LA MUR T. Ô«J
Un an plus tard, mon frère le ramena à la Louisiane, descendit le fleuve avec le cercueil. Mon père avait voulu reposer à Saint-Jean-Baptiste, près du père de sa femme, qu'il avait beaucoup aimé.
Le coup de grâce fut la vente de cette maison où j'aurais voulu cacher ma douleur. 11 y avait vécu, nous avions grandi là, autour de lui. Elle restait pleine de lui, de son esprit. — Elle devait périr aussi. — Ce fut mourir deux fois.
L'acquéreur n'y vit qu'un champ de produit. Sans respect de cette âme qui planait encore sur la chère maison, sur ces allées silencieuses, il passa partout la charrue. Le beau verger devint un champ d'avoine. Nos vieux arbres fruitiers, des poiriers centenaires qui avaient vu tout de ce lieu, les joies et les douleurs, disparurent. On n'épargna pas les chênes. On coupa leurs grands bras. Leurs troncs nus, tortueux, avaient l'air de se tordre, de se plaindre au ciel.
Lesbeaui ombrages de l'étang, avec leur- trois
ceintures d'ormes, de peupliers et de saules, tombèrent aussi, et tout perdit son mystère, les eaux, le jardin, la prairie. La petite maison, basse comme un nid, tapie sous ces ombres, resta nue, sans voiles, sous la lumière dure et ardente du midi.
L'asile mystérieux du bois fut tout troublé. Ce petit carré sombre où j'entrais si émue, et son épais rideau de charmille, furent livrés au grand jour. On effaça les tombes. La terre rasée n'en dirait plus rien, sans les petits rosiers que mon père y planta et qui n'ont pas voulu mourir.