CHAPITRE XII
iSfj
« sont à genoux devant son ge'nie pour les plans de campagne « qu’il fait exécuter, et avec quelle prestesse !
« Ce qui est aussi admirable, et oe qui malheureusement n’a « pas été aussi bien exécuté, c’est son plan de marine depuis « le départ de la Hotte de Toulon. Au reste, peut-être est-ce « encore un effet de son étoile; car s’il eût été exécuté, il aurait « tenté la descente et, pendant ce temps-là, cette bête de « coalition eut tenté de faire ce qu’elle fait aujourd'hui. « L’Empereur écrivait, le 19 ou le 20, à l’Impératrice qu'elle « n’eût aucune inquiétude, que la campagne serait courte et « brillante. »
Simeon m’écrivit : « Les succès de nos armées sont prodi- « gieux. Voilà l’Inn passé, sans coup férir; nous n’aurons « qu’une bataille de là à Vienne. Beaucoup de gens ne sont pas « sans inquiétude sur les armements de la Prusse. Je crois « cependant que le gouvernement est tranquille et sait à quoi « s’en tenir. Plus l’Empereur sera avancé en Allemagne, plus « la déclaration de la Prusse contre nous deviendrait fâcheuse. « Tandis que les Russes se retirent devant notre armée, il « paraît qu’ils s’assemblent pour menacer le Hanovre et la « Hollande, d’une part, et l'Italie, de l’autre. Si cette première « et si brillante campagne ne nous donne pas la paix, la « seconde sera terrible; on se battra depuis l’Elbe jusqu’au « Pù. »
— « Avant-hier au soir, nous avons illuminé pour les nou- « veaux prodiges que vous aurez lus dans le Moniteur (la con- « quête de Vienne). Les amis du gouvernement sont dans le « ravissement; mais l’esprit des Parisiens, en général, n’est pas « meilleur que celui des habitants de Marseille et d’Aix. Les « Français sont frondeurs et légers; ils ne sont jamais con- « tents. Plus on fait pour eux, plus ils exigent. Les choses les « plus extraordinaires ne les touchent qu’un moment. Ce qu’ils « voient constamment, c’est ce qui manque ou à leurs désirs « ou à leurs opinions. Les Romains, auxquels nous ressem- « blons à tant d’égards, étaient de même. Ils chansonnaient les « généraux sur leurs chars de triomphe. Néanmoins, les aris- « tocrates même conviennent que Moreau est effacé, qu'il n’y
» eut jamais eu aucun temps une telle campagne, mais ils » demandent à quoi cela aboutira et si la paix est au bout. Si x d'ici à quelques jours on ne leur appi'end pas quelques nou- « veaux prodiges, ils auront oublié tous ceux qui ont pré-
x cédé. »
Après la bataille d'Austerlitz, l’entrevue des empereurs de France et d’Autriche, la conclusion de l’armistice, la retraite de l’Empereur Alexandre avec son armée, Mme Devaines m’écrivit : « Quel homme que Bonaparte 1 Convenez que votre x lils aura bien de la peine à comprendre que César et x Alexandre soient regardés comme de grands hommes, quand x il en verra comme ce colosse I Pour moi, la tête m’en tourne x d’admiration et de tendresse, car je l’aime véritablement, x Nous attendons toujours l’Empereur, dont le retour se diffère x de semaine en semaine. Quelques grands politiques veulent x espérer qu’enfin l’Angleterre va demander la paix et que la x Russie sera l’intermédiaire. Je le désire plus que je ne x l’espère. Vous aurez été ravi des deux dernières proclamax lions à l’armée et aux habitants de Vienne. Celle-ci surtout x me paraît au-dessus de toute expression. Quel homme ! x Grâce soit rendue à la Providence de nous l’avoir conservé x dans un petit coin de la France, dans ce temps abominable x où tout ce qui était bon périssait ! Qui aurait prédit, il y a x douze années, ce qui est arrivé par le génie de cet homme x extraordinaire, aurait été regardé comme un insensé. »
Le crédit public éprouva une crise extrêmement sérieuse et la Banque un grand embarras. Siméon m’écrivit : x La rareté x de l’argent, qui s’est déclarée aussitôt après le départ de x l’Empereur et qui a produit à la Banque une queue pour x l’échange des billets contre des espèces, est toujours la x même, on dirait presque qu’elle est augmentée. Il faut donx ner jusqu’à cinquante francs pour réaliser en argent un billet x de mille francs. Il y a eu dans cet événement un peu de rareté x réelle, beaucoup de maladresse de la préfecture de police qui, « par ses mesures, a augmenté les craintes, beaucoup de mala- « dresse de la Banque, beaucoup d’agiotage, de peur et de x malveillance. Toutes ces causes secondes prolongent le mal