... Le remède indispensable, s'il en existe un pour couper le mal dans sa racine et me sauver un organe dont la perle lolale sérail plus cruelle que la morl, le remède, messieurs, vous le connaissez: c'est la liberté.))
Le médecin qui m'avait adressé la parole traduisit à SCS confrères à voix basse en allemand tout ce que je venais de dire , puis ils continuèrent à se consulter dans leur langue , sans avoir le moindre soupçon que je pusse les comprendre, cl répétèrent plusieurs fois : « La chose csl grave, très-grave, et si la captivité de ce pauvre jeune homme se prolonge , il n'y aura plus de remède. »
Dieu sait quelle douleur me saisit au cœur en entendant celte triste sentence !... «Je me recommande à vous, messieurs , leur dis-jc en les quittant : de voire rapport dépendra le salut ou la perte de ce qui m'est plus précieux que la vie. »
Confalonieri , toujours bon cl dévoué, s'efforça longtemps d'atlénuer le déplorable effet que les paroles du médecin avaient produit sur mon esprit. « Il est impossible, ajoutait-il , que cela ne fasse pas quelque impression sur l'empereur et qu'il ne hâte pas le moment de
la délivrance... espère donc peut-êlre dans quelques
mois seras-tu de retour dans la patrie » La sombre
tristesse de mon âme se dissipait à ces bienfaisantes paroles , et j'avais tant de foi dans le jugement de mon ami, tant de besoin d"éloigner de ma pensée la fatale perspective d'une complèle cécité que j'espérais... que je me livrais à des illusions trop douces pour ne pas les accueillir, malgré l'expérience du passé
Nous étions arrivés au 1" août 1830, celait un dimanche après la messe , au moment où l'on venait de nous apporter notre pitance, lorsque j'enlendis dans le
d'un 1>K1S0N!\1KII I)'i:tat, 435
corridor !os p;is du dirccIcMir di- I;i police, que la finosso d'une oreille de prisoiuiier i)ouv;uUeule nie lïiiro reconnaître. « C'est lui , dis-je i"i Confalonicri. Quoi ! ne serons-nous pas exempts de ses iiisu[)p()rlal)lcs visites mvnie les jours de fôle i'... » Tout en parlant , je me lii\tais de mettre en sûreté une aiguille, un clou pour écrire sur le mur et deux ou trois épingles (pii me servaient ;\ rattacher mes vètemens lorsc^u'ils tombaient trop en lambeaux, ou bien à piquer des mots sur le papier quand jo voulais écrire A nos amis. « IMais , repris-je , il est resté dans la chancellerie , car Je n'entends pas la rumeur de son escorte. »
J'avais h peine achevé ces mots que le bruit des béquilles du pauvre Maroncelli retentit à l'autre extrémité du corridor : il s'avançait lentement, et quand il passa devant notre guichet , je reconnus la voix de Pellico. « Sans doute quelque interrogatoire, dis-je à mon ami , ou peut être des nouvelles de leurs familles )>
Quelques minutes après , ils repassèrent 5 Maroncelli toussa en disant « Addio ! (adieu 1). »
A peine leur porte fut-elle fermée sur eux que nous entendîmes ouvrir celle de Tonelli , qui fut conduit à son tour à la chancellerie -, puis nous distinguâmes qu'on ne le ramenait pas dans son cachot, mais dans celui do Pellico. « Cette réunion , disions-nous , doit présager
quelque chose d'extraordinaire » Et nous allions
nous perdre en de vagues conjectures lorsque le galérien Caliban , en venant enlever les gamelles de notre dîner, nous glissa un papier. Nous l'ouvrîmes et nous lûmes avec peine ces mots tracés avec des piqûres d'épingle :
« // direttore di polizia ci ha annunziato la grazia
questa sera noi partircmo da Spidberg col cuore afflit-
tissimo di lasciare i nostri cari fra i ceppi Nonpcr^
der speranza, ci rivedremo un (jiorno. ( Le directeur de
^36 IMKMOIHKS
la police nous a annoncé noire grâce : ce soir nous quil- Icrons Spielbcrp le cœur plein de tristesse de vous y laisser , ù rlicrs amis ! JN'e perdez pas Tespérance, nous nous reverrons un jour. ) « Dieu soit Léni , Fuécriai-jc
dès les premiers mois, eux aussi sont délivrés!
Encore (piehpies mois de prison, et les infortunés auraient ce>sé d'exister ! Ali I quelle joie de les savoir
libres I... »
ÎMais à ce premier mouvement de bonheur vint se mêler bientôt un sciilinK ni de tri:slesse ins()iié par la réflexion que je n'élais pas compris dans cette grùcc malgré le rajjporl des oculisles.
