CHAPITRE XVI
Élections; M. Antlioine candidat au Sénat: je suis nommé candidat dans la Vienne. — Siméon, ministre en Westphalie. — Je vais en congé à Paris : audience de l’Empereur sans intérêt. — Déclin de la liberté de discussion au Conseil d’Etat — Mes relations avec Fouché. — Rencontre de Talleyrand. — Les Marseillais mécontents de la réunion de Trieste. — Cervoni nommé chef d’état-major du maréchal Lannes;ses adieux; il quitte Paris le 12 avril et est tué le 20 par un boulet do canon; il est remplacé à Marseille par le général Dumuy. — Création de la noblesse; je ne constitue pas de majorât.
Les collèges électoraux furent convoqués pour de nouvelles élections. Le sénateur Barthélemy présida encore celui du département qu’il avait présidé en l’an XL Ce président ne m’était pas désagréable; il était bienveillant en général et en particulier pour moi; mais il était faible et devait nécessairement être influencé par son neveu Jourdan.
Les candidatures étaient très recherchées. Je fus assailli de recommandations, et du plus haut parage. Le sénateur Barthélemy m’apporta une lettre de la princesse Pauline qui me recommandait avec le plus vif intérêt M. de Lestang-Parade pour la candidature au Corps législatif. La princesse m’annonçait que l’Impératrice, qui s’y intéressait aussi beaucoup, allait m’écrire. Elle m’écrivit en effet dans une forme et un style tout à fait impériaux : « Monsieur le Conseiller d’Etat, Préfet du « département des Bouches-du-Rhône, je vous demande vos « bons offices pour M. Lestang-Parade, propriétaire dans votre « département et qui désirerait être porté candidat au Corps « législatif. La princesse Borghèse prend beaucoup d’intérêt à « sa famille; il est digne de tout ce que vous ferez en sa « faveur, et je serai charmée que vous trouviez l’occasion de « lui être utile. A Paris, le 28 novembre 1808. Signé : José- « phine. •
M. Lestang-Parade, gentilhomme d'Aix, était un fort bon gar-
çon, peu fortuné, fait pour être législateur comme moi pour être pape, et qui cependant n’aurait pas déparé le Corps législatif; mais il avait une jolie femme qui avait beaucoup plu à la princesse Pauline, à son dernier voyage en Provence, et qu’elle se serait volontiers attachée à Paris, si l’on avait pu y donner une position au mari. Voilà tout le secret de l’intérêt qu’on lui portait, et comment, à la Cour, on entendait le gouvernement représentatif étriqué dont on avait doté la France. Je ne doutais pas que l’Empereur, s’il eût connu ces recommandations et leurs motifs, n’eût renvoyé ces dames à leurs fuseaux. Je ne m'en mis donc nullement en peine, d’autant que, le gouvernement ne cherchant pas à influencer les élections, j’aurais eu très mauvaise grâce à m’en mêler. Ces dames étaient tellement accoutumées à ce qu’on vînt au-devant de tous leurs désirs qu'elles ne doutaient de rien.
La princesse Pauline m’écrivit une autre fois : « Je vous « recommande le fils de M. de Lagoy, que des raisons majeures « empêchent de se dévouer à l’état militaire. Vous ferez une « chose qui me sera très agréable en l’aidant à s’exempter ou à « se procurer un remplaçant. J'estime infiniment M. de Lagoy « et je désire, si cela est possible, la réussite d’une affaire qui « l’intéresse si vivement. » (Nice, 20 décembre.)
La princesse s’adressait bien pour demander une faveur en matière de conscription, et pour un noble, pour un riche ! Je ne sais pas pourquoi elle s’intéressait si vivement à M. de Lagoy. Elle avait fait sa connaissance dans son voyage de 1807 à Aix; c’était un amateur éclairé des arts, il avait des collections précieuses.
Le sénateur Barthélemy, qui, certainement, avait promis à ces dames d’appuyer leur candidat, ne s’en occupa pas plus que moi ; il travaillait d’ailleurs pour sa famille.
Simeon désirait être nommé candidat au Sénat et se mit sur les rangs. Il m’écrivit de Cassel :
» Quel que soit le sort des élections, faites-le moi connaître. « Je prends toujours à ce pays un vif intérêt, et si j’avais le « choix du lieu où je dois mourir, c’est dans le doux climat où « je suis né que je voudrais passer mes derniers jours. Voici