‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 103 sur 325 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

« et, sans pouvoir détruire la Banque, elles lui portent une « atteinte dont son crédit sera flétri pour longtemps.

« Ce qu’il y a d’aussi scandaleux que la faillite de Itécamier, « ce sont les visites qu’on lui a faites, comme s’il lui était « arrivé quelque chose d’honorable, ou un malheur qu’il n’eût « pas mérité. L’excès de ses dépenses n’est pas la cause de sa « faillite; mais cet excès était entretenu par un excès d’affaires « hors de toute proportion avec ses moyens réels et fondé sur « les moyens factices que lui procuraient les trop nombreux « escomptes qu’il obtenait à la Banque. Lorsqu’elle a dû les « diminuer, vu la circulation trop abondante de ses billets, « Récamier a dû tomber. II n’aura peut-être pas 20 pour 100 à « donner à ses créanciers, quoique l’on parle de 51 pour 100 « dans trois ans. Beaucoup de généraux et d’étrangers sont « dans cette faillite; elle en entraînera d’autres. Un nouveau « mal qu’elle produira sera de faire faire dans le Code de com- « merce dont on va s’occuper, une loi ab irato sur les failli lites. »

A son retour de la campagne, l’Empereur s'occupa de la crise de la Banque, destitua Barbé-Marbois et le remplaça par Mollien. Siméon m’écrivit :

« Il est douteux que Barbé-Marbois soit sénateur, au moins « de quelque temps. On lui reproche de grandes fautes, et « d'avoir livré à Ouvrard, Wanderberg et compagnie plus de « quatre-vingts millions d’obligations tenues en réserve pour des « valeurs à long terme; en sorte que le Trésor s’est trouvé « dénué de valeurs qui, au besoin, pouvaient être réalisées en « vingt-quatre heures et qui auraient été nécessaires si nous « n’avions pas eu des succès aussi prodigieux. 11 a sans doute « eu quelque motif pour faire cette opération ; on lui a fait « craindre que les services ne manquassent, et il n’a peut-être « pas eu assez de fermeté dans cette circonstance. On attendait « davantage de son caractère et de la confiance dont il était « investi exclusivement. Au reste, ce ne sont là que des on dit. « L’Empereur était, ajoute-t-on, très irrité contre lui. On n’ac- « cuse pas sa probité, cela serait impossible, mais il a manqué « de tête et de force. Les linanciers de Paris et de la Bourse ne

188 MÉMOIRES DE A.-C. THIBAUDEAÜ

« l'aimaient pas. Le choix de Mollien a été généralement « applaudi.

« Nous ne donnons cette année que le Code de procédure « civile, et ce sera bien assez. Un code est un ouvrage qui « demande plus de temps qu’une campagne, et même qu’une « guerre. Dans celle-ci, tout est action, délibération prompte et « soudaine. Un code doit être longtemps médité et combiné. La « section de l’intérieur a un projet de Code de commerce qui « parait très étranger à la section de législation. La discussion « n’en est pas même entamée au Conseil d’État. Nous avons de « nouveaux collègues, Gassendi, Merlin et Jaubert. Ce dernier « perd beaucoup de revenu en venant au Conseil, 40000 francs « peut-être (1) ! Mais il en avait un tel désir qu’il aurait sacrifié « le double s’il l’avait eu. »

— « Le ministère de la police devait être, disait-on, supprimé « à la paix : je n’en ai pas entendu parler, m’écrivit Simon, « quoique dans le public on fasse une quantité de changements « qui n’ont peut-être aucun fondement autre que la spéculation « des oisifs. Us disent que l’architrésorier veut se retirer et a « déjà deux fois offert sa démission. Les uns lui donnent pour « successeur M. de Talleyrand; d’autres donnent à celui-ci la « place d’archichancelier d’État, que quitterait le prince « Eugène dont ils font un roi d’Italie ou de Naples. Mais le « traité de paix que nous connaissons depuis hier, en garantis- « saut la séparation des deux couronnes de France et d’Italie, « la remet au temps où seront remplies les conditions que « l’Empereur y avait assignées, l’abandon de Malte et de Corfou « par les Anglais et les Russes. Jusqu’à cette époque, le prince « Eugène restera donc vice-roi, à moins qu'on ne le fasse mon- « ter au trône de Naples. On dit aussi que Decrès passerait au « Sénat, et que la marine serait donnée à Champagny, qui « serait remplacé par Montalivet ou par Daru. Le prince Joseph « est parti le 9 avec une partie de sa maison, sans qu’on sache « où il va. On sait seulement qu’il a pris la route d’Italie. On « ignore ce qu’il va y faire. »

(1) Comme avocat. (Note de Thibaudeau.)

Page 1