« C'en est donc fait , dis-je à Confalonieri , il est écrit dans le ciel que je perdrai la vue en prison , (juc j'y liiourrai !... Puisque l'empereur ne ma pas compris dans cette mesure, c'est qu'il veut me garder à Spielberg des années encore, et alors... IMais ne songeons qu'à notre Pellico , si usé par la soufl'rancc, à cet infortuné IMaroneelIi, si cruellement mutilé... Ah ! que de larmes les pauvres mères vont verser en revoyant leurs fds si défaits, si souffrans !... Ilélas I ce n'est qu'ainsi que Spielberg rend ses victimes I »
En parlant de la sorte, j'avais pris une épingle et je me mis à piquer quelques mots sur un morceau de papier gris dans l'espoir que Caliban pourrait encore le remettre à Pellico. Je le priais, ainsi que Olaroncelli , de faire savoir à ma sœur que nous nous étions connus, aimés..... soutenus réciproquement dans les cachots de Spielberg de l'assurer que j'avais bon courage !...
Toujours aussi adroit que dévoué , notre galérien s'empara du billet et le remit fidèlement. Vers le soir , le directeur de la police vint chercher les graciés, donl nous distinguâmes les pas dans le corridor jusqu'au mo-
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nicnl où le Ruichcl principal sorofcrnia sur eux... ÎMon cœur alors se serra el mes larmes coulèrent longU'ini)» encore avanl que le sommeil vînl me faire oublier tous mes maux.
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La liborlé de Pellico fut un sujcl de joie pour tous , mais c'olail aussi une porle sensible dont nous sentions chaque jour retendue. Bien que noire correspondance eût été presque abandonnée dans les dernières années , par suite de la surveillance toujours plus active des autorités et du dénùinenl de tout ce qu'il faut pour écrire, nous n'en avions pas moins conservé la douce habitude de nous envoyer quelques lignes diffîciles à tracer , il est \rai , mais qui suffisaient pourtant pour exprimer nos sentimens réciproques et nous encourager muluellemcnt ; nous pouvions aussi nous apercevoir de loin chaque dimanche à l'église , nous faire quelques signes d'amitié... et lorsque, au retour de la messe, nous nous disions que notre Pellico semblait moins faible, I\Jaroncelli moins souffrant , nous en éprouvions une consolation dont nous comprîmes mieux toute la douceur lorsque nous en fûmes privés le dimanche suivant en ne les voyant plus à leur place accoutumée... Nous étions heureux, Confalonieri et moi, de la délivrance de Pellico, mais il nous manquait et nous sentions sans nous le dire que notre captivité s'était resserrée plus encore depuis que nous l'avions perdu I... C'est qu'un seul mot de cet ami si cher était un baume pour nos cœurs lorsqu'ils succombaient sous leurs peines ; c'est que son âme exhalait un parfum d'indulgence, d'amour, de charité qui se révélait dans chacune de ses actions, et que son ange-
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liquc palioncc (>lail pour nous une conslanlc cl salulairc cxhoiialion t"! suppoilcr avec ré.sigualion les jours mauvais que la Vrovidonce nous envoyait. Eslimé , chéri do tous ses compagnons crinforluiie , il ne laissa parmi eux que des rogrels et des bénédictions!...
La visite des oculistes et leurs rapports n'ayant apporté aucun cliangement i\ mon sort , je me regardai comme entièrement sacrifié... Les douleurs de mes yeux en augmentèrent et ma santé s'en altéra. Accablé par les malheurs de ma famille, en proie aux plus sombres alarmes, je me plaignais un jour avec amertume de ma cruelle deslinée à l'ecclésiastique qui avait remplacé lo digne Wrba. « L'existence qui m'est réservée m'effraie, lui dis-jc... Je préférerais la mort à la perle de la vue!... Et ce malheur m'arrivera si Ton ne m'accorde aucun soulagement... J'es{)érais que l'empereur aurait quel([ue pillé de ma Iriste po^ilion , mais je ne vois que trop (jnil en sera de mes yeux comme de la jambe do
Maroncelli l'ordre viendra d'en avoir soin quand lo
mal sera sans remède. «
Le père Ziack tâchait d'expliquer le retard en me
disant que l'empereur ignorait peut-èlie mon élat
((Non, monsieur Tabbé , non, il ne Fignore pas
tout ce qui nous concerne lui est connu. Ne reçoit-il pas des rapports quolidiens sur notre posilion ? Ne s'adressct-on pas à lui pour la chose la plus insignifiante ?... N'at-il pas fallu un décret impérial pour conserver à Tun de nos compagnons un pauvre petit passereau qui était
venu par un temps froid se réfugier dans la prison ?
