‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 29 sur 86 · CHARENTON · texte numérisé non relu

CHARENTON

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Je vous engage à ne pas tarder de prendre cette détermination, car il y a urgence sous tous les rapports.

Pelletan de Kikkelik.

Je mets en regard de cette lettre le passage de la déposition faite par le docteur Pelletan au commissaire de police chargé de l’enquête ministérielle de 1869 :

Autrefois, par mes relations avec le journal la Presse, je connaissais M. Rouy, qui en était le gérant, et c’est ainsi qu'un jour de l'année 1854, il me fit part du triste état où se trouvait la demoiselle Hersilie, alors domiciliée rue de Penthièvre, dont les allures étranges avaient, paraît-il, inspiré des inquiétudes pour leur sécurité à tous les locataires de la maison, à tel point que le propriétaire était venu le prier de prendre à l'égard de cette demoiselle une mesure de précaution pour elle et pour les autres.

J'allai donc pour la voir ; mais n’ayant pu obtenir aucune réponse, j’allai trouver le commissaire de police dont le bureau était dans le voisinage ; la demoiselle Rouy n'avait pas paru depuis deux jours.

Nous fûmes obligés de faire ouvrir la porte, et nous trouvâmes la demoiselle Hersilie en état d’extase dans une chambre tendue de noir, ayant au fond une sorte d'autel et des flambeaux dans lesquels brûlaient des bougies qui éclairaient de petites boites ayant l'apparence de cercueils.

Nous vîmes bientôt, à l'incohérence de ses discours, qu’elle ne jouissait pas de sa raison, et à la demande même du commissaire de police, qui me fit assister d’un de ses employés, je la conduisis à la maison de Charenton, dans ma propre voiture, en lui disant que je la menais auprès d’une de ses amies, religieuse à Conflans, qu'elle manifestait le désir d'aller voir.

Le commissaire de police, M. Stropé, était mort lors

de l’enquête ; mais ses registres ne portent aucune trace de cette fantasmagorie, dont il eût dû dresser procès-verbal.

Le lecteur est assez éclairé par ce qui précède pour faire lui-même justice de cette accumulation de mensonges et n’en retenir qu’une chose : c’est que, de son aveu même, le docteur Pelletan ne m’a vue que le jour où il m’a enlevée.

Jamais, avant 1869, il n’avait été question de cercueils, sinon dans les frayeurs de la femme Nicolle.

Cependant M. Pelletan ayant rendu compte à mon frère de la façon dont il avait accompli sa mission, il devait être aisé de voir si les deux déclarations concordaient.

Il écrit, le 9 septembre 1854, à M. Henri Rouy :

Mon cher Monsieur,

J’écris à votre père pour lui dire que tout est terminé : j'ai accompli hier la mission dont il m’avait chargé. Pour les détails, vous pouvez briser le cachet.

Si vous le voyez demain, veuillez lui remettre tout ce que je vous envoie pour lui. Je viendrai lundi chez vous savoir le résultat de ce qu’il aura décidé.

Tout à vous.

Pelletan de K. . .

Je voudrais bien savoir ce que M. Pelletan a fait remettre à M. Rouy. Est-ce ma correspondance, ma montre, mes bijoux, mon argenterie? Il m’avait demandé ma clé ; je la lui avais refusée net. Maison s’en

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