‹ Mémoires d'une danseuse de cordeChapitre 22 sur 22 · C. Louise Chevalier j veuve Lacombe · texte numérisé non relu

C. Louise Chevalier j veuve Lacombe

Le premier devoir d'un républicain est de payer exactement les contributions auxquelles il est imposé pour les besoins de la patrie. Tu es cependant de beaucoup en retard, puisque tu dois encore, pour la contribution de 179i, la somme de 32 francs.

Le District, après avoir fait afficher par toute la ville une invitation aux citoyens de payer sur-lechamp leurs impositions échues, m'enjoint, par un arrêté du 18 flo7'éal, de faire promples diligences contre ceux qui n'auraient pas satisfait cette obligation.

C'est donc pour t'éviter Tinjure des contraintes et

au percepteur le désagrément de te la faire qu'il te donn^ fraternellement ce dernier avis.

Signé: Francoetot.

M""' Le Brun, comédienne à Rennes, a perdu un de ses engagemenis précédents, dont la teneur peut être intéressante à relever, à cause de sa date; c'est un des exemples des contrats d'association, remplaçant le système des appointements :

Nous soussignés, directeurs-associés des spectacles de Clermont-Ferrand, reconnaissons avoir engagé la citoyenne Lebrun pour jouer, en qualité d'associée, les emplois suivants, savoir : les troisièmes amoureuses dans la comédie, des jeunes premières au besoin et des ingénuités, de même que des confidentes dans la tragédie; chanter aussi des troisièmes amoureuses dans Topéra-comique, paraître et chanter dans les pièces à spectacle et jouer généralement loutce qui lui sera distribué- Et ce, pour une demipart, son voyage payé aux frais de la Société ainsi que ses équipages. — Fait double entre nous, et voulons que ce présent engagement ait autant de force et de valeur que passé devant notaire.

A Paris, le 8 avril 1703. l'an H- de la République.

BONNETTY.

M*'' Marigny, qui tient en chef l'emploi des Dugazon, à Gharleville, moyennant 250 francs par mois, et qui vient descendre, à Paris, au (( Café des Rendez- vous », rue Montmartre, a eu rimprudence de perdre une lettre qui compromet un peu le citoyen Buez, député à la Convention, 24, place des Piques.

Mais, au milieu de ces noms obscurs, de ces physionomies effacées, dans lesquelles nous ne pouvons voir que des échantillons typiques du monde théâtral d'antan, voici une personnalité fameuse, celle de Glaire, dite Rose Lacombe, la présidente de la Société des femmes révolutionnaires, célèbre par ses violences, ses démêlés avec Chabot, son arrestation à la sortie du club des Jacobins, en Tan III, son emprisonnement,. ses lettres virulentes au Courrier français. C'est elle qui, dès juillet 1792, se disant, dans une étrange pétition, « née avec le courage d'une Romaine », avait demandé « la destruction des tyrans ». Le 10 août, elle était à l'assaut des Tuileries «t elle recevait une couronne civique pour son courage. Elle était bien le « grenadier femelle » dont parlait, un peu narquoisemeni, Fabre d'Eglantine. Trésorière du monument > sous forme d'obélisque, destiné à honorer les

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mânes de Marat, elle avait réclamé pour les femmes, « douées comme les hommes de la faculté de sentir et d'exprimer leurs pensées », le droit de se mêler aux affaires publiques. De Sainte-Pélagie et de « Port-Libre », elle avait lancé de nombreux manifestes. Son rôle politique terminé, que devint-elle ?

La légende veut que cette héroïne ait fini « échoppière » et qu'elle ait été enrôlée dans la police. Mais on a écrit sur elle tant de romans ! Ce qui est certain, c'est qu'elle reprit son métier de comédienne. Elle fut engagée à Nantes en 1797, et le directeur de Nantes ne la produisait pas comme une étoile, puisqu'il ne lui attribuait que cent quatre-vingt-trois francs par mois. Si le bruit qu'elle avait fait à Paris était arrivé jusqu'à Nantes, on y était devenu fort indiff'érent. En revenant de Nantes à Paris, en compagnie d'un de ses camarades de théâtre nommé Gabriel, elle n'élait pas en une brillante situation, car sa malle fut saisie à la requête de la citoyenne Louis, tenant la maison garnie de Bretagne, 88, rue Saint-André-des-Arts, pour d'anciennes dettes.

