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Police, opéra ce grand et beau mouvement de gardes nationales qui déjoua l'expédition des Anglais à Walkeren. Il rendit un service signalé et dans son intérêt crut avoir fait merveille. La tête lui tourna, tout lui semblait permis, même de donner l'Empire s'il arrivait malheur ci Napoléon. Son successeur était prêt, c'était Bernadotle. L'Empereur coupa court à ces intrigues en lui ôtant le commandement de son armée pour le donner à Bessières. Fouché nourrissait toujours son projet de réunion des deux ministères. Mme Devaines m'écrivit : « C'est toujours i Fouché qui fait le ministère de l'Intérieur. Il s'est occupé « sérieusement de le mettre au courant, ayant extrêmement « envie de le réunir. J"en serais charmée pour lui, pour la chose « et principalement pour vous. »
Revenu à Paris, l'Empereur donna le ministère de l'Intérieur à Montalivet, conseiller d'État, et la direction générale des Ponts et Chaussées au conseiller d'État Mole. Fouché en fut pour son rêve et moi pour mon l)ienfail)le espoir. C'étaitune faveur étonnante pour Mole, âgé de trente ans, et qui avait été rapidement auditeur, maître des requêtes, préfet et conseiller d'État. Sans contester sa capacité, on put dire qu'il dut cette fortune à son nom et à ses principes monarchiques. La faveur impériale abandonnait de plus en plus les hommes de la Révolution.
L'accident que mon père avait éprouvé à Paris avait eu des suites si funestes qu'il n'était plus en état de servir et qu'il fallut songer à sa retraite. On lui contesta celle de président du tribunal d'appel, place qu'il exerçait avant sa nomination au Corps législatif, pour le réduire à la retraite de simple juge. Après une longue carrière parcourue avec honneur et désintéressement, c'était une triste destinée pour un fonctionnaire âgé, infirme, sans fortune. Je fus vivement blessé. Heureusement, j'étais en situation de réparer cette parcimonie du gouvernement.
Tribert, parent de ma femme, apprenait l'administration dans mes bureaux. Je le traitais comme mon fils. II fut nommé sous-préfet de Bressuire et remplaça M. de Barante.
L'Empire avait acquis Gênes en l'an XIII, Livourne en 1808; le traité de Vienne lui donna Trieste. Ce qui flattait l'orgueil
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national affligeait de plus en plus les ne'gocianls de Marseille. Ils regardaient ces trois ports étrangers comme des intrus dans la famille française, des rivaux que l'Empereur favoriserait comme nouveaux venus.
Le géne'ral Cervoni avait été nommé commandant de la Légion d honneur comme tous les généraux de division. Il n'avait obtenu depuis aucune dotation ou faveur. On le laissait croupir à Marseille, où il n'avait plus rien d'utile à faire ni pour lui ni pour le gouvernement. Jaloux de l'avancement de ses camarades et mécontent, il ne cachait pas sa mauvaise humeur. Un jour, étant en congé, je me hasardai à parler de lui à l'Empereur. Il me répondit sur un ton qui n'annonçait pas une haute idée des talents militaires du général.
A rouverture de la campagne de 1809, le maréchal Lannes, qui avait conservé de l'amitié pour Cervoni, le demanda à l'Emreur comme chef d'État-major. Il était à Paris comme moi. Il reçut l'ordre de se rendre de suite à l'armée. Il me fit ses adieux et me recommanda ses deux fils qui étaient au lycée de Marseille. Sa fille était avec Mme Delacroix, alors veuve. Cervoni quitta Paris le 12 avril; il était triste. Arrivé à l'armée, il m'écrivit; sa lettre était pleine de pressentiments sinistres. Quand je la reçus, il n'existait plus. Le 20, sortant de déjeuner chez l'Empereur pour se porter sur le terrain, il fut tué d'un boulet de canon. Le maréchal 31asséna, qui le suivait de près, le trouva à trente pas de son cheval sans mouvement et sans vie et le fit enlever. Je fus affligé de sa triste fin. J'avais bien eu à me plaindre de lui. mais nous avions vécu six ans ensemble. Il avait tout ce qu'il faut pour être heureux : de la santé, une existence honorable, une fortune honniMe, des amis, des amies, une fille bien élevée, deux fils d'espérance. Cela ne lui suffit pas. L'ambition s'empara de lui. il se dégoûta de sa situation. Coûte que coûte, il voulut en changer et courir à la fortune; il courut à la mort. L'h^mpeieur lui décerna une statue qui n'a pas été faite, ou du moins mise au jour; il plaça sa fille à l'Institut de Saint-Denis et créa les deux fils barons avec dotations. En attendant que leur mère fût venue de Corse, ma femme et moi leur donnâmes nos soins : « Vous vous êtes, m'écrivit
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« Siméon, conduit pour les enfants de Cervoni avec noblesse, « sensibilité et d'une manière digne de votre caractère. Il est * mort au champ d'honneur, il n'est pas le seul brave que nous « y perdions. On ne fait pas sans quelques pertes des cam- « pagnes aussi prodigieuses que celles dont nous sommes « témoins ». (4 juin 1809.)
