CHAPITRE XIII
Fêtes il Marseille pour les victoires; députations. — Hostilité du maire contre moi. — Je demande un congé qui m’est refusé. — Ma femme à Paris; audience de l’Empereur. — L’orage éclate au Conseil d’État; le receveur municipal destitué : je le justifie ; l'auditeur Anisson-Duperron envoyé à Marseille, son rapport favorable au receveur et contre le maire. — Ferme des jeux, produits, emploi; supprimée par décret. — Réconciliation avec Ganteaume; noblesse d’Aix : M. de GalilTet. sa famille, origine de sa fortune. — Correspondance avec M. Servan. — Établissement d’une bergerie impériale à Arles; j’achète cinq béliers pour donner l’exemple; on me dénonce à l’Empereur. — Pyrrhus, tragédie de Lelioc.
Des circonstances heureuses favorisaient le début de M. Anthoine dans la carrière municipale et entretenaient ses prétentions. Comme toute la France, Marseille était sous le charme de la victoire d’Austerlitz. Illuminations, Te Beum, fête à la préfecture, chez le maire, il y eut une véritable joie. Le maire donna des étrennes à l’Empereur. Le Ier janvier, il fit l’inauguration solennelle du buste impérial à la façade de l’Hôtel de Ville, en remplacement d’un bel écusson royal, ouvrage de Puget.
Lorsque Napoléon fut de retour à Paris, le maire ambitionna d'aller lui présenter ses félicitations et me demanda l’autorisation de convoquer le conseil municipal pour nommer une députation. D’après la règle, j’aurais dû soumettre cette demande au ministre afin qu’il prit les ordres de l’Empereur. Mais, dans la situation où j’étais vis-à-vis du maire, il n’aurait pas manqué de dire que je voulais entraver l’élan des Marseillais, son propre dévouement, et que je craignais sa présence à Paris. J’accordai donc l’autorisation. La députation fut composée de MM. Anthoine, maire, Lasalle, négociant, et Dessoliers, adjoint.
Simeon m’écrivit : « Vous ne pouviez qu’autoriser la députa- « tion de Marseille. On vous aurait fait un crime du refus. Ce « n’est pas que de telles députations ne soient contraires aux