CHAPITRE XX
La conspiration anarchiste du Midi continue; le ministre persiste à ne pas y croire. — 11 s’étonne que Barras soit soupçonné. — Communications avec les croisières anglaises. — Tentative du général Malet. — A Marseille, affaire de Charabot, sa condamnation à mort, ses révélations. — Arrivée de M. Pagès, chef de division au ministère de la Police. — Tentatives du parti sur Toulon, puis sur Marseille. — Arrestation des principaux conjurés. — Mission du conseiller d’État Pelet de la Lozère. — Barras exilé à Rome. — Deux condamnations à mort.
Les mesures prises en 1812 contre le parti anarchiste ne lui imposèrent point. Il continua ses manœuvres. Les Anglais avaient appris avec peine l’arrestation de Guidai. On attendait le départ de l’Empereur pour l’expédition de Russie; il ne devait plus revenir dans la capitale. On projetait de commencer le mouvement à Paris, où il y avait quatre chefs désignés pour prendre les rênes du gouvernement. Après le départ de l’Empereur pour l’armée, il y eut beaucoup de fermentation et une grande jactance dans le parti. On y répétait chaque jour qu’on était prêt à agir et qu’on n’attendait pour éclater que des ordres qui devaient arriver de Paris. Les circonstances étaient bien autrement difficiles qu’en l'an XIII. La durée de la guerre maritime et continentale avait anéanti le commerce. A Marseille, les négociants vivaient sur leurs capitaux et les ouvriers n’avaient pas de travail. Dans les campagnes, les levées d’hommes avaient épuisé la population et exaspéré les habitants, le poids des impôts était devenu très onéreux. Toutes les ressources manquaient à la fois, tous les genres de sacrifices s’accumulaient. Le pêcheur, enchaîné sur sa barque parles soupçons de la police et par les vexations des croisières ennemies, n’osait quitter la côte. Le mécontentement était général. 11 se peignait dans la tristesse de toutes les physionomies, dans les discours, et chacun soupirait après une catastrophe quelle qu’elle fût, dans le seul espoir d’un changement.