Héritier du nom et de la fortune de ce gentilhomme provençal que la faveur du cardinal Fleury avait poussé aux plus hautes dignités militaires, le général Dumuy obtint le commandement de la 8'^ division qu'il briguait depuis longtemps. Il avait en Provence de grandes propriétés. Homme honorable, mais de peu de moyens, il ne manquait pas d'une certaine ambition. Il était le doyen des généraux divisionnaires. Il avait servi sous la Convention et le Directoire, et avait fait la campagne d'Egypte pour ainsi dire malgré tout le monde. L'Empereur l'avait employé dans des commandements de places ou de pays conquis. Il avait toujours servi sans avoir fait la guerre. Sans opinions politiques, il s'accommodait très bien avec le gouvernement, quel qu'il fût, et lui restait fidèle jusqu'au dernier moment. Quoique ses services ne fussent pas bien utiles, on ne pouvait guère s'empêcher d'employer u:i militaire de l'ancien régime ayant 400000 francs de rentes, voulant à toute force servir à tout et partout, et qui n'était pour personne un concurrent dangereux.
J'avais depuis longtemps fait à Paris la connaissance du général Dumuy, ainsi que celle de sa femme, Mlle de Vintimille. Parce qu'elle était borgne, mais du reste bien faite, on disait d'elle que, comme toutes choses, elle avait son beau et son vilain côté. C'était une personne d'esprit et instruite, faisant ménage à part, restant à Paris, y ayant sa société et ses amis dans l'ancienne noblesse, vivant dans une sorte de retraite sous prétexte de santé, pour se dispenser d'aller à une Cour qu'elle n'aimait pas. Son mari n'était pas mal avec elle; il avait son logement dans son hôtel.
Lorsque le général vint à Marseille, nous fdmes tout de suite sur un bon pied ensemble. Il avait de l'estime et des égards pour moi. J'avais pour lui tous ceux qui étaient dus à son âge,
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à sa bonhomie, à sa situation. S'il y eut quelques légers nuages entre nous, ce fut moins notre faute que celle de certains alentours officiels ou officieux du géne'ral qui faisaient sa besogne, prétendaient le diriger et lui soufflaient leurs petites passions. G'e'taitsans conséquence.
Le statut qui créait la noblesse semblait attacher le titre de comte à celui de conseiller d'Etat; mais aucun titre ne pouvait être porté sans avoir été conféré par l'Empereur. Une partie seulement des conseillers d'État reçut celui de comte. D'après quelle règle? Je l'ignore; probablement d'après la faveur dont ils jouissaient. Je ne fus pas compris dans cette première fournée; je ne m'en plaignis pas.
Lorsque Bonaparte s'était fait Empereur et qu'il avait fait ses frères et sœurs princes et princesses et rétabli la monarchie héréditaire, il me paraissait tout simple qu'il entourât son trône d'une noblesse. Ce qui me répugnait, c'était qu'il la conférât, et il ne pouvait pas s'en dispenser, à des roturiers, à des hommes de la Révolution comme moi, qui avaient rendu des lois pour abolir les titres et les distinctions et proclamer légalité. Accepter et porter un titre, c'était renier ses principes; le refuser, c'était renoncer à sa carrière.
Daprès le statut impérial, les membres de la Légion d'honneur étaient chevaliers, bien entendu après collation. Peu partisan de la chevalerie, je ne fis pas de démarches pour l'obtenir. Il me revint que l'archichancelier le trouvait mauvais. J'écrivis à Mme Uevaines; elle me répondit : « Vous devez, sous peine « de déplaire beaucoup, demander le titre, on vous saurait le « plus mauvais gré de vous y soustraire. Siméon m"a mandé « qu'on lui avait écrit de se mettre en règle, et il l'a fait. Mon « fils, qui n"a pas l'honneur d'être aussi grand seigneur que « vous, est reçu chevalier, a ses armes, etc. Dépèchez-vous « donc d'en finir, grand indolent que vous êtes pour vos pro- « près affaires. Encore, si vous les meniez aussi bien que celles « de votre département, passe! » (10 décembre 1808.)
