‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 151 sur 325 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

24 000 francs, ce que je fis sur son simple billet. Je voyais clairement qu’on lui destinait la succession de Fouché, je pouvais le lui dire sans indiscrétion, je l’en avertis. Il n'ignorait pas l’intrigue, mais il ne croyait pas à son succès. Je partis de Paris: peu de temps après, j'appris sa disgrâce. Rovigo le remplaça et mangea les marrons que Semonville avait tirés du l'eu. La cabale Bassano fut désappointée et furieuse.

Mme Devaines m’écrivit le 10 juin : « Le duc de Bassano « triomphe du renvoi de Fouché, et son ami Semonville en « exprime sa joie à tout le monde. File est cependant un peu « plus modérée depuis qu’il voit que les événements ne le « mènent pas à une place de ministre dont il se croit si capable « et pour laquelle il a fait tant d’intrigues. On assure qu’à son « grand regret l’Empereur le connaît trop bien, et qu’il a sur « lui au début de la Révolution des notes peu favorables. Pour « moi, j’ai encore plus en horreur ceux qui la voulaient et qui « y travaillaient en 1789 et 1790, que ceux qui l’ont consommée « en 1793. Certes, M. Semonville est remarquable dans les pre- « mières années. »

Alors, il passait en effet pour jacobin; mais on avait vu dans les papiers de l’armoire de fer qu’avec ses amis Talon et Sainte- Foy il avait obtenu de la faiblesse de Louis XVI des millions de la liste civile pour des dépenses secrètes qu'ils disaient faites dans son intérêt, et qu’en le recommandant au Roi pour un ministère, Talon l’assurait qu’il n’avait de jacobin que l’apparence. Avec sa réputation de l’homme de France le plus habile en intrigues, Semonville ne pouvait pas convenir à l’Empereur pour un ministère.

Je fus fâché du renvoi de Fouché. Je connaissais Rovigo, mais je n’avais rien de commun avec lui. Nous n’étions ni du même temps, ni de la même école. On fut un peu effrayé de voir la police dans les mains d'un soldat commandant de la gendarmerie d’élite.

En renvoyant Fouché, l’Empereur l’avait nommé gouverneur de Rome. Les bruits les plus sinistres se répandirent sur l’exministre. On le disait arrêté, fusillé dans les fossés du château de Vincennes. L’Empereur voulait ravoir sa correspondance,

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Fouché la refusait. De là des débats, des perquisitions, des menaces qui avaient donné lieu à ces bruits. Je ne savais que croire lorsque j’appris enfin qu’il était parti pour l’Italie. Je le perdis entièrement de vue.

Au moment où je m’y attendais le moins, je reçus une lettre de Fouché datée d’Avignon le 4 septembre. 11 m’écrivait : « A « mon retour d'Italie, je vais passer quelque temps dans ma « sénatorerie. Je voudrais, mon cher, y vivre obscur et tran- « quille. J’imagine que la ville d’Aix ou les environs pourront « me convenir. Je compte partir demain pour m’y rendre. Je « n’ai pas besoin de vous dire combien j’aurai de plaisir à vous « voir. Adieu, amitié et attachement. »

Il écrivit en même temps au sous-préfet d’Arbaudde Jouques de lui arrêter un hôtel et une maison de campagne meublés. En se montrant si pressé, Fouché trahissait l’agitation de son esprit. Le sous-préfet me manda qu’il ne pouvait pas le satisfaire aussi vite qu’il le désirait, ni lui faire rendre les honneurs prescrits par les décrets, mais qu'il le recevrait de son mieux.

Les commissaires généraux de police de Lyon et de Livourne avaient été destitués presque immédiatement après le passage de Fouché dans ces deux villes pour se rendre en Italie, sans autre motif apparent que les égards qu'ils avaient eus pour lui. Je ne sais si, n’ayant reçu aucun avis du gouvernement sur le ministre disgracié, un autre préfet n’aurait pas été embarrassé. Je n’hésitai pas un instant. Je me rendis sur-le-champ à Aix ; Fouché venait d’y arriver. Le sous-préfet l’avait déjà vu et s’était mis à sa disposition. Il était pâle et défait. Il y avait de l’incohérence dans ses idées, du désordre dans ses discours. Nous parlâmes de son établissement, je lui offris mes services. Quant à nos relations, il lut le premier à me dire que nous devions en être sobres, pour ne pas servir de prétexte à la malveillance.

Il était curieux de savoir si Rovigo s’occuperait de lui. Nous convînmes que je lui écrirais pour le prévenir de ma démarche et lui demander ses instructions. Le ministre ne me répondit pas. Je conclus de son silence qu’il ne voulait pas qu’on rendît au sénateur les honneurs qui lui étaient dus, qu'il n’osait pas le mettre officiellement en surveillance et qu’il n’était pas fâché de

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