ORDRE DU JOUR DU MERCREDI 13 JUIN
A 1 heure : réunion dans les bureaux. — Nomination d'ime Commission de 15 membres pour l'examen de la proposition relative à la crêalion d'une caisse gé-
nérale de retenues et de pensions, et à l'institution de sociétés de secours mutuels.
Examen de la j^roposition tendant à nommer ime Commission chargée de préparer et d'examiner les lois nécessaires à r application de l'article 1S de la Constitution...
Cette dernière proposition, forcément ajournée par la tentative révolutionnaire du 13 juin, ne fut point abandonnée par M. de Melun, qui la représenta aussitôt que le calme fut rendu à nos délibérations.
La société moderne, qu'on a tant accusée d'égoïsme, n'en est pas plus coupable que ne l'était la société ancienne. La société ancienne a débuté et a vécu par de grandes fondations sur lesquelles se sont successivement et lentement grelTés des abus. La société moderne se débat pour innover; elle lutte contre des obstacles nouveaux, résultat d'une organisation nouvelle. 11 fallait accorder à la société ancienne le temps de se réformer; il faut accorder cà la société nouvelle le temps de se reconnaitre et de se constituer. La division dans la propriété, la libre concurrence dans l'industrie ont trop d'avantages pour ne pas porter en elles-môines leurs inconvénients. A ces inévitables inconvénients, qu'on ajoute la brusque destruction des fondations religieuses, la suppression des institutions monastiques, et l'on reconnaîtra qu'une société, sécularisée à ce point, prend à sa charge une incalculable responsabilité envers les classes laborieuses. Pendant que l'individu se voue tout entier à l'ardeur sans frein de l'acqui-
ASSISTANCE PUBLIQUE. IIH
silion ou du négoce, il faut que l'homme d'Kiat et riiomme d'F^glise fassent peser leur double contre- [loids du côté des déshérités et des victimes. Sans rien ô!er à la liberté, on doit donner beaucoup à la charité. Le dix-huitième siècle ne s'en aperçut pas assez, ou ne s'y appliqua pas suffisaniiiienL
La Révolution crut n'atteindre que le prêtre, en frappant l'Eglise, et ne détruire que des abus, en ordonnant des spoliations ou en abolissant des coutumes; mais plus tard, à mesure que les décombres se déblayèrent, à mesure que la société moderne se constitua, on s'aperçut que le pauvre y avait peu de place, peu de garanties, et que c'était lui qui se trouvait nu, parce que d'autres avaient été dépouillés.
Quand, après les guerres de la Révolution et de l'Empire, la paix et la liberté eurent rendu au pays le loisir et le devoir de sonder ses plaies, la vieille bourgeoisie française, si profondément chrétienne et si naturellement aumônière, se scinda; les uns continuèrent à redouter, par-dessus tout, le retour de la dîme et les entraves commerciales de la vieille corporation ouvrière ; les autres, avocats, écrivains, médecins, négociants, sentirent le péril et s'en émurent. Ils créèrent des caisses d'épargne, des sociétés de patronage, des conférences de Saint Vincent de Paul, des salles d'asile.
Tout ce mouvement était en activité et en progrès, lorsque la révolution de 1848 éclata. — 1789 avait rudement averti le gentilhomme par le bourgeois; 1848 avertit rudement le bourgeois par l'ouvrier. Il s'agissait doûc désormais d'abolir toutes ces classiOcu-
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tions et d'éclairer, de rapprocher, dans une œuvre commune, ouvriers, nobles et bourgeois. C'était la tâche de tout gouvernement intelligent et de toute Assemblée réparatrice. L'Assemblée de 1849 était impatiente de s'y livrer. Dès le 23 juin, M. de Meluu parut à la tribune. Rapporteur de la Commission, dite de l'article 13, il concluait en ces termes :
«Nous avons pensé, d'un commun accord, que l'Assemblée devait mettre au rang de ses travaux de^ prédilection la poursuite énergique et persévérante de tout ce qui tend à prévenir ou à diminuer la misère des populations laborieuses de nos villes et de nos campagnes. L'abandon, la faiblesse, les difficultés et les privations qui naissent de l'absence ou de l'excès de travail nous ont paru des titres sacrés à l'attention du législateur. »
Parlant au nom même des ouvriers qu'il connaissait si bien, M. de Melun ajoutait :
(( Ils savent, comme nous, que Dieu n'a pas mis la souffrance aux ordres de l'humanité, et qu'il ne dépend d'aucune forme de gouvernement ni d'aucune législature, d'exiler de la vie tous les maux qui la rendent quelquefois si amère; mais ils croient que les efforts réunis d'hommes éclairés, dévoués au bien et à la cause de ceux qui souffrent, pourront apporter quelques améliorations à leur destinée: ils ne réclament pas des remèdes fabuleux et des solutions impossibles, mais ils nous demandent d'étudier leur situation et de nous occuper de leurs maux. »
L'Assemblée était convaincue et impatiente d'agir.