BOSCO
«... Une scène assez bizarre s'est passée sur le boulevard des Italiens, en face de la Maison d*Or. Un dandy se promenait lentement en aspirant la fumée d'un délicieux panatellas. Il était suivi d'un gros monsieur de joyeuse apparence qui, sans nulle précaution, lui enleva son foulard et le mit ostensiblement dans sa poche.
« Le dandy se retourne vivement et saisit son voleur en flagrant délit; plusieurs personnes s'avancent et confirment ses assertions. Trois sergents de ville qui passaient en ce moment s'approchent, et, sur la déclaration des assistants, s'emparent du coupable.
« Celui-ci parait fort surpris et nie énergiquement le fait dont il est accusé. Sur sa demande, on le fouille, et, à la grande surprise des nombreux témoins de cette scène, ses poches se trouvent vides. On est bien plus étonné encore lorsque le gros monsieur affirme que le foulard qu'on l'accuse d'avoir volé se trouve dans le chapeau d'un des sergents de ville qu'il désigne;
celui-ci veut se disculper, il ôte à l'instant son chapeau : qu'on juge de sa stupéfaction en y voyant le malencontreux foulard ; les rôles sont changés, et c'est l'agent de la force publique qui reste confondu. Ses caniarades s'apprêtent à l'arrêter. — Pas si vite ! dit le gros monsieur, car il faudrait vous arrêter tous les trois. Yous, dit-il à l'un, vous avez ma montre dans votre poche, et vous, dit-il à l'autre, vous avez caché ma bourse dans vos bottes. Vérification faite, ces deux assertions se trouvent vraies. Les pauvres sergents de ville demeurent atterrés. La foule s'amasse et veut leur faire un mauvais parti, quand soudain l'un d'eux regarde son accusateur et s'écrie : — Yous êtes Bosco, je vous reconnais à vos œuvres. Ce nom circule de bouche en bouche et chacun s'empresse pour contempler l'auteur de cette mystification, mais déjà l'habile magicien avait disparu et s'était escamoté lui-même sans que personne pût dire ce qu'il était devenu. »
Aventures de B. Bosco, Poitiers, imprimerie Dutré-Poitiers.