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Moniteur du 15 mai

464 CHAPITRE- DOUZIÈME (l849).

se laissant aller à un ressentiment peu réfléchi, votèrent avec la gauche. C'était un échec sans exemple, je crois, dans nos assemblées et qui ne laissait plus à }A. Faucher d'autre parti à prendre que celui d'une retraite immédiate. Il le prit avec empressement et dignité.

Encouragée par ce succès inattendu, la gauche renouvela ses attaques sous toutes les formes. On eût dit qu'elle avait pris pour devise ce proverbe oriental: « Un fou peut faire plus de questions en une heure qu'un sage ne peut faire de réponses en un an. » Je devins, après M. Faucher, l'objet spécial de son animosité. Dans la séance du 24 mai, M. Ledru-RoUin, tout en adressant des paroles fort dures à M. Odilon Barrot, affecta de louer sa vieille probité. Je l'interrompis pour lui demander s'il excluait de cet éloge les autres ministres, puis je montai à la tribune pour lui répondre.

Ma réplique donna librement cours à mon indignation et provoqua les plus violentes représailles. Une longue séance n'y suffit pas. Celle du lendemain me fut encore consacrée. Cet acharnement contre moi fut une grande maladresse, car il fit perdre de vue à nos adversaires leur but principal, la mise en accusation du président de la république et l'appel à sa barre du général Changarnier, accusé de complicité dans un complot de coup d'État. Quand la gauche s'aperçut enfin qu'elle faisait fausse route, il était trop tard. Sa dernière heure avait sonné, et déjà les élus à l'Assemblée législative, animés d'un esprit tout contraire, encombraient les couloirs et n'avaient plus

que quelques heures à attendre pour siéger régulièrement sur leurs bancs.

C'était un instructif et curieux: spectacle! Jamais le gouvernement invisible de l'opinion publique sur les événements et sur les hommes, jamais celte force morale, que personne ne commande et dont personne ne peut se passer, n'avait remporté une plus étonnante victoire. Nul n'était armé du droit d'indiquer, et encore moins d'imposer à l'Assemblée le jour de sa retraite. Elle avait très grande envie de vivre et de compléter son œuvre qu'elle sentait inachevée ; elle avait très grande envie de lutter contre l'élu du Dix-Décembre et de le renverser, si elle ne pouvait parvenir à le séparer de son ministère; et pourtant, avant même d'avoir terminé le treizième mois de son existence, elle sentit qu'elle flottait et s'abîmait dans le vide. Elle eut le courage de le constater loyalement et légalement; mais son courage s'épuisa dans ce grand effort ; elle n'en eut plus assez pour bien mourir. Elle avait reçu un noble exemple du général Gavaignac, elle ne sut point l'imiter ; ses derniers jours se dépensèrent en vaines clameurs, en tentatives désespérées, cherchant à tout prix l'occasion d'un appel aux armes, qu'elle ne sut même pas faire retentir <à temps et qui vint saisir l'Assemblée législative à son début, comme le testament et l'écho posthume de l'Assemblée disparue.

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