‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 36 sur 59 · MOTU-PROPRIO. — MALADIE. — DÉMISSION · texte numérisé non relu

MOTU-PROPRIO. — MALADIE. — DÉMISSION

L'insurrection du 13 juin, quelle qu'eût été la rapidité de sa répression en province comme à Paris, laissa cependant une longue trace derrière elle et contraignit l'Assemblée Législative à dévier temporairement de la ligne qu'elle se proposait de suivre sans diversion. Sortie d'un mouvement d'opinion très prononcé, cette Assemblée avait hâte de ramener dans la politique une activité généreuse. Au lieu de cela, elle fut condamnée à recommencer, avec perte de temps et perte de force, les luttes stériles et quotidiennes de sa devancière. Plus la Montagne se sentait en minorité et impuissante à obtenir des succès de vote, plus elle affectait une attitude provocante. Ne pouvant dominer les délibérations, elle résolut du moins de les entraver. Désespérant de ressaisir légalement le pouvoir, elle voulut le paralyser et multiplia ses efforts pour aigrir et troubler cette portion flottante du pays que

508 CliÂIMTRE QUATORZIÈME (1849).

ia majorité voulait ramener au calme et réconcilier avec la raison. Cette majorité comprit bien le péril de sa situation, mais il ne dépendit pas d'elle de s'y soustraire et de se dérober aux discordes civiles pour se consacrer exclusivement aux questions sérieusement populaires.

L'homme qui persunnifia le mieux ces tendances fut M. de Melun. Jeune encore, il paraissait pour la première fois dans nos Assemblées délibérantes. Issu d'une illustre maison dont la bienfaisance avait laissé des monuments impérissables, dépouillé de la grande fortune de ses ancêtres, héritier seulement de leur cœur et de leur foi, M. de Melun, avant d'entrer dans la carrière politique, avait déjà mis dans sa vie plus d'oeuvres et plus de bienfaits que ne songeaient à le faire les hommes d'État ses contemporains. Il avait lutté, sans relâche, contre les préjugés des routines administratives. Plus d'une fois, il avait fait percer, à travers leur épaisseur, quelques rayons de lumière évangélique. Tantôt avec le secours du gouvernement, tantôt sans lui ou malgré lui, il avait fondé plusieurs des institutions charitables qui font le plus de bien et le plus d'honneur à Paris. Quand il ne créait pas, il améliorait. Quand il n'exécutait pas, il stimulait. Là où il avait été devancé, il mettait toute son ardeur à servir les fondations d'autrui. Il puisait dans son désintéressement un si grand art de persuasion, qu'il était devenu, en peu d'années, l'instigateur d'un vaste mouvement auquel il dut consacrer bientôt un organe spécial dans la presse : Les Annales de la Charité» La Bre-

ASSISTANCE PUBLIQUE. im

tagne, étonnée qu'il ne fût pas un de ses enfants, l'adopta et l'envoya à l'Assemblée législative.

M. de Melun vit dans ce mandat, non une transformation de sa vie, mais une heureuse occasion de l'agrandir. Ne contractant d'alliance politique avec aucune fraction de l'Assemblée, nouant avec chacune d'elles des intelligences secourables, il chercha sur tous les bancs des affinités secrètes au bien, comme il les avait cherchées jusqu'alors du quartier de la Bourse au faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Germain au faubourg Saint-Antoine. L'article 13 de la Constitution prescrivait au gouvernement et à l'Assemblée l'étude et la solution des problèmes qui intéressaient l'assistance publique. Cet article, selon le sens qu'on lui prêtait, était gros d'orages ou d'apaisement. L'Assemblée pensa, avec M. de Melun , qu'en cela comme en tant d'autres choses, le plus sûr moyen d'écarter les chimères et de conjurer les périls, était de pourvoir aux réalisations efficaces. Une première réunion, à cet etîet, et je m'en honore, eut lieu dans mon salon du ministère de l'Instruction publique; et il est curieux de mettre en regard de la journée du 13 juin le tableau du travail, tristement interrompu, que s'était fixé l'Assemblée pour ce jour-là.

Page 1