‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 20 sur 86 · MON ENTRÉE A CHARENTON · texte numérisé non relu

MON ENTRÉE A CHARENTON

demander, quitte à se renseigner par moi-même, en route !

Voyant que je me taisais, il reprit :

— Vous croyez aux tables tournantes?

— Certainement.

— Je n’y crois pas; c’est une flouerie.

— Une flouerie?.... Est-ce donc pour me conduire chez le juge d’instruction que vous m’enlevez de vive force, monsieur ?

— Chez le juge d’instruction?

— Sans doute ; une flouerie est une escroquerie, une tromperie, et tout délit ressort du juge d’instruction.... Comment donc, si les tables ne tournent pas, y a-t-il des personnes que ce phénomène rend folles ?

Il me regarda avec une certaine hésitation, puis me dit :

— Veuillez remettre votre clé à M. le commissaire de police.

— Où est-il ?

Il m’indiqua son portefaix.

— Monsieur n'est pas le commissaire de police.

— C’est son adjoint.

— Non pas; je le connais.

— Son porte-note.

— Dites donc votre commissionnaire, monsieur, et n’en parlons plus.

— On a besoin de votre clé pour vous déménager; veuillez me la remettre, car votre appartement est loué

pour octobre, et les concierges vont enlever vos meubles immédiatement.

— On n’enlèvera rien du tout, monsieur, car l’appartement est à moi jusqu’en janvier; je n’ai ni donné ni reçu congé, et nul n’a le droit d’entrer chez moi ni de toucher à ce qui m’appartient sans ma permission. Cet appartement ne peut donc avoir été loué à mon insu.

Tout à coup, la voiture s’arrêta.... Nous étions à Conflans.

Grand fut mon étonnement, je l’avoue. On m’avait bien avertie que j’irais à Charenton, mais on ne m’avait par parlé de Conllans.

Or, il y avait alors au couvent de Conflans une petite fille de six ans qui y avait été placée par Msr Léon Sibour, évêque de Tripoli, que Mme Barat, supérieure générale et fondatrice de l’ordre du Sacré-Cœur, avait adoptée, dont Mlle de Joubert, cousine de la famille Benoit d’Azy, et moi, étions chargées. Je devais même être la marraine de cet enfant ; mais des circonstances imprévues l’avaient fait baptiser à mon insu.

Dès que je vis où nous étions, je fis un mouvement pour me lever, en remerciant M. le baron de m’avoir préparé une semblable surprise, car j’allais très-rarement à Conflans.

Il sauta vivement de la voiture et alla parler au cocher qui, ne comprenant pas bien, fit le tour du couvent et s’arrêta à la porte de la cour.

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