CHAPITRE XIV
Mon arrêté sur les permis do port d’armes. — Ordre du jour du général Cervoni qui se les attribue; il est improuvé par les ministres ; ma modération envers lui; l'Empereur, à son camp d’Osterode, dicte huit pages sur ce conflit. — Bataille d’Eylau; Paris désolé. — Paix de Tilsit ; coteries. — Le général Gardanne envoyé en Perse. — M. Anthoine est renommé maire sur ma proposition. — Voyage de la princesse Pauline dans les Bouches-du-Rhône. — Mes relations avec elle; détails sur sa vie et sa cour. — Je fais une maladie sérieuse.
Il n’y avait point de législation précise sur le port d’armes. Pour le prohiber, l’autorité se fondait sur d’anciens règlements et sur quelques dispositions législatives de l’Assemblée constituante relatives à la chasse. En 1806, le ministre de la Police chargea les préfets de délivrer des permis de port d’armes annuels au prix de dix francs dont ils lui rendraient compte. Cette mesure, lorsque je la mis à exécution, souleva contre elle le général Cervoni et tous les militaires. 11 prétendit que le gouvernement, en lui conférant après le 18 Brumaire le commandement de la 8e division militaire, lui avait donné des pouvoirs extraordinaires, la haute police, qu’il avait seul le droit d’autoriser le port d’armes et qu’il ne tiendrait aucun compte des permis que je délivrerais. J’informai le ministre de ces menaces; il me répondit de laisser dire le général et d’aller mon train. Cependant ce conflit jetait de l’incertitude dans les esprits; les citoyens ne savaient à qui recourir. Pour en finir, je pris sur la matière un arrêté très détaillé, en forme de règlement. Il contenait deux dispositions importantes : 1° Les membres de la Légion d’honneur obtenaient gratuitement le permis de port d’armes; 2° les fonctionnaires publics nommés par le gouvernement, ainsi que les militaires retraités ou réformés, l’obtenaient en payant la rétribution, mais sans remplir les formalités imposées aux citoyens.
Mon arrêté était à peine publié lorsqu’on vint un matin me