CHAPITRE XVI
« bientôt deux mois que je suis ministre; c’est dans une jeune • cour beaucoup plus qu'un an. Quoique j’y sois volontiers, « je ne m’y regarde nullement comme enraciné... (14 novembre.)
« Vous vous étonnerez de ce que je parais si incertain sur ma « résidence ici, et vous en conclurez peut-être que je suis « mécontent; je ne le suis pas. Mais les cours sont variables, « surtout les jeunes cours. Les places de ministre sont les « moins perpétuelles de toutes. 11 est juste qu'on ait, aussitôt « qu’on le pourra, des ministres nationaux, et je puis, quoique « je jouisse d’une bonne santé, à mon âge demander ma « retraite... » (18 décembre.)
Les deux candidats pour le Sénat furent Jourdan l’inévitable et le maire de Marseille, Anthoine. Le népotisme du sénateur Barthélemy ne se borna pas cette fois à Jourdan; il fit sortir de l’obscurité et nommer candidat au Corps législatif un autre sien neveu, Sauvaire, honnête propriétaire, très rangé, dévôt, et tout à fait étranger aux affaires de ce monde. L’autre candidat de cet arrondissement était un M. Chomel, ancien magistrat, émigré, contre-révolutionnaire incurable. Voilà l’esprit dans lequel, se servant de la présidence de son oncle, Jourdan avait dirigé les élections à Marseille. Dans les deuxième et troisième arrondissements, les choix furent plus raisonnables, l’esprit public y était meilleur; le protégé des princesses, M. de Parade, eut trois voix. Un certain nombre de membres du collège élec toral du département de ces deux arrondissements donnèrent leurs voix à Siméon pour le Sénat.
Il m'écrivit : « J’aurais parié pour les deux candidats nommés. « Jourdan sera toujours l’idole de Marseille; outre son talent, il « a son intrigue. C’est un très bon chef de parti. Anthoine avait « ses alliances et sa qualité de maire; je ne doute pas qu'il ne « soit nommé par l’Empereur. Sa chance est d’autant plus belle « que l’Empereur étant en Espagne, peut être sollicité de vive « voix par le roi (Joseph). Je sais gré aux électeurs d’Aix et de « Tarascon de s’être souvenus de moi. Je n'ai jamais rien « attendu de ceux de Marseille : 1° parce qu'il faut être né parmi « eux pour leur plaire; 2° parce que je suis trop sage pour leurs « bouillantes têtes. Quand ils m’auraient nommé avec Anthoine,
« il aurait eu la préférence si l’Empereur avait voulu donner « un sénateur aux Bouches-du-Rhône. Il lui resterait encore un * moyen de m’appeler au Sénat, s’il voulait me tirer d’ici : Je « suis candidat du Yar encore pour deux ans. » (18 décembre.)
Siméon se trompait sur les belles chances du maire Anthoine. 11 désirait ardemment d’arriver au Sénat; il avait tout ce qu’il fallait pour cela. Sa famille, si puissante, l’y poussait de toutes ses forces; cependant l’Empereur ne le nomma pas. Je ne doute pas que par sa conduite envers moi M. Antoine ne se nuisît encore plus à lui-même.
Le Sénat nomma députés au Corps législatif Emmeric-David, Sauvaire et Fauris Saint-Vincent. A Paris, le dernier de ces législateurs sortait de chez lui dès le point du jour et ne rentrait plus qu’à la nuit. Il partageait tout son temps entre les hôpitaux, les bibliothèques, les collections et les salons officiels. 11 votait une loi en passant, donnait ses audiences dans le premier endroit venu, et mangeait quand il avait besoin et là où il se trouvait.
Lors de l’organisation des cours impériales qui dura fort longtemps, il fut ballotté entre diverses destinations. Il m’écrivit : « D’Espagnet et moi peut-être, nous serons les seuls anciens magistrats qui figureront dans cette Cour, un imbécile et un radoteur. * Il fut nommé un des présidents.
Malgré les sages conseils de Siméon, encouragé par Mme Devaines qui n’était pas de son avis, je demandai à présider le collège électoral de la Vienne, mon département. Cette faveur ne me fut point accordée. Je ne fus pas moins nommé candidat au Sénat, le 27 septembre, à quarante-trois ans, avec Lapparent. Nous avions pour concurrents les généraux Rivaut, Canuel et l’abbé de Pradt, évêque de Poitiers, que portaient les nobles. Lapparent fut nommé sénateur. Ma candidature ne me servit de rien.
Le roi de Westphalie nomma Siméon ministre de l’Intérieur. Je lui en fis compliment; il me répondit :
« Vous me félicitez sur ma nouvelle dignité; elle n’est que » provisoire et peut-être de courte durée. L’Empereur ne s’ex- « plique pas, et sans lui je ne peux rien accepter définitivement.