CHAPITRE XVIII
qu’on déposait sur un rocher en mer (le Roccas blanc) ; que Barras et Guidai devaient se mettre à la tête du mouvement.
Furcon nia le fait de la correspondance, mais il convint que Giraud lui avait proposé de le conduire aux Anglais et qu’il ne l’avait pas voulu. Un autre témoin confirmait ce fait. Giraud protesta de son innocence et s’indigna de toutes ces imputations qu’il trouvait aussi absurdes que calomnieuses. Cependant ses trois complices persistèrent en sa présence dans leurs déclarations.
Le commissaire général avait mandé Jaume pour l’interroger; il avait fui. Il m’écrivit pour se plaindre de la procédure monstrueuse que faisait le commissaire général. Il envoya à ce magistrat lui-même une lettre amère et insolente pour critiquer ce qui se faisait et protester de son dévouement au gouvernement. Il finit par se présenter, fut interrogé et se renferma dans une dénégation absolue.
Sur le compte rendu fait au ministre, il ordonna (le 16 juillet) la mise en liberté de Caffarel, Ailhuud et Giraud sous la surveillance de la police, et que Giraud se retirerait à 10 myriamètres de Marseille.
En août 1811, je reçus une révélation très précise sur les intrigues du général Guidai dans le département du Var, et notamment à Grasse, sa ville natale. M. Gaillard, procureur impérial du tribunal des douanes à Marseille, et qui avait été procureur général près le tribunal criminel du Var, y avait conservé des relations. Un honnête citoyen de ce département avait surpris quelques propos suspects d’un ouvrier nommé Parchois, qu'il employait, et en avait obtenu la confidence de voyages faits un an auparavant à bord des Anglais par le général Guidai. Cet homme ajoutait que le but du général et de ses partisans à Cannes, à Grasse, était de livrer Toulon aux Anglais et de détrôner le Corse; que Barras était dans l'affaire et qu’il y avait des correspondances entre le Var et Marseille. Sur la communication que M. Gaillard me fit de ces détails, je l’invitai à prier son ami de faire suivre cette première ouverture. Parchois s’y prêta. M. Gaillard me remettait les rapports qu’il recevait. Guidai mandait à ses amis « qu’ils devaient être pru-
« dents et discrets ; qu'il attendait une nouvelle; que dès qu’il « l’aurait reçue il reviendrait à Cannes ; qu’il fallait avoir soin « des moutons (terme d’argot) et les bien ménager ; que, dans « deux mois, un nouvel arrangement aurait lieu et leur procu- « rerait de bons pâturages. »
Le projet était de s’emparer des îles Sainte-Marguerite, qui n’étaient gardées que par des conscrits réfractaires, de bloquer Antibes qui, dépourvue de munitions, ne pourrait pas tenir et de livrer aux Anglais tout le littoral jusqu’à Toulon. Guidai alla à Cannes en novembre et dit : « L’affaire va bien ; nous avons « des nouvelles récentes d’Angleterre, nous sommes d’accord. » Je vais faire des dispositions du côté de l’Italie. Dans vingt « jours, je serai de retour et je donnerai les ordres nécessaires. » Guidai alla à Nice et revint à Marseille après avoir circulé à Cannes, à Grasse et dans d’autres communes. Dans ce voyage il fut convenu queParchois viendrait à Marseille pour recevoir de Guidai une lettre qui devait être portée de Cannes aux Anglais. Saisir cette lettre, c’était un coup de partie; mais un incident fit tout manquer. Lorsque j’appris le départ de Guidai pour l’Italie, je voulus savoir du maire de Marseille où résidait ce général, s’il avait pris un passeport. Le maire, à qui toute cette affaire était étrangère, ne trouvant pas sur ses registres trace de passeport, envoya tout bonnement un commissaire de police à la maison où demeurait Guidai, pour avoir de lui-même des éclaircissements; il était absent. A son retour, instruit de cette visite et n’en connaissant pas l’objet, il fut très inquiet et se tint sur ses gardes. Parchois arriva quelques jours après. Guidai lui dit : « Je suis espionné; il n’y a rien à faire dans ce moment. » Il l’habilla de pied en cap, lui donna de l’argent et le renvoya à Cannes jusqu’à nouvel ordre. Dans l’entrevue Guidai dit qu’il venait d’avoir une querelle avec Charabot, qui l’accusait d’avoir commis une indiscrétion dans le Var. Parchois ayant témoigné des doutes sur la fidélité de Charabot, Guidai répliqua : « 11 a plus d’intérêt que moi à se taire. C'est, par « suite de notre correspondance aux Anglais que son tils, qui a était prisonnier, lui a été rendu. S’il parlait, il ne vivrait pas « deux heures, on lui ferait sauter la cervelle. »