‹ Mémoires de A.-C. Thibaudeau, 1799-1815Chapitre 33 sur 211 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de premier rang. A cet eiïet, un droit de demi pour cent fut imposé sur toutes les marchandises entrant dans le port, excepté les blés et les farines.

J'étais à peine arrivé à Marseille que Mme Devaines m'écrivit : t Je ne suis allée à Saint-Cloud qu'une fois depuis votre départ; « mon lugubre habit m'en éloigne encore moins que mon goût. « Celui pour lequel j'avais de l'ambition (son mari) n'étant « plus, je n'ai que bien peu de motifs pour y paraître souvent. « J'aime le mari et la femme (Bonaparte et Joséphine)^ mais le « sentiment que j'éprouve ne peut pas leur être assez agréable € pour me faire surmonter souvent la répugnance que je sens s à habiter ce pays-là... Savez-vous qu'on croit toujours à la t paix? Ce dont je suis sûre, c'est que Bonaparte a laissé » entendre que jusqu'au mois d'août il pouvait y avoir du « changement. A la vérité, si alors on est encore à se battre, « cela pourra devenir long. Je ne vous parle pas de la repré- « sentation d'Esther. Il y a eu une cantate récitée par Lafond « et faite par Fontanes ; les vrais amis de Bonaparte auraient « voulu qu'elle n'eût jamais existé.

« Je suis sûre qu'il a dit qu'il passerait l'hiver au camp de a Saint-Omer, et que dans un an il serait en Angleterre.

« Je suis sûre que le Ministère anglais, avant le départ de « lord Withworth, avait proposé trente millions pour acheter » la paix (Ij. «

Bonaparte partit le 5 messidor an XI pour les départements du Nord et de la Belgique. J'écrivis à ce sujet à Mme Devaines. Elle me répondit :

« Eh! bon Dieu, que me demandez-vous sur le voyage du « Premier Consul! Sait-on jamais ce qu'il fait? Sans les jour- « naux, je ne saurais pas qu'il a quitté Morfontaine. Encore « aimerais-je mieux qu'on ne me parlât que de son itinéraire

(1) On lit dans l'Histoire ih-s Cabinets de l'Europe, par Lefebvre, 1845, t. I, p. 277, en note : « On assure ijue, deux jours avant de partir, lord i( Withworlh fil proposer au l'remicr Consul, de la part de son gouvei- « nement, de le reconnaître pour roi de France et de lui donner trente « millions s'il consentait à lui ci'der l'île de Ma Ite. » Bonaparte aurait noblement répondu : « Dites à lord Withworth que je ne veux rien devoir aux « étrangers ni à leur cutremisti. » (Note de Thibaudeau.)

« de poste, au lieu de me fatiguer les yeux de tous ces discours « qui disent la même chose.

« Personne n'aime plus Bonaparte que je le fais, personne « ne jouit davantage de ses succès. Mais ces e'ternels discours « fatigueraient Dieu le Père et tout le ciel avec lui. Oui, sans « doute, le gouvernement est à Bruxelles. Ne voyez-vous pas î que, dans le Moniteur, il n'y a pas un seul arrêté de signé <t depuis son départ? Chaque jour quelqu'un part pour l'aller a joindre. Il se répand des bruits sourds qu'il va rester là pour « faire effectuer la descente. Mon opinion à moi, fondée sur <t quelques confidences d'assez bon lieu, c'est que l'on fait « beaucoup de ])ruit; mais, chose sûre, il y a peu d'activité « réelle jusqu'à présent. On se montre partout, on menace, on ï prépare; au fait, on se conduit politiquement jusqu'au mois « d'août qui est, je crois, le terme où il faut qu'il y ait un com- « mencement essentiel de négociation. S'il manque, alors je ne ï doute pas de la descente et je suis sûre qu'il la commandera. (I II ne pense à nous qu'après avoir pensé à l'histoire. Et l'his- « toire dira : Bonaparte a commandé la descente en personne, « il a été vainqueur sur mer comme sur terre, ou bien il est ï mort. Relisez, je vous en conjure, la vie d'Alexandre par « Quinte Curce, et pensez à moi en suivant ce diable d'homme- « là. »

Sur ce voyage, Siméon m'écrivit :

« Le Premier Consul est reçu partout avec un enthousiasme « prodigieux. Ce ne sont pas les villes où les administrateurs <f peuvent commander des fêtes, c'est le peuple des campagnes a qui accourt de toutes parts et de plusieurs lieues pour le voir. « Tout ce qui l'entoure est sur les dents. 11 a porté dans son « voyage son infatigable activité. A cheval dès la pointe du « jour, se faisant conduire à Boulogne, à troisheuresdu matin, •i dans des forts éloignés où on ne l'attendait pas et où il n'a « trouvé aucun chef à son poste, visitant tout, même les bureaux ï importants des douanes. On dit qu'il a été extrêmement 4 mécontent de la marine. Il a mis dans les ports de Boulogne « et de Dunkerque une activité extraordinaire; on y travaille <( jour et nuit.

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