‹ Mémoires de A.-C. Thibaudeau, 1799-1815Chapitre 39 sur 211 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

» dites-vous du chemin que vieut de faire lléal'? Cela prouve « qu'on peut rappeler même de l'éloignement du Premier « Consul. Fouché ne l'aura pas mal servi, mais l'ineptie du » grand jui^e l'aura encore mieux poussé. Le voilà donc direc- » teur général de la police! Je crois que Dubois (préfet de « police) n'est pas content. Sans doute la nouvelle conspiration, « pour laquelle plusieurs quidams sont arrêtés et interrogés « par Kéal, lui a valu cette dignité. Pour moi j'en suis char- « mée; je ne lui demande quartier pour aucune conspiration, « royalistes, jacobins, anglais, vendéens, terroristes, aristo- « crûtes; que tous soient écrasés et que Bonaparte soit en « sûreté! Voilà mon vœu. On prétend que Real ne peut pas être t plus mauvais que Desmarets (1). »

Lorsque Aloreau fut arrêté, Regnaud de Saint-Jean-d'Angély m'écrivit : « Il a conféré avec Pichegru qui est à Paris comme « chef de la conspiration anglaise qui avait pour but d'assassi- « ner le Premier Consul. On a négligé les premiers indices, « même les premières preuves contre iMoreau; on en attendait « d'évidentes. Les hommes qui ont mené Pichegru chez lui, « un nommé Roland et son domestique, Lajolais, ex-général, « mari de la maîtresse de Pichegru et son âme damnée, ont tout « avoué. Paris est tranquille. Le Premier Consul a annoncé ces » détails au conseil extraordinaire convoqué, aux bureaux des » trois premiers corps et à l'état-major. Moreau a été arrêté t par un officier de gendarmerie sur la route de Grosbois ; il » esta l'Abbaye... Us veulent tuer Bonaparte; il faut le défendre « et le rendre immortel par la succession. C'est mon opinion

(1) PréLre du diocèse de Soissous, défroqué en 179:2, il devint un des jacobins les plus ardents, entra dans une Coni[)agnie de subsistances militaires et fut ensuite employé dans le service des vivres à l'armée des Al])es, en 179.T. Ses functioiis l'ayant appelé en Suisse, il se maria à Neufchàtel. Un fournisseur du nom de Morin l'ayant recommandé à Fouclie, celui-ci le prit au ministère de la police après le 18 Brumaire. Comme chef de division, il fut mélo pendant quinze ans aux affaires de police les plus liantes, l'cntra dans la vie privée en 1815 et mourut du clioléra a Paris, en 18.^2. Il laissa un volume de Mémoires, imprimé en 1833. — Voir Vandai,, l'AvéïiemeHl de Honaparle, II. p. 173. — Voir aussi la notice de M. Savine en tête d'une nouvelle édition des Mémoires de Uksmakets, publiée en 19U0, avec de nombreuses notes de M. Léonce Grasilier. — Un volume in-12, Garnier.

110 MÉxMOlRES DE A.-C THIBAUDEAU

« bien réfléchie. Si j'étais préfet, tout mon département écrirait « dans ce sens. »

Après m'avoir parlé de la gloire attachée à une bonne administration. Mme Devaines m'écrivait :

« A propos de gloire, on pourrait bien dire que, de tout t temps, elle n'a mené qu'à l'assassinat. Je vous plains, car je « suis sûre que vous êtes aussi malheureux que nous le « sommes de Ihorrible attentat tramé contre Bonaparte. Je ne « puis vous exprimer le mal. le chagrin, la rage que cela me « cause. Six jours avant l'arrestation de Moreau, j'avais passé « trois heures le soir avec le Premier Consul, moi seule d'étran- < gère, lui entendant parler de ces détestables complots avec « la force, l'esprit, la grandeur d'âme que vous lui connaissez, « avec oubli de son danger personnel pour ne s'occuper que de « celui de la France. J'en étais sortie touchée jusqu'aux larmes. <i Quel efl"et tout cela a-t-il produit dans votre pays ? Ne <t demandez pas quel esprit règne ici. Vaniteux, frondeur, « ingrat, bavard, voiià le Parisien. Du reste, attendez- vous à « un grand nombre de changements dans les préfets qui, s'ils « ne sont point coupables, sont au moins très négligents sur « un intérêt aussi cher que celui de l'existence du Premier « Consul. Je me flatte que vous lui écrirez dans cette circonsï tance où tout ce qui lui est attaché comme vous lui a donné » des marques de dévouement. »

L'impulsion donnée de Paris dans les départements produisait ses fruits ; je ne voulus pas rester en arrière. D'après le conseil de mes amis, j'envoyai une adresse au Premier Consul au nom du conseiller d'État préfet du département, du conseil de préfecture^ du secrétaire général, du commissaire général de police et de son secrétaire général. Elle était ainsi conçue :

« Les attentats contre votre personne attaquent la sûreté, t l'indépendance et la gloire de la République.

« Que les lois punissent les conspirateurs !

« Que les armes des braves vengent le monde des crimes du « gouvernement britannique !

ï Que votre prévoyance oppose aux ambitions criminelles « d'autres barrières que votre fortune !

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