CHAPITRE XIII
t règles d’une bonne administration, et qu’on ne dût les pro- « hiber, ou les soumettre, avant qu'elles se missent en marche, j à la permission du ministre de l’Intérieur. Mais, jusqu’à ce « qu’il y ait un règlement général à cet égard, vous auriez été « imprudent de prendre sur vous un refus qu’on aurait cherché a à mal interpréter. Si j’osais deviner l’opinion de l’Empereur « sur ces députations, je pense qu’il y verrait souvent bien « moins l’impression des sentiments qu’on lui porte, que la « flatterie ou l’ambition de ceux qui se font députer. C’est une « démonstration dont il n’a pas besoin et qui est onéreuse aux « communes. Quelles que soient les intentions du maire, je « pense que vous n’avez point à le redouter. Au ministère de « l'Intérieur, les préventions sont contre lui ; il a fatigué tout « le monde de ses lettres et de ses prétentions. »
Il partit, emportant toutes sortes d’adresses et emmenant toute sa famille. Ses amis répandirent qu’il ne reviendrait plus, qu’il était appelé à d’autant plus hautes destinées qu’on parlait de l’élévation de Joseph, son heau-frère, au trône de Naples.
Soit par dépit de n’avoir pas été nommé de la députation, soit pour tout autre motif que je ne cherchai pas à deviner, Jourdan confia à Siméon que le maire était parti pour Paris avec les projets les plus hostiles contre moi. La députation se tint éloignée de ceux des Provençaux qui étaient mes amis. Siméon apprit qu’elle se proposait de demander sous main mon rappel, et qu’elle me reprochait d’être froid et sec, de déplaire au pays et de l'indisposer contre le gouvernement. Il alla au ministère de l’Intérieur; de Gérando, sécrétaire général, et Benoît, chef de division, lui dirent qu’eux et le ministre me tenaient pour un des meilleurs préfets, qu’on était très satisfait de mon administration et très fatigué des prétentions et des tracasseries du maire. Cependant je ne m’y fiai pas. Je demandai un congé, on me le refusa. J’envoyai ma femme à Paris avec une lettre pour l’Empereur.
Passant légèrement sur les contrariétés que j’éprouvais dans des conllits sans raison qui m’étaient suscités, je lui exposais la situation déplorable dans laquelle j’avais pris le département, celle dans laquelle je l’avais mis, les obstacles qu’il m’avait fallu
vaincre, et la réaction des intérêts ou des vanités que la répression des abus avait nécessairement blessés. Je lui rappelais toutes les promesses qu’il m’avait faites, lorsqu’il m’avait envoyé à Marseille, et qui n’avaient pas été tenues. Je lui donnais mon bilan, et je lui démontrais qu'il m’était impossible de continuer mon état de dépense, depuis que, le ministre de la Police s’étant emparé du produit des jeux, le commissaire général avait cessé de m’y faire participer.
L'Empereur donna audience à ma femme et lui fit bon accueil. Elle lui remit ma lettre; à mesure qu’il la lisait, il lui faisait des questions. Son émotion ne lui laissait pas toute la présence d'esprit nécessaire pour répondre pertinemment sur des objets d’administration qui d’ailleurs lui étaient très peu familiers. L’Empereur la rassura par des paroles obligeantes. Il rendit justice à mon administration et reconnut le bien que j’avais fait au pays. Il convint que M. Anthoine était un homme difficile à vivre; mais il voulait que l’administration municipale appartînt entièrement au maire, que le préfet ne s’en mêlât nullement, et qu’il se bornât à la surveiller, à approuver ou à improuver. Il y avait eu des dépenses faites et payées d’une manière irrégulière; il fallait régulariser ce passé et, pour l’avenir, rentrer rigoureusement dans la règle et se conformer aux budgets de la ville. Quant à ma position personnelle, il voulait que je continuasse à avoir une bonne représentation et que je fusse bien traité. Il ne m’avait pas fait payer le traitement de conseiller d’État parce que, de mon propre aveu, le commissaire général de police me faisait une remise sur le produit des jeux. Cette ressource, qu’il ne trouvait ni digne, ni convenable, ayant dû cesser, son intention était de la remplacer et de porter le traitement des grandes préfectures à un taux qui me permettrait de représenter et de faire quelques économies. Quittant alors le ton grave qu’il avait pris en parlant d’affaires, il dit en riant : « Des économies ! Il en a fait. Ces jeux, c’est une bonne au- « baine. Voyons, il a bien 100 000 francs, 200000 francs » ? Ma femme répondit qu’elle n’en savait rien, qu’elle ne se mêlait pas de ces choses-là. « Tant pis, reprit l’Empereur, voilà comme « sont les femmes. Elles ne s’occupent que de toilette, sans