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derniers pour une organisation générale, dont il eût donné le plan à titre de régulateur de la France; c'était le nom significatif que les amis intimes donnaient déjà tout bas au nouveau protecteur. Il fut même ({uestion, aux approches de la fête de l'Être suprême, d'appeler à Paris tous les évéques constitutionnels , afin de s'entendre avec eux sur la nouvelle forme religieuse proclamée par Robespierre et qui devait servir désormais de base au mouvement révolutionnaire,
£n essayant de lier ainsi l'action politique à celle du rationalisme symbolisé dont il avait fait une religion, le nouveau Cromwell devenait^en^ffet une sorte de pape, réunissant dans sa personne deux caractères et deux autorités.
Or, un pareil espoir devait lui sourire plus qu'aucun autre ; il y avait toujours eu du prêtre dans cet homme qui n'avait été fort que par la patience, la ruse et la continuité.
Il savait d'ailleurs qu'une société ne pouvait se maintenir sans règle morale et qu'il
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en existait deux bien distinctes : la règle chrétienne encore puissante sur le plus grand nombre, et la règle naturelle, adoptée par cette portion de la nation plus instruite, sinon plus éclairée , qui avait accepté l'héritage philosophique du dix-huitième siècle ; ce fut à concilier ces deux règles qu'il employa tous ses efforts. Son discours sur les rapports des idées religietises et morales avec les principes républicains, révéla complètement sa pensée à cet égard.
Il y fit sentir vivement la nécessité d'une croyance à laquelle fussent liés u les motifs « des devoirs et les bases de la moralité, »
et déclara qu'en touchant avec trop peu de prudence et de délicatesse à la religion du peuple, on l'avait perverti.
C'était là un langage nouveau, sans doute, et qui dut singulièrement déconcerter les élèves de Marat et d'Hébert. Us sentirent alors qu'ils s'étaient trompés sur le compte de Robespierre.
Celui-ci réclama bientôt l'épuration du comité de salut public et la punition des fonctionnaires qui avaient abusé de leur au-
d'un sahs-cclotte bas breton. if
torité; c*était demander leur condamnation à tous. Zes révolutionnaires dans le sens du crime, comme les appelait Saint-Just, virent que la chute du chef était désormais leur seule chance de salut; ils se réunirent pour ramener.
Rob€i3pierre découvrit le complot ; mais ses récents ennemis étaient , malheureusement, ses anciens partisans; toutes leurs iniquités avaient été commises en son nom ; il en restait plus chargé qu'eux-mêmes , et les honnêtes gens firent avec les conspirateurs cause commune contre lui. Il comprit tellement le danger de cette position qu'il voulut s'en expliquer publiquement.
« Les infâmes disciples d'Hébert, s'écria- « t-il à la tribune , ont dit aux nobles en u parlant de moi : C'est lui seul qui vous « a proscrits ; aux patriotes : Il veut sauu ver les nobles; aux prêtres : Sans lui 4( vous seriez paisibles et triomphants ; aux <t républicains persécutés : C'est lui qui <c ordonne de vous poursuivre, ou ne veut «( pas l'empêcher. Ils m'ont ainsi renvoyé u toutes les plaintes dont je ne pouvais faire
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« cesser les causes, en disant : Votre sort « dépend de lui ; et maintenant ils m*apti pellent tyran ! »
Ces reproches étaient vrais au fond, mais le préjugé public était plus fort que toutes les apologies. Robespierre avait proclamé le culte de la terreur et s'en était déclaré pour ainsi dire le grand prêtre ; on ne chercha point si ses intentions avaient été méeonnnes ou exagérées ; toute la haine de cette longue douleur lui revint , et le neuf thermidor fut accueilli par des acclamations unanimes.
Ainsi, pour Robespierre comme pour beaucoup d'autres , le préjugé populaire a prévalu sur la vérité , et son nom semble destiné à conserver longtemps encore, sinon toujours , une célébrité injurieuse ! Cependant il restera constant pour ceux qui regardent au fond des choses, que Robespierre fut le moins inique et le plus intelligent des terroristes ; que les dépravations effrontées du sanS'Culottisme l'eurent constamment pour ennemi, et qu'il succomba, non par ses excès révolutionnaires, mais pour avoir voulu les arrêter.
