CHAPITRE XIII
« sement. » — « Cependant, on a dit à l’Empereur que vous « aviez des troupeaux immenses, et il n’en est pas content. » Je racontai alors à Bassano mon épreuve patriotique. Il me promit d’en parler à l’Empereur, que je n’eus pas l’occasion d’entretenir à ce sujet.
L’amitié de Talleyrand et de Maret n’ayant servi de rien à mon vieil ami Lehoc, il mit ses dernières espérances dans les Grecs, dans Pyrrhus. Il m’écrivit : « Je voudrais vous parler « un peu de moi, mais je ne vous répéterais que tout ce qui ne « vous est que trop connu. Abandon, injustice, d'un côté, « fierté et courage, de l’autre, voilà toute mon existence; elle « est entièrement passive. Vous savez que j’ai fait une bonne « ou mauvaise tragédie. Elle va être jouée dans cinq à « six semaines. Sa chute ne peut produire aucun mal. Son « succès produira-t-il quelque bien? J’en doute. Pourquoi donc « l'avoir faite? Pour m’occuper. Pourquoi donc la jouer? Parce « qu’elle est faite, et qu’enfin je dirais comme ce philosophe « auquel, sur l’assurance qu’il donnait que la vie et la mort lui « étaient indifférentes, on demandait pourquoi il ne se tuait « pas : « Parce qu’il m'est égal de vivre. » Je vous enverrai « mon Pyrrhus; vous le ferez jouer à Marseille. A propos,
« dites-donc à vos académiciens qu’ils m’ont nommé un de leurs « membres en 1784, et qu’ils me feraient plaisir de se le rappeler « en me regardant comme un ancien ou un nouveau col- « lègue. » Sa tragédie fut représentée et n’eut qu'un succès d’estime. Mévolhon en fit un rapport à l’Académie, qui admit l’auteur parmi ses membres. C’est tout ce qu’il retira de son œuvre. Lehoc mourut quelques années après, sans que le gouvernement eût rien fait pour lui, emportant mes regrets et ceux du petit nombre d’amis qui lui étaient restés fidèles.