VIII AVANT-PROPOS
diesse extrême et le génie de la fantaisie, en de vertigineuses improvisations, en même temps qu'une présence d'esprit toujours sûre.
Elle fut célèbre dès le commencement de l'Empire, et Napoléon, appréciant tous les genres d'audace, jeta vers elle un regard de curiosité amusée. Sa longue existence devait être féconde en contrastes. Enfant, elle avait vu passer dans les rues voisines de la prison de la Force le tragique cortège qui promenait la tête coupée de la princesse de Lamballe; elle vécut assez pour regretter, dans le nouveau Paris du baron Haussmann, les scènes fumeuses et incommodes, mais illustres, oii elle avait paru.
Jeune femme, elle fut l'idole des soldats conquérants, qui l'appelaient d'un bout à Tautre de l'Europe, à toutes leurs fêtes, auxquelles présidait une sorte de culte du danger, et qui ne voulaient que la téméraire acrobate, aux jours de trêve où ils célébraient leurs victoires.
Plus tard, aux temps fameux de la splendeur du boulevard du Temple, elle eut un théâtre à elle, et la corde tendue sur deux chevalets vit s'envoler jusqu'aux frises les frissonnantes paillettes de sa robe légère. Puis, retour d'uue heureuse destinée! ce fut la ruine, l'obligeant à
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tenter de nouveau la forlune, en d'incessantes tournées, jusqu'à l'extrême vieillesse; et, après de longues caravanes, les réapparitions, à Paris, devant une foule surprise de la voir survivre à sa légende, admirant encore, toutefois, cette intrépidité qui avait raison de l'âge...
Tout un passé s'évoque de vie bohémienne, et ]e nom de M^^ Saqui suscite un monde disparu, oij, à l'épique de la période impériale, se mêle la falote odyssée de ces amuseurs populaires, de race vaillante, eux aussi,qui,pourrorgueil des bravos, étaient capables, comme le clown de Théodore de Banville, de sauter jusqu'aux étoiles...
Je dois exprimer mes remerciements à M^^^ Jeanne Chasles, qui a bien voulu me laisser feuilleter sa si curieuse collection d'estampes concernant la danse, et à M. Hartmann, qui m'a ouvert libéralement le véritable musée qu'il a formé, au château de Gonflans, de tous les documents iconographiques se rapportant à l'histoire de Paris. Je prie aussi MM. Lazard, sous-directeur des Archives de la Seine, Georges Vicaire, de la bibliothèque Mazarine, Glouzot, de la Bibliothèque de la ville de Paris, Paul Marion, Gust. Bord, le D^' Saqui, H. Blancard, Paul Lacombe, Maurice Quatrelle L'Épine, Desvouges, greffier de la justice de paix de Nêuilly, qui se sont intéressés à ce travail ou m'ont indiqué de précieuses sources de ren- ' seignements, d'agréer ma gratitude.