‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 177 sur 325 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

furent enfin clairement reconnus. Le parti prenait un grand inte'rét à Charabot fils et, craignant ses aveux, lui promettait de le sauver s’il se taisait. Quoique les preuves de ses voyages à l’ennemi fussent accablantes, il tint donc ferme et nia toujours jusqu’au dernier instant. Mais, le 20 février 1813, la commission militaire étant aux opinions, le défenseur Tardieu, qui pressentait que son client ne pouvait éviter une condamnation capitale, et que la police avait travaillé, dit à l’accusé qu'il était inutile de dissimuler davantage et qu’il ne pouvait plus détourner le coup qui menaçait sa tète qu’en offrant de faire une révélation. Charabot, qui n'espérait plus que ces complices l’arrachassent à sa prison, parut disposé à parler. Tardieu en prévint la commission et demanda un sursis au jugement. Elle consulta le général Dumuy, qui vint conférer avec moi. Je fus d’avis qu’on ne devait pas surseoir au jugement, mais qu’on pourrait en suspendre l’exécution pour recevoir les révélations de Charabot et prolonger cette suspension suivant qu’elle paraîtrait utile. La commission militaire le condamna à mort. Aussitôt après, le général Dumuy, le général Dejean, commandant de la place, le major de gendarmerie, président de la commission, le capitaine rapporteur et le commissaire général de police se transportèrent à la prison de Charabot, et il fit en leur présence sa déclaration.

Le général Dumuy ordonna de surseoir à l’exécution du jugement. Comme il y avait dans celte révélation des faits relatifs à Charabot père qui était en fuite, on le fit engager par son fils à se représenter. Ce vieillard répondit qu’il ne pouvait se rendre, parce que le moins qui pût lui arriver serait d’être condamné à un long emprisonnement trop onéreux à sa famille hors d’état de le nourrir. 11 ajoutait : « J’approuve, mon cher « fils, ta conduite et tes aveux ; si tu ne l’avais pas fait, j'étais « décidé à le faire moi-même. Je m’étais rapproché dans l’in- « tention de perdre ma vie, pour sauver ou venger la tienne « des monstres qui nous ont perdus si lâchement. Je suis d’un « âge avancé, je ne tiens plus à la vie pour moi-même. La « tienne m’est beaucoup plus chère, je la crois sauvée, je suis « satisfait ; tu prendras soin de ma famille. » Ensuite, Charabot

père entrait dans le détail des faits qui le concernaient et terminait ainsi : » Adieu, conserve ta vie. J’écris ceci dans une cave, « sans table et sans lunettes. Tu sais que j’ai la vue bien basse.

.l ai perdu presque toutes les facultés de mon esprit. Depuis « six mois, je ne suis plus le même homme. Adieu, ton bon « père. »

Voici le résumé des révélations des Charabot père et fds :

Le général Guidai, allié de Charabot père, le rechercha en 4810, le mena dîner deux fois chez Barras, et lui fit faire la connaissance de Paban. Guidai lui demanda, en présence de Paban, de le conduire à bord de l’amiral anglais. Le but de ce voyage était de soulever le Midi et d’obtenir des moyens d’exécution, c’est-à-dire des hommes, des armes et de l’argent. Giraud et Bergier étaient dans le projet. Paban acheta un petit bâtiment, le chargea de vin de son cru et, le 9 novembre 1810, Charabot père sortit de Marseille ayant à bord le général Guidai et Guidai fils, qui devait rester au pouvoir des Anglais comme otage de la conduite de son père. Le temps était mauvais. On avait navigué depuis quatre jours; Guidai ne pouvant plus supporter les fatigues de la mer, on le débarqua à la baie de Giens, le 13, après avoir reçu de lui une lettre pour l’amiral anglais. Charabot continua son voyage avec Guidai fils. Le 19, il aborda la frégate la Neraus, qui le conduisit à l’amiral Collingwood, auquel il remit la dépêche où il était question, outre les affaires générales, du roi Charles IV. L’amiral remit une réponse à Charabot pour Guidai père et ne jugea pas à propos de garder Guidai fils. Il fut convenu que les Anglais retiendraient le bâtiment comme s’ils l’avaient pris et ils renvoyèrent l’équipage et les passagers. A son retour, Charabot père remit la réponse de l’amiral au général Guidai, en présence de Bergier et de Giraud.

Le général Guidai s’embarqua avec Charabot une seconde fois à Saint-Rapheau, pour aller près de l’amiral, mais le mauvais temps ne permit pas encore d’approcher des Anglais. Sur la proposition de Paban qui fournit un bateau, Charabot fit un troisième voyage pour conduire à bord des Anglais trois prisonniers espagnols et remettre une lettre. Il alla à Mahon, où était l’amiral, et en rapporta une réponse qu’il remit à Paban

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