J'attendis encore un congé que j'avais demandé. Arrivé à Paris, je m'exécutai, et avec fort peu de bonne grâce. Cambacérès me fit de sérieux reproches sur mon indifférence et me
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dit que c'était une chose très grave et à laquelle TEmpereur ultuchait la plus grande importance. J'allai au Sceau des titres. Je remis à l'auditeur Dudon, secrétaire général, ma demande de lettres de chevalier. 11 était baron; je m'égayai un peu avec lui sur toute cette gentilhommerie. Il fallait prendre des armoiries; je n'y avais pas pensé. Très ignorant de la science héraldique, je priai M. Dudon de me faire un écusson. II fut ainsi arrêté : « Coupé au premier échiqueté d'or et d'azur (comme ï conseiller d'État), au deuxième de sinople à la colonne d'or » embrassée à senestre par un liun léopardé d'argent, le tout « entouré d'une bordure de gueules. Pour livrée, gris de fer, « orange et blanc. »
Au milieu de tout ce jargon féodal auquel je ne comprenais rien, il n'y avait de mon invention que la colonne et le lion. Dans ma pensée, cela signifiait mon attachement inébranlable à la liberté, à l'égalité, à la Révolution.
Tandis que des lettres de chevalier m'étaient expédiées du camp de Schœnbrunn, le 20 août 1809, par décret du 15, l^Empereur me faisait comte. L'archichancelier m'en prévint et m'annonça que des lettres patentes pour la collation du titre me seraient expédiées sur ma poursuite; que ce titre serait transmissible à ma descendance masculine, légitime, naturelle ou adoptive, lorsque j'aurais satisfait aux conditions et rempli les formalités prescrites par les statuts impériaux, c'est-à-dire constitué un majorât. Plusieurs causes s'y opposaient : 1° je n'avais pas un goût assez vif pour la noblesse; 2" ma fortune ne me le permettait pas; 3° l'Empereur distribuait des dotations; j'attendis qu'il lui plût de m'en accorder une. Je me bornai donc à demander les lettres patentes pour la collation du titre.
M. Anthoine s'empressa de solliciter le titre de baron, offrant de fonder un majorât: il y affecta un domaine qu'il possédait dans le territoire de Marseille. Il fut créé baron de Saint-Joseph, nom d'un quartier où beaucoup d'autres Marseillais avaient leurs propriétés.
Le général Marmont fut nommé maréchal. J'avais fait sa connaissance avant son départ pour l'expédition d'Egypte.
Nous la renouvelâmes au 18 Brumaire. A mon retour de Bordeaux, nous nous retrouvâmes collègues au Conseil d'État. Nous nous liâmes d'une étroite amitié. La guerre et ma nomination à la préfecture de Marseille nous séparèrent. Je lui écrivis pour le féliciter sur sa nouvelle dignité. En même temps, je m'épanchai avec lui sur mon dégoût de ma position, mon désir d'en sortir et de retourner à Paris. Il me répondit le 47 septembre :
« Je vous remercie, mon cher collègue, de la part que vous « prenez à ce qui me concerne. J"ai toujours eu grande con- « fiance en votre amitié et j'y attache beaucoup de prix. L'Emet pereur, en m'élevant à la première dignité militaire, a moins « considéré ce que j'ai fait que ce que j'aurais désiré faire pour « son service. J'espère justifier toujours ses bontés pour moi, « mais je ne pourrai jamais m'acquitter de tout ce que je lui « dois. La comparaison que vous faites, mon cher collègue, de « votre carrière à la nôtre est vraie sans doute; mais croyez- « vous que nous soyons toujours sans peine? Croyez-vous, « par exemple, que je n'aie pas souffert tout ce que mortel « peut souffrir, de passer trois ans dans un repos cruel, lorsque ' tant de prodiges étonnaient l'Europe? Le bonheur est dans '< un juste rapport entre les désirs et les facultés, et certes celui « qui aime la gloire avec passion est à plaindre lorsque toute « occasion d'en acquérir lui est refusée. Grâce à Dieu, le charme « est rompu et je me trouve sur le théâtre de grands événe- « ments. Nous ignorons si nous recommencerons la guerre, « mais nous nous y préparons. Jamais l'armée n'a été si nom- « breuse et si l)elle; et si nous reprenons les armes, c"en est « fait de la puissance autrichienne. »
Parmi les recommandations qui m'étaient adressées, je reçus celle-ci du général Rapp : « Je recommande à votre bonté, mon « cher préfet, et à l'amitié que vous m'avez toujours témoignée, « M. Ricord père, etc.. Il y a précisément cinq ans que j'ai eu « le plaisir de vous voir à Marseille. Il s'est passé bien du nou- « veau depuis. J'ai eu plusieurs os cassés et je n'en suis pas « moins frais et dispos. » (29 novembre.)