CHAPITRE XVIII
Les anarchistes de Grasse ayant commis des indiscrétions et hautement annoncé le prochain pillage de cette ville, le préfet prit trop tôt l’épouvante. Il lit à l'improviste, dans le mois de décembre, une expédition à la suite de laquelle un grand nombre d’individus furent arrêtés. C’étaient des agents subalternes ou de simples instruments. Cette opération intempestive et exécutée avec beaucoup d’éclat lit du bruit dans toute la Provence, jeta momentanément l’alarme dans le parti et semblait devoir couper tous les fils qui pouvaient conduire aux chefs. Guidai surtout fut très circonspect et montra beaucoup d’inquiétude. En effet, le préfet du Var m’écrivit pour me signaler ce général comme chef du complot de Grasse. Craignant dès lors que le général prit la fuite, je le fis arrêter. Guidai demeurait à Marseille chez le sieur Paban, dévot et royaliste, qui était alors à Paris sous prétexte de commerce. Il parut aussi nécessaire de le faire arrêter, parce qu’il était prévenu de correspondance avec les Anglais.
Mme Devaines m’écrivit : « Je n’ai pas perdu l'occasion de « citer votre vigilance dans une circonstance aussi importante. « On savait déjà toute l’affaire de Guidai. On savait même que « par votre prudence on en aurait appris davantage, mais que « vous avez été déjoué par la pétulance d'un de vos collègues « qui a voulu briller trop tôt. »