CHAPITRE PREMIER
Abrégé de ma vie.
Je suis née à Milan (Italie), le 14 avril 1814.
Le nom de Rouy et le titre de fille légitime du second lit de M. l’astronome Charles Rouy me sont conférés par des actes civil et religieux enregistrés sur le livre de l’état civil et sur celui de la paroisse Saint-Thomas de Milan. •
Tous les actes de mes frères et sœurs sont semblables aux miens.
Mon frère, Louis-Ulysse, qui nous a accompagnés dans toutes nos pérégrinations, est parti peu après notre arrivée en France pour chercher fortune àRuenos-
Ayres. On a dit que le navire s’était perdu corps et biens.
Mon frère Jean-Gharles-Télémaque, né à Milan en septembre 1815, élevé jusqu’à l’âge de seize ans par une sœur de ma mère, Mme Boiteux, qui habitait Genève, était placé à Marseille dans une raffinerie. On m’a écrit que, tombé dans une cuve de sucre en ébullition, il était mort après trois jours d’horribles souffrances, le 21 octobre 1833.
Ma sœur Jeanne-Marie-Dorothée est née à Moscou, le 22 septembre 1818.
Ma sœur Constantine, née et morte à Varsovie en 1822, était filleule du grand-duc Constantin, vice-roi de Pologne et frère de l'empereur de Russie, Alexandre 1er.
Mon père avait en outre, de son premier mariage, un fils nommé Claude-Daniel.
Mon père et ma mère tenaient à Milan une institution de jeunes gens. Mon père y donnait lui-mème des leçons. Afin de faciliter les études de ses élèves, il inventa un mécanisme uranographique qui attira, dès 1812, l’attention du prince Eugène, alors vice-roi d’Italie, et de tous les savants de ce pays; ils en firent au ministre de l’intérieur un rapport si favorable qu’ordre fut donné de placer ce mécanisme dans les institutions publiques. Le grand succès qu'il obtint décida mon père à retourner en France. Il mit ce projet à exécution après la naissance de mon frère Télémaque, en 1815.