‹ Mémoires de A.-C. Thibaudeau, 1799-1815Chapitre 71 sur 211 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

dire que les murs de Marseille étaient couverts d'un ordre du jour du général sur la même matière. Il y rappelait divers arrêtés du préfet, les annulait^ rétablissait les conseils de guerre pour juger comme brigand tout individu porteur d'armes sans la permission de l'autorité militaire, et enjoignait aux autorités civiles et militaires de tenir la main à l'exécution de son ordre du jour.

Il s'éleva un cri de surprise et d'indignation. Le général s'était porté à cet excès sournoisement, sans en avoir eu avec moi la moindre explication. Il me déclarait la guerre, je l'acceptai sans dire mot, et, au lieu de la continuer avec le général, j'envoyai au gouvernement son ordre du jour.

L'Empereur était absent et à la tête de son armée. A Paris, il n'y eut qu'une voix sur l'acte de Cervoni. Le ministre de la Guerre lui ordonna dans les termes les plus vifs de le rapporter de suite. J'en fus prévenu par le ministre de la Police qui m'enjoignit de faire connaître cette décision. La publicité eût été un triomphe pour moi et une humiliation pour le général. Peu sensible à une sotte jouissance de vanité, j'allai de suite chez lui. Depuis un mois il m'avait tourné le dos; la rupture était complète. Il fut fort surpris de ma visite. « Puisque vous me » fuyez, lui dis-je, je viens vous chercher. Vous connaissez la « décision du gouvernement. Écrivez à vos subordonnés que « votre ordre du jour doit être regardé comme non-avenu, j'en "■ écrirai autant aux autorités civiles^ et qu'il ne soit plus ques- « tion de cette affaire. » Le général accepta le marché; nous nous donnâmes la main. Il vint le jour même chez moi. A compter de ce moment, je fis tout à fait sa conquête. Excepte; quelques envieux et quelques brouillons, tout le monde fut enchanté de notre réconciliation.

Mme Dévalues m'écrivit : « Si vous n'étiez pas content de la ï réparation qui vous a été faite par tous les ministres, vous « seriez difficile. Il me semble que pour cette fois le général a tt un pied de nez. Reste à savoir si cette victoire, si juste et si « bien méritée, ne vous vaudra pas de sa part de nouveaux tour- « ments; mais en continuant à vous conduire comme vous le e faites, en ayant toujours de votre côté le bon droit, le reste

« VOUS importera peu. A présent, il faut que vous deveniez bon î homme, et que vous lui fassiez oublier ses torts en ayant « l'air de ne plus y penser. J'espère bien qu'il aura été' d'une « colère terrible. Ah I quel chien de pays vous habitez ! »

Je croyais cette affaire entièrement terminée à Paris, lorsque Siméon m'écrivit ; « Je me hâte de vous apprendre que de son « camp d'Osterode, le 7 mars, l'Empereur a envoyé huit pages « à l'archichancclier sur votre affaire avecCervoni. Il y discute « les droits des généraux, des préfets, et le cas particulier avec « une sagacité admirable. Cela sera porté au Conseil de mardi. » Ce jour-là il n'en fut pas parlé au Conseil, ni les jours suivants. A la section de l'intérieur, on préparait un rapport, llegnaiid de Saint-Jean-d"AngéIy trouvait la matière très diflicile. Le rapport ne fut pas fait.

J'avais im grand désir de connaître ces huit pages dictées par l'Empereur au milieu des graves préoccupations de la guerre. Je ne pus en obtenir que la substance et sous le secret (1).

(I) Voici le texte de la note de l'Empereur. Iran.sinise pai- le ministre secrétaire d'Etat à Kegnaud de Saint-Jean-d'Angily, et |uiliiiée dan.s la Correspo7idance de Napoléon I"', t. XIV, p. bOl.

« Lettre à M. liegnaud de Saint-Jenn-d'Angély, >< Président de la Section de l'Intérieur au Conseil d'Etat.

u Osterodc, 7 mars 18t7.

« J'ai riionneiir. monsieur, de vous adresser les observations de

• Sa Majestc sur un arrôlé du gt''n('ral Cervoni, cou)mandant la 8" division

• militaire. Sa .Majesié désire que ces ohservations, présonli'cs a la section « (pie vous présidez, soient ensuite portées au Conseil d'Élal.

« Le Ministre Sfcréluire d'Etal, par ordre de l'Empcrenr. »

« Observations sur un arrêté du général Cerroni.

« Le gt'ni'ral Cervoni, commandant la 8" division uiiiilaire, s'esi permis « un arrêté sans exemple dans notre législation :

« Dans un mois, à dater de la publication de cet ari'été, tout fiarliculier « sur lequel il sera trouvé des armes sera renfermé au fort Saint-Jean de « Marseille. Tout hri^and qui sera arrêté avec des armes sera traduit aune « commission militaire. »

« Telles sont les princi])ales dispositions de Tarrèlé pris par le général « Cervoni.

« Oui d(uic a, dans notre législation, le droit de déclarer que tout citoyen « qui a des armes sera arrêté! 11 est de principe en France (juo tout Fran-

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