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Du reste, cette révolte des ccmventjonnels les plus corrompus contre les tendances réorganisatrices de Robespierre, n'eut point le résultat que les conjurés en avaient attendu. Ils s'étaient levés au nom de Thumanité méconnue et des droits violés ; la France les prit au mot et consfisqua à son profit une victoire que la plupart n'avaient cherchée que dans l'intérêt de leurs vices. En les acceptant pour honnêtes gens on les força presque à le devenir ; ils n'osèrent point retourner ouvertement au mal, l'on vit succéder aux crimes publics qui avaient désolé la France, la corruption plus dangereuse peutêtre du Directoire.
On nous pardonnera ces observations générales, qui nous ont semblé nécessaires pour bien faire comprendre ce qui va suivre : nous revenons à notre récit.
Parmi toutes les provinces ravagées par la terreur, aucune ne devait être plus cruellement éprouvée que la Bretagne. Là, tout se réunissait, en effet, pour justifier en quelque sorte Femportement de la répression. Les fédéralistes venaient à peine de
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déposer les armes , les corvettes anglaises , croisant à Thorizon , jetaient, presque chaque soir , sur nos côtes , des émigrés , de la poudre ou des guinées, et les armées vendéennes promenaient leur drapeau blanc le long des marches bretonnes, en appelant les campagnes à la révolte. €e fut dans ces circonstances extrêmes que les représentants , chargés par la Montagne d'activer le mouvement révolutionnaire, arrivèrent en Bretagne.
Leur premier soin fut de régénérer les clubs et lés comités de surveillance. Tous les citoyens soupçonnés de modérantisme en furent chassés. On attenta à la liberté de chacun , au nom de la liberté générale ; la propriété individuelle fut violée dans Tintérét de tous; et la république devint une grande communauté, gouvernée par des inquisiteurs.
Dans chaque ville, les comités de surveillance réglaient, d'après la loi du maximum^ le prix du pain, sa composition, la quantité que chaque citoyen pouvait en acheter. Une commission des recherches avait été insti-
D'in 8âNS-CUL0TT£ Bas BRETO?!. IS
tuée pour dresser des listes de suspects !... Qui ne Feùt point été dans un pa^s de nobles, de prêtres, de fédéralistes? Les prisons se remplirent en quelques jours ; tout devient accusation suffisante pour des hommes prévenus. Écoutez plutôt le relevé des registres d'écrou.
Marie-Anne-Rose Pontho, babillarde, recherchant les personnes de sa caste :
Suspecte !
Marie -Anne Saliou , femme GresoUes , n*ayant manifesté en public aucune opinion sur les principaux événements de la révolution :
Suspecte !
Marie-Gabrielle Kergrist , aussi spirituelle que son mari est simple :
Suspecte !
Thérèse Jehan , femme Hingant , en correspondance avec son mari , émigré :
Suspecte !
£t nous pourrions écrire ainsi dix mille noms, car nos terroristes de village ne manquaient jamais de causes pour emprisonner, Vous aviez gardé dans votre grenier des
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titres qui auraient du être brûlés; votre caractère et vos relations étaient inconnus ; votre fils était absent, on pouvait le supposer émigré; vous aviez vécu avec des parents qui n'étaient point dans les bons principes :
Suspects.
Quelquefois Faccasation était si grotesque , que Ton pourrait la croire aujourd'hui formulée à dessein par un aristocrate malicieux.
Ainsi le comité de Josselin, en dénonçant le cultivateur Grandière, ajoute :
« C'est un de ces richards qui ont pluie sieurs fermiers qui leur payent en grains « le prix de leur fermage. £t que fait-il de « ces grains ? il les emmagasine et les disic tribue pour des écus à des gens qui pentt sent et agissent comme lui '. n
Étrange crime! dira-t-on sans doute en lisant ces accusations , qui excitent aujourd'hui le rire et l'indignation;... et cependant il ne faut point s'y tromper ; à part
I Voyet rniitoire de la Révolution dans lei département* de Panoienne Bretagne, par X. du Cbatellier.