Cette malle contenait des souvenirs de son existence agitée, le brouillon de quelques-uns

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des méaioires qu'elle avait, de prison, envoyés à la Convention, des extraits de journaux, des décharges des comptes du monument de Marat, reçus signés: Droigny, charpentier, 17, rue Popincourt, pour 302 livres 17 sols; son ordre de mise en liberté, du l^"" fructidor an III, signé des membres du Comité de sûreté générale, Kervelegan, Bailleul, Bailly, Bergoing, Perrin et Pemarlin ; quelques lettres d'une amie pendant sa détention et — la femme se retrouvant sous la révolutionnaire — quelques lettres d'amour, aussi, des plus tendres, des plus idylliques. On ne peut être toujours farouche et demander sans cesse la tête des tyrans.

Ces lettres, entassées confusément avec des factures et des réclamations de fournisseurs, notamment au sujet d'une montre, ne sont pas signées, et l'on ne peut savoir quel fut l'adorateur de Tancienne enthousiaste de Marat, redevenue (( sensible » et même coquette. Il semble bien que la Révolution lui avait donné un coup de soleil, après lequel elle avait repris, comme on disait alors, ^ les grâces de son sexe ». En 1797, elle avait trente-cinq ans. Le signalement donné sur son passeport est assez vague : taille, cinq pieds deux pouces ; sourcils et che-

veux châtains ; nez aquilin, menton rond, front ordinaire, visage rond.

Cet adorateur inconnu date ses lettres « de l'an !"■ de mon bonheur », et les termine en disant : « Je me transporte en idée dans tes bras et je t'embrasse aussi fort que je t'aime. » Cependant, il y a eu un petit froid entre Claire- Rose Lacombe et lui. Mais « lui » regrette tôt cette interruption à sa félicité, et il écrit:

Malgré notre petite brouille, dont je suis cause bien innocemment et dont je suis trop puni par ton indifférence, je te demande à dîner demain, ma bonne amie. En me refusant, tn ne sais pas combien in m'affligerais... C'est demain jeudi... jourde bal... jour à jamais mémorable et cher à mon cœur. Si les jours se succèdent et changent, mon cœur ne les imite pas, et je ne crains pas de te jurer amour pour la vie.

« Jour de bal... jour mémorable ». L'ex-présidente des Femmes révolutionnaires n'avait donc pas dédaigné, après avoir tant proclamé l'égalité des femmes dans les devoirs civiques, de reprendre goût au plaisir.

Il n'y a de beau, a-t-on dit, que les romans qui ne finissent pas. Malheureusement, d'après les lettres bien classées qu'elle égara sur une grande route, le roman d'Emilie Fleury, actrice dans la troupe de M. Raynal, directeur pour Gand, Anvers et Tournay, finit, et finit selon la loi fatale des histoires d'amour, c'est-à-dire, après les plus violents transports, par de l'indifférence.

Emilie Fleury est aimée d'un très jeune militaire, nommé J. Ernest (car il signe, celui-là), dont la passion s'exprime d'une façon lyrique, dans le style solennel de son temps, avec des

lueurs romantiques, déjà On est en Tan XII, et il a lu, évidemment, Y Obermann de Sénancour. Il en reflète la mélancolie vague, et il aime à se dire maudit. C'est d'Anvers, puis de Hollande qu'il écrit, séparé par ses devoirs d'Emilie, dont il semble avoir fait la connaissance à Gand :

Anvers le 18 floréal.

Je reçois à Uinstant, ma chère Emilie, ta chagrinante épître. Est-ce bien vrai ! Tu m'avais caché ton état, tu as une fièvre violente! Ah I mon amie, tu ne pourras rien m'apprendre de plus affligeant, et cette douloureuse nouvelle m'a accablé de tristesse. Il est arrêté que tout ce qui m'aura approché ressentira la perfide influence de mon mauvais destin. Je suis né malheureux, bonne amie ; comment pourrais-je répandre de la félicité autour de moi? Plût au Ciel que je ne Ueusse jamais connue, et pourtant, le jour de notre liaison fut le plus beau de ma vie. Mais qu'en reste-t-il, hélas! Des souvenirs qui doublent mon infortune, des regrets qui empoisonnent ma vie.

