‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 38 sur 86 · CHAP. VI. — DE CHABENTON A LA SALPÊTRIÈRE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — DE CHABENTON A LA SALPÊTRIÈRE

Je regardai autour de moi, sans bouger de ma chaise, ne me doutant pas que c’était moi qui étais MUe Chevalier.

« Venez - vous, mademoiselle Chevalier ? me répéta la domestique.

— Qui donc ? Ce n’est pas moi, sans doute ; je suis Mlle Rouy, et non Chevalier.

— Allons, bon ! fît le chef de bureau.

— Venez tout de même, me dit la fille.

— Allez , mademoiselle Chevalier-Rouy, me dit notre conducteur.

— Mais je ne suis pas Mlle Chevalier ; il y a erreur.

— Vous expliquerez cela à M. le docteur et à l’employé qui ira vous interroger ; nous ne pouvons vous donner que le nom sous lequel on vous amène, » conclut le chef de bureau.

Us se regardèrent les uns les autres ; mais M. Constant (le conducteur) leur fît un signe qui voulait dire : « U y a quelque chose. »

J’avais protesté, et comme je ne pouvais faire plus, je suivis la gardienne, qui n’eut, bien entendu, rien de plus pressé que de raconter les choses.

Comme, au résumé, j’Mvais deux noms, les unes m’appelèrent Chevalier, les autres Rouy, et depuis ce moment ces deux malheureux noms, qui n’étaient pas plus justifiés l’un que l’autre pour l’administration, furent un sujet de réclamations, de discussions, de doute qui embrouilla si bien tout le monde, qu’on finit

par ne plus savoir du tout qui je pouvais être, ni quel était mon vrai nom.

Ce que je dis là doit certainement paraître tout à fait invraisemblable et imaginaire, car enfin nous étions à Paris ; je ne tombais pas des nues. La seule chose à faire était de m’interroger, d’aller où j’indiquais prendre

des renseignements, des preuves et des témoins

Malheureusement, là comme à Charenton, on ne tient aucun compte de ce que disent les recluses.

Quinze jours ou trois semaines après mon arrivée, il vint bien un jeune homme me demander « qui j’étais. » Je lui dis que l’administration avait mes papiers. Je croyais qu’ils m’avaient suivie, et c’est par cet employé que j’appris qu’ils étaient restés à Charenton.

Je le priai donc de les y aller réclamer.

Le fit-il? Je n’en sais rien, car je n’entendis plus parler de lui du tout, tant que je restai dans le service du docteur Trélat.

La loi (avec laquelle il y a des accommodements), exige que le médecin qui reçoit les malades à Paris, dans un établissement public ou privé, envoie au préfet de police son certificat immédiat dans les vingt-quatre heures, et un autre quinze jdurs plus tard.

Les voici tous les deux :

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