CH AP. VI. — DE CHARENTON A LA SALPÊTRIÈRE
Tout ce qui n’est pas en italiques est imprimé sur le certificat. L’appréciation médicale est donc la même pour tous.
Nous restâmes enfermées dans le cabanon jusqu’à quatre heures. Alors on nous fit monter de nouveau dans la voiture cellulaire, et nous arrivâmes, toutes à reculons, à la Salpêtrière.
J’étais à bout de forces, ayant été obligée de me tenir accroupie, les coudes sur la banquette, parce qu’il m’est impossible d’aller à reculons, et je me demande encore pourquoi on fait subir cette douleur inutile à de pauvres gens qui ne peuvent rien voir, puisqu’on y est absolument dans une boite ?. . . .
On nous fit entrer dans uûe pièce où étaient deux individus assis chacun devant un bureau, et trois ou quatre gardiennes qui riaient avec eux.
Mme R... fut à peine entrée qu’elle disparut, celui qui nous conduisait ayant remis ses papiers en arrivant, et une des gardiennes l’ayant reconnue.
Ce mot demande une explication ; la voici :
Il y a plusieurs sections et plusieurs médecins à la Salpêtrière.
Chaque section est un asile complet, tout à fait étranger à la section voisine.
Chaque médecin a son service particulier.
Quand une malade a été dans un service, elle rentre dans ce même service, de droit.
On ne peut la changer de section que sur la de-
mande, soit de la malade, soit du médecin, et avec l’autorisation du directeur, sur un ordre du bureau, absolument comme si on la changeait de département ou d’asile.
L’épileptique fut envoyée je ne sais où.
Restaient les deux idiotes, aussi sales, aussi abruties l’une que l’autre.
Grand était l’embarras des employés chargés de leur assigner un gîte, car il fallait au moins savoir leur nom, pour les inscrire. Aucune des deux ne répondait à l’appel.
Alors on leur appliqua les noms au hasard, et justement on se trompa. On voulut envoyer l’une sous le nom de l’autre.
Le surveillant de la préfecture de police, en les faisant entrer dans le cabanon, les ayant annoncées à haute voix, j’avais retenu les noms et les figures auxquelles ils s’adaptaient.
Je m’empressai donc de rectifier l’erreur commise, erreur qui, sans doute, n’aurait été d’aucune importance pour ces pauvres femmes, mais qui pourtant n’en aurait pas moins été une substitution de personnes faite officiellement, et aurait pu avoir des conséquences graves pour les familles.
Il ne restait plus que moi.
On prit mes papiers, et on m’inscrivit ; puis, en donnant ma carte à la gardienne, on lui dit •
— Mlle Chevalier, section Trélat.