... Je songe au jour qui nous réunira, et j'en jouis par anticipation. Soigne-toi bien, bonne petite, fais ce qu'il faut que tu fasses; je jugerai de ton amour par l'empire que tu accorderas à ta raison et par les précautions que tu prendras pour te conserver à l'homme qui te chérit.

Reçois des baisers de feu.

J. Ernest.

Emilie doit s'amuser à quelques agaceries de jalousie. J. Ernest prend ces reproches au sérieux et s'en disculpe avec énergie :

Pourquoi faut-il donc, chère Emilie, que tu empoisonnes le plaisir que j'ai à hre tes lettres par des observations dures? Pourquoi me rappeler toujours mes dix-neuf ans, pourquoi y trouver un motif d'inconslance quand tu peux avoir en toi tant de motifs pour me fixer ? Il s'en faut bien que quelques belles Hollandaises m'aient tourné la tête. Un Français ne doit pas négliger son pays, mais surtout lorsque son pays renferme ses affections les plus chères. Aussi, ma chère amie, ne suis-je pas tenté de te négliger ; mes yeux et mon cœur se reportent vers toi à chaque moment du jour. Il n'y a que toi, mon Emilie, qui aie? su laisser dans mon âme les (races profondes et ineffaçables des sentiments les plus tendres; je n'ai et n'aurai jamais d'autre amour que toi, je t'aime uniquement, et si tu étais à enlever, je pourrais en faire la folie.

J. Erxest.

Nul n'est plus sentimental que ce jeune guerrier, tout entier à l'amour, qui, bientôt, hélas 1 connaîtra sa première déception de cœur et qui, par l'infidélité d'une coquette, fera Tapprenlissage de la vie. Pour le moment, il déclare « fouler aux pieds le préjugé » et, dût son avan-

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cernent en souffrir, rêver une union qui est le plus cher de ses vœux. C'est jeune, c'est charmant, c'est amusant, et il y a pourtant eu sur ces papiers, aujourd'hui jaunis, des traces de larmes. On n'en peut sourire, après si longtemps, qu'avec cet attendrissement qu'on éprouve pour les sentiments vrais. En dépit de son grand sabre et des principes qu'il affecte pour se vieillir un peu, ce pauvre petit blanc-bec a encore toutes ses illusions. Il se rappelle bien que cette liaison a commencé k par un caprice » :

u Cest un caprice qui a formé nos premiers liens, mais un sentiment plus doux et plus tendre les a serrés... »

Et il croit aux serments éternels, il a toute confiance en Emilie, il voit en elle u la plus noble représentante des vertus féminines », et il entremêle ses lettres de petits vers :

Je vois des femmes, ctiaque jour, De leur sexe ayant tour à tour Les grâces, la coquetterie.

L'une est belle, l'autre est jolie, Toutes sont faites pour l'amour.

Mais pas une n'est Emilie !

Cependant, un soupçon l'effleure. Les lettres

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d'Emilie 5ont-elle5 devenues froides, est-elle, comme il dit. corrigée de ses premiers délires ï> ? Et il écrit ce billet véhément et enfantin :

Ah ! si tu me trompais, EmiMe, tu aurais de cruels reproches à te faire : tu tromperais un cœur qui sest abandonné à toi. un cœur qui te chérit si vivement, dans lequel tu es pour toujours entrée, et tu condamnerais un malheureuxà des larmes étemelles... Si ce malhem-. qui me fait frémir, m'accable jamais, si tu me plonges dans ramertume, ah ! je fen conjure encore, rehs mes lettres, vois-y tout l'amour que je t'avais voué, rappelle-toi que tu étais tout pour moi, que je t'avais ouvert mes bras, que je t'attendais avec joie, avec ivresse... Adieu, mon amie, reçois toutes mes pensées, tous mes soupirs, tous mes embrassements, mon existence tout entière vole vers toi...

