CHAPITRE XVIII
Création des prisons d’Ëtat. — Château d'Ii : un mort prisonnier, le général Kléber. — Baptême du roi de Rome. — Audience de l’Empereur; ses promesses non tenues. — Fouché est autorisé à habiter Ferrières. — Conspiration anarchiste du Midi : le ministre Savary n’y veut pas croire. — Manœuvres du général Guidai; ses relations avec les croisières anglaises. — Je le fais arrêter et transférer à Paris.
L’Empereur constitua solennellement par décret des prisons d’État (1). C’était afficher un grand mépris de la liberté et de l’opinion dans un pays où l’un des premiers actes de la Révolution avait été la destruction de la Bastille et l’abolition des lettres de cachet. C’était un gros contresens avec la Constitution impériale elle-même qui avait établi dans le Sénat une commission permanente de la liberté individuelle. Il y avait une prison d’État dans mon département, le château d’If. Ce fort, situé à une lieue en mer dans la rade de Marseille, était destiné en outre à défendre les approches du port. Il remplissait fort imparfaitement cette destination. Il ne pouvait contenir qu’une faible garnison ; les îles de Pomègue et de Ratonneau, dénuées de moyens de défense, fournissaient à l’ennemi des points d’appui pour l’attaquer. Il les prit plusieurs fois pendant la guerre. Tout Marseille vit des frégates anglaises se pavaner dans la rade, entre les batteries du château d’If et celles des forts de la ville, et des boulets ennemis tomber dans le port. Les Anglais ne détruisaient pas le château d’If parce qu’ils n’y avaient aucun intérêt. S’ils l’avaient voulu, ils en auraient fait une ruine.
Il se compose d’un petit donjon couvert en terrasse, où étaient renfermés les prisonniers, et de bâtiments occupés par la garnison et le commandant. Pour les prisonniers d’importance il y avait des chambres passables, et de grands cachots
(1) Décret du 3 mars 1810.