— Mais que soycz-yous, reprit le père Ziack, s'il n'y a pas quelque grand événement en Europe qui préoccupe le souverain ? Votre pays est sujet à tant de secousses , à tant de révolutions I — Serait-il arrivé qu.clquc changement en France ? »
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Lo \n'vc Ziack sourit: (c Les Fi;ui(;ais oui la lOlecliau- (lo ; ilï ne soul jamais coulcns, vous le savez , de ceux qui les gouvernenl... un rien les niel en éincule.,. »
IMa curiosilé élail au comble. « Enfin, monsieur l'abbé, que s'esl-il donc passé? — Desévéncmens fort graves el plus que suflisans, je vous assure , pour détourner Tattenlion de l'empereur des prisonniers du Spiclbcrg. Pellico el Maroncelli onl été bien heureux!... »
El quelque instance que je fisse , le père Ziack fil la sourde oreille el s'en linl là.
IMais quel était cet événement? qu'arrivait- il en France? Voilà ce que nous nous demandions cent fois le jour et ce que nous apprîmes fort imparfaitement en interrogeant adroitement nos gardiens , dont nous parvînmes seulement à savoir qu'une grande révolution avait éclaté en France et qu'on parlait déjà de lever la landwehr dans les Etals autrichiens.
Je laisse à penser à quelle foule de conjectures nous nous abandonnâmes... Le secret que l'on observait à no- Ire égard était trop sévèrement exigé pour qu'on ne redoublât pas de surveillance en pareille circonstance : les gardiens ordinaires furent changés et tout ce que nous retirâmes de celle demi-lumière fut la persuasion que Tcmpereur François devait être extrêmement mécontent de ce qui s'était passé et la certitude que le Spielberg élail fermé pour nous aussi longtemps qu'il existerait.
Les oculistes ayant particulièrement recommandé qu'on me fît avant tout prendre l'air, l'empereur ordonna quelques heures de plate- forme de plus pour le prisonnier Andryane, et vers la fin du mois d'août l'on m'accorda, comme on l'avait fait à Pellico et à Maroncelli, la permission de rester sur celte plate-forme quand les autres prisonniers ne s'y promèneraient plus ; les dimanches mêmes n'en furent pas exceptés. Celle faveur ne
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sV'lcndil malliciireusGincnl ijus î\ mon pauvre Canfalonicri.
J'élais Irop affaibli do corps cl d'esprit pour resscnlir d'abord les salutaires elTels de ces i)runienades : j'y venais... mais trisletuent , mais à conlrc-cœur , parce que j'y venais seul, cl ce ne fui qu'au bout de qucbiues jours sculeuicnl que je comuien(;ai à trouver quelque charme cl quelque soulaj^emenl h respirer l'air pur de la montagne , ;\ suivre longtemps les nuages dans les cieux
llélas! quels funestes changemens la captivité n'availellc pas produits en moi!... Les idées, les images, les souvenirs, qui dans les premières années se seraient présentés en foule à mon imagination à la vue d'un soleil couchant ou des riches moissons qu'on rcnlrail alors dans la campagne , ne naissaient maintenant qu'avec peine dans mon esprit, qui me semblait condamné pour toujours ù la divagation , à la slérililé... el j'en éprouvais une douleur profonde!... douleur qui devenait plus poignante encore lorsqu'on jetant les yeux sur le paysage , sur les collines , sur la vallée , je m'efforçais en vain d'y distinguer les mômes beautés que j'avais tant de fois admirées à mon arrivée à Spielberg.
« Tout s'éleinl , tout meurt en moi, pensais-je avec amertume... la lumière du jour, celle de l'intelligence , me seront ravies en même temps, et je ne serai plus ,
comme dit Milton , que le donjon de moi-même ! »
Alors j'allais m'asseoir du côté de l'église sur un banc d'où l'on ne pouvait rien découvrir, et la lôte cachée dans mes mains, j'y pleurais sur moi-môme jusqu'à ce que le retentissement de l'horloge, le vol d'une hirondelle ou le frémissement des feuilles , en changeant mes idées, vinssent rappeler à mon cœur les années de ma joyeuse enfance et ces bords chéris du lac où j'allais rêver le bonheur.