J. Erxest.

Un est tenté de dire : pauvre petit ! C'est Chérubin trahi. La comédienne a peut-être souri de cette lettre si touchante. Sûrement, elle lui a fait comprendre, plus ou moins doucement, qu'elle s'était attardée à cette amourette. L'officier de dix-neuf ans. qui s'est peut-être bravement battu déjà, reste écrasé de ce coup porté par la femme aimée, et éclate en sanglots. Mais

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il essaie, assez maladroitement dailleui^, de feindre la fierté, et il re'pond en tachant de mettre de l'ironie dans sa lettre :

En me retirant le titre damant, vous voulez bien me laisser celui dami. et vous me l'offrez charitablement, en compensation de la perte que je fais. Il est très généreux. Madame, de laisser encore quelque chose au malheareux que Ion pourrait dépouiller tout à fait. Mais le malheur même a sa dignité, et rinfortuné. pour supporter noblement un revers, ne doit entretenir aucune trace de sa grandeur passée. SouflErez donc que je refuse ce que votre générosité veut bien m'accorder : ce don me serait plus funeste qu'utile, et peut-être ma résignation ne serait-elle pas assez forte pour lutter contre mes souvenirs. Gardez votre amitié. Madame; il fallait être moins prodigue, en commençant, puisque vous deviez finir par être si avare...

Ce billet est bien tourne', quelque etïort qu'il sente. Mais l'amant abandonné ne peut se résoudre à fermer sa lettre, et il la fait sufvre d'un long post-scriptum. un peu désordonné, et qui dément le semblant de résignation de tout à l'heure ;

Gardez mes lettres mais redoutez ces témoins accusateurs... Je nai point votre image, et. cepen-

dant, je serai mort dans votre souvenir que vous vivrez encore dans le mien. Moi, je ne brûlerai pas vos lettres, je les relirai souvent pour me préserver d'un nouvel amour, et, en les mouillant de quelques larmes, je dirai : « Elle a écrit tout cela, et, pourtant, elle m'a oublié... » Ah ! Emilie, Emilie, n'oublie pas que tu as condamné à de longues douleurs l'ami le plus tendre...

Le petit officier se sera consolé. Il aura porté ailleurs ses soupirs. Mais aura-t-il jamais retrouvé une heure aussi sincère que celle oii il exhalait son premier désespoir ?

Avec les époux Soreau, nous sommes avec de pauvres diables. Ce qu'ils ont perdu, ce sont les traces d'une existence de minables comédiens errants, installant leurs tréteaux où ils pouvaient et se faisant décerner par les autorités, au cours de leur vie nomade, des attestations comme celle-ci :

CtRTiFiCAT. — Nous, maire et officiers miinicipaux de la ville de Meilhan-sur-Garonne, certifions etattestons à tous ceux qu'il appartiendra, que le sieur Soreau, dit Saint-Amand, a séjourné et joué la comédie, lui et sa femme, Tespace de huit jours, et qu'ils ont tenu en cette ville une conduite irréprochable. En foi

de quoi nous leur avons délivré le présent, que nous avons signé et fait contresigner par le greffier de la municipalité, et icelui a fait apposer le sceau et les armes de la ville. — Donné à Meillian,le 31 avril 1790. — Pierre-Jules Gueil.

Ce pauvre certificat a traîné de bourgade en bourgade, couvert de cachets et de signatures ; il dit les caravanes, vraisemblablement peu fructueuses, du ménage.

Enfm, Soreau se lasse d'être le modeste imprésario qu'il a été longtemps, et il parvient à se faire engager au théâtre de Niort. La teneur de cet engagement est bien curieuse. Il faut la reproduire :

Viv7-e libre ou mourir.

Direction de Niort.

An II.

Les spectacles républicains ne sont point regardés comme un simple amusement, mais comme une école civique : chaque représentation doit servir à Finstruction du peuple et à la gloire de la Répubhque.

D'après ce principe, les anciennes pièces qui se présentaient journellement étant ou supprimées, ou

suspendues, les engagements ne peuvent plus avoir lieu sous la même forme, et, pour éviter toute discussion entre le directeur et les pensionnaires, moi, Trouillet, dit Saint-Foix, entrepreneur de spectacle, et le citoyen Soreau, dit Saint- Amand, comédien, avons convenu de bonne foi, et sans aucune réserve, de ce qui suit :

Premièremeni, qu'il n'y a plus d'emplois. — Secondement, que le devoir du directeur est de payer régulièrement et de tenir avec une scrupuleuse exactitude toutes les clauses de l'engagement qu'il aura souscrit, et celui du pensionnaire de prêter tous ses talents selon les vues du directeur qui ne doit consulter que son intérêt, parce que, en plaçant les acteurs selon leur physique et leurs moyens, il travaille pour leur gloire et pour son propre avantage. — Troisièmement, si le directeur manque à ses engagements faute de payement, le pensionnaire a droit de lui signifier qu'il le quitte dans un mois ; de même, si le pensionnaire s'obstinait à refuser un rôle, ou manquait essentiellement à ses devoirs, le directeur a droit de le congédier, en l'avertissant un mois d'avance, et, sur ce point, les deux parties contractantes renoncent à toute discussion ou procès...

L'article premier a donc déclaré formellement <( qu'il n'y avait plus d'emplois ». Mais la logique fit un peu défaut aux engagements, même con-

eus dans le plus pur esprit civique. Car voici ce qui suit :

D'après les clauses principales qui font la base de cet acte, moi, Soreau, dit Saint-A.mand, comédien, m'engage dans la troupe du citoyen Trouillet, dit Saint-Foix, pour y jouer tout ce qui m'y sera distribué, principalement les financiers^ les tyrans, les pères nobles au besoin, et les personnages qui ont rapport à ce genre de rôles.

Les emplois (et pouvait-il en être autrement?) n'étaient donc supprimés que théoriquement : après quoi on les rétablissait. Quinze cent livres étaient allouées du 1^'' ftoréal an II au V floréal an III au citoyen Soreau. Sa femme était engagée « pour chanter dans les chœurs », moyennant cinq cents livres par an.

Cet engagement républicain, et qui se réclamait des principes nouveaux, n'en était pas moins fort rigoureux. L'acteur « s'obligeait » :

De suivre la troupe partout où l'intérêt de la direction la conduirait, sans pouvoir exiger d'autres dédommagements que le voyage ; deprêterses talents pour l'utilité du spectacle, comme de jouer, au besoin, de tous les instruments qu'il pourrait savoir; de se trouver à toutes les répétitions et assemblées.

tant le malin que l'après-midi, et même le soir, après la comédie ; de payer les amendes imposées et qui seront retenues par le caissier, d'après la note de la direction ; de se contenter de la manière dont l'entrepreneur aura déterminé d'éclairer les loges pour s'habiller, la direction ne pouvant être sujette, à cet égard, à aucune responsabilité ; de jouer et de chanter dans les concerts publics et privés qu'il plaira à la direction de donner ; de jouer dans les entr'actes, agréments de pièces, et pendant la durée de toute espèce de spectacle, de quelque nature qu'il soit.

Les chanteurs et chanteuses des chœi^rs s'obligent expressément à paraître dans toutes les pièces, quand ils en seront requis par le tableau du foyer, et toujours chaussés et coiffés proprement, sous peine d'une amende spéciale, qui ne sera jamais moindre de trois journées de leur traitement...

Il y a une foule d'articles de ce genre, qui attestent que la discipline était sévère dans la troupe du citoyen Trouillet, dit Saint-Foix.

Il faut se borner, bien qu'il y ait encore tant à remuer de cette vie de théâtre d'autrefois, misères, joies, enthousiasmes, déboires ; choses passées qui semblent un peu dérisoires aujourd'hui, et qui furent pourtant de l'existence ardente, largement dépensée. Nous devons savoir quelque gré de leur distraction aux comédiennes

qui ne surent pas mieux garder leurs lettres d'amour, nous ouvrant ainsi leur cœur resté frivole, même aux heures de fièvre où se déchaînait le drame de la Révolution. Les hommes qui y étaient mêlés, qui avaient tontes les audaces et tous les courages, qui secouaient hardiment tous les jougs et renversaient un monde, n'en demeuraient pas moins désarmés, avec leur crédulité coutumière, devant la redoutable toutepuissance